‹ 1914-1916 poésiesChapitre 21 sur 33 · L'ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

L'ANNIVERSAIRE

« Sous la balle qui ricoche Et sous l'obus meurtrier, J'ai cueilli, au nez du Boche, Cette branche de laurier :

« Près d'une tranchée, en Flandre, J'ai ramassé dans le sang Ce jonc dont le vert si tendre Fait un lien résistant ;

« C'est sur le bord d'une route Boueuse, au pays d'Artois, Non loin d'un poste d'écoute, Que j'ai pris entre mes doigts

« Cette fleur, qui n'est pas rare, Mais qui, pourtant, fait si bien Près de celle-là que pare Un reflet aérien ;

« Cette autre a fleuri dans l'Oise, Et celle-ci, que voilà, Est une fleur champenoise Des champs que le Hun foula

:qi5 85

« Auprès d'elle, vois encore Cette autre, d'un ton si frais, Que l'Argonne fit éclore Dans l'air pur de ses forêts ;

« Sœurs de Lorraine et d'Alsace, Ces deux-là n'ont qu'un seul cœur, Ma main qui les entrelace Les caresse avec douceur.

« De toutes ces fleurs, ô France, J'ai composé un bouquet Que parfume l'espérance, Fier, héroïque, et coquet ;

86 ig i 4 I9X^

« Pardon, si ma main le serre Un peu trop, mais que veux-tu, C'est le grand anniversaire Où tous les cœurs ont battu !

« Et ce bouquet de victoire, Poussé de ton sol sanglant, Ce bouquet aux fleurs de gloire, Ce bouquet bleu, rouge et blanc,

« C'est la gerbe de revanche Que tes fils mobilisés T'offrent dans l'affiche blanche Où deux drapeaux sont croisés 1 »

3i juillet iqi5.

Page 1