‹ 1914 (volume 2)Chapitre 106 sur 161 · PARIS. — ÉCHANGE DUS BILLETS · texte numérisé non relu

PARIS. — ÉCHANGE DUS BILLETS

iPhoto Meurisse.)

Ce moratoire, c'est-àdire ce retardement des paiements, s'étendit à toutes les dettes, quels que fussent leur origine et leurcaractère: achats d'immeubles, emprunts hypothécaires, loyers. Une seule exception : les salaires des ouvriers et des employés.

En ce qui concernaitles dépôtset comptes courants dans les Banques, la situation était ainsi établie : « La prorogation de délai s'applique à la délivrance des dépôts, espèces et soldes créditeurs des comptes courants, sousles réserves suivantes : Tout déposant ou créditeur dont le dépôt ou le solde en sa faveur sera inférieur ou égal à 25o francs, aura le droit d'en effectuer le retrait intégral. Les déposants ou créditeurs ne pourront exiger le paiement en sus de cette somme que de 5 pour 100 au plus. » Aux caisses d'épargne, les déposants ne pouvaient retirer que 5o francs à la fois et par quinzaine.

Tout de suite, la Bourse des valeurs ferma. Seules re taient possibles les transactions au comptant. Le crédit financier de la France était suspendu. Fn conscience, un Français dont la fortune se composait de valeurs négociab'es ne pouvait plus dire quelle était sa fortune. Cette rude épreuve, la Fiance la subit sans protestation parce qu'elle la savait indispensable au salut de certains grands établissements de crédit. Sur ce terrain aussi, l'Allemagne devait être vaincue. Le 20 août, la Banque de France abaissa le taux de son escompte de 6 à 3 pour 100, et le taux des avances sur titres de 7 à 6 pour 100.

Dès le début des hostilités, les pièces d'or, même en France, avaient disparu de la circulation. Les pièces d'argent, voire les pièces de billon se firent rares, ce qui rendit les menus échanges commerciaux difficiles. Pour remédier à cette crise des monnaies, la Banque de France accéléra la production des coupures de 20 et surtout de 5 francs. Dans les premiers jours, ces coupures donnèrent aux Français d'humeur voyageuse la sensation d'un séjour à l'étranger. Ils songeaient aux corrects billets de vingt francs en usage dans la riche Belgique, et aux légers billets de cinq, de deux, voire d'une lire, compagnons de route un peu crasseux, mais si vite envolés, dans la délicieuse Italie.

Nos coupures de b francs et de 20 francs, représentant plus d'un milliard, dormaient, toutes prêtes, en prévision de la guerre, dans les caves de la Banque de France, à côté de l'or monnayé et de l'or en lingots constituant la ressource des ressources. Bien classés, nets et soyeux à souhait, ces billets d une teinte bleuâtre n'avaient attendu qu'un geste pour s'éparpiller sur le pays.

La plupart des petites coupures de ce genre émises pendant la guerre de 1870-71 étaient vite rentrées à la Banque de France et, selon l'usage, avaient été détruites. Quelques centaines demeurent encore, selon P'expi ession officielle, « en circulation ».

LA OULKKL Lit l'KulT

A vrai dire, elles ne circulent guère. Celles qui n'ont pas été anéanties dans quelque accident, incendie, naufrage, inondation, reposent auxvitrines intimesdes collectionneurs. La Banque de France reste toujours prête à les rembourser. Vous, coupures sorties en 1914 et les années suivantes, petites coupures de 5, de 10, de 20 francs, ce bcra la victoire qui vous ramènera d'un seul souffle à la Banque de France.

Le 6 février 191 3, la Banque de France avait évalué sa réserve d'or à la somme de 3 2i8 182590 francs. D'autre part, la réserve privée dont le poids pouvait écraser aisément la Juliusturm, le bas de laine français, était lourd de pièces d'or. Mais prudence n'exclut nullement confiance. C'est même la prudence qui rend la confiance légitime et solide. L'Etat devait faire rentrer cet or, pour le faire travailler à la défense nationale.

Page 1