‹ 1914-1916 poésiesChapitre 9 sur 33 · L'ATTENTE · texte numérisé non relu

L'ATTENTE

On attend . Nul cœur n'est sombre Du grand devoir accepté, Car la lutte contre l'ombre Finira par la clarté.

En vain la horde barbare A rué son flot vivant, Puisque sonne la fanfare De nos clairons dans le vent,

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Que les trois couleurs de France En un symbole plus beau Font flotter notre espérance A la hampe du drapeau...

On attend. Nul cœur ne tremble A l'avenir incertain, Puisque tous battent ensemble Dans l'ivresse de demain.

La vie est forte et farouche Et les pleurs qu'on voit aux yeux Ne font pas dire à la bouche Ses chers tourments anxieux ;

Chacun va, se tait, travaille, En pensant à ceux qui sont Là-bas en pleine bataille, Et regarde l'horizon...

On attend. La vie est grave

A cette heure où, dans Pairain,

La gloire en souriant grave

Les beaux noms fiers sous sa main :

C'est Ypres et c'est Dixmude, La Bassée, Àrras, chacun Des points où la lutte est rude, De Nîeuport à Verdun... ''

On attend. Nul cœur n'est lâche, Pas même les plus meurtris.

La mère baise la tache De sang au front de son fils,

Car, en ces temps héroïques, Pour la moisson de héros, La mort à gestes épiques Porte un glaive au lieu de faux.

On attend. Nul cœur ne doute....

Oui craint d'avoir espéré ?

Les obstacles de la route Conduisent au but saeré ,

Si la nuit est encor noire L'aurore est proche pourtant, Et l'aile de la Victoire Frémit dans l'ombre. On attend.

Décembre 1914.

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