‹ 1914 (volume 2)Chapitre 108 sur 161 · BILLET ÉMIS FN I9I · texte numérisé non relu

BILLET ÉMIS FN I9I

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des marchés dont était exclue l'Allemagne. La mer ne restait-elle pas libre pour nous ? Notre industrie pouvait gagner des batailles par la tactique offensive.

A Paris, près de 36 ooo ouvrières, filles ou veuves, étaient sans travail. Elles étaient aussi sans allocation. Ne devaient-elles pas être occupées par les patrons qui avaient fermé leurs maisons, en voyant leurs employés mobilisés? Aux industriels et aux commerçants incombait l'obligation patriotique de contribuer pour leur part virile à la victoire nécessaire et certaine. Durer, c'est combattre. Non-combattants! ce mot ne signifiait plus rien. Les ouvriers qui travaillent aux usines de guerre sont des combattants. Les mécaniciens et les employés des trains qui amènent des soldats au champ de bataille sont de-> combattants. Ce sont des combattants, tous ceux qui besognent pour l'armement, l'équipement, l'alimentation des troupes. Combattants, le fabricant de moteurs ou le. producteur de benzine. Combattante, la brave femme qui, sous ma fenêtre, ajuste les planches d'un futur abri: combattante, la femme aux mains élégantes qui, près de la fenêtre voisine, tricote un chandail. Quel renfort apportent au front la parole ou la plume ! Voilà aussi des armes : ceux qui les manient ne doivent iaisser aucune trêve à l'ennemi. Que leurs villes soient fortifiées ou non, tous les Français et toutes les Françaises sont exposés aux bombes des taubes et des zeppelins, c'est-à-dire traités en combattants.

Le gouvernement eut à cœur de faciliter les communications et les transports. Peu à peu, la ville de Paris fit reprendre les travaux en suspens. II s'agissait de favoriser la production utile et de mobiliser les bonnes volontés. Les uns étudièrent les moyens d'occuper les tout jeunes gens et même les enfants; d'autres eurent l'idée.d'un procédé de demi-paie, avec une demi-journée de travail féminin. Malgré les vacances annuelles, les écoles primaires supérieures de Paris

rouvrirent leurs portes à tous les adolescents.

Le syndicat de l'ameublement organisa des cours professionnels, avec démonstrations ç l'appui parde vieux praticiens.

Dans les lycées et les collèges, aux élèves des basses classes, on lisait les livres latins ou grecs tout plein s de hauts faits : le coureur de Salamine qui tombe mort en criant victoire; l'enfant de Lacédémone qui

BILLET FMI

(>J0 I p i .) . — |.A GUERRE l'U DROIT.

laisse un renard lui ronger la poitrine; le jeune Mucius Scœvola qui met *-a main sur un brasier. En traduisant ces pages, les petits Français pensaient : « Tout cela est fort beau, mais les citations de nos pères ou de nos frères aines, au Journal officiel de la République française, sont plus belles encore. »

Dans les classes élevées, les élèves traduisaient les textes anciens traitant des sujets suivants dont on peut dire qu'ils étaient d'une actualité singulièrement émouvante : la guerre de tranchées, la guerre de mines, le jet de matières inflammables, une sortie d'ambulance, le péril germanique, la nécessité de l'union sacrée, les oreilles ennemies, les stratèges en chambre, les soldats enseignent aux civils la ténacité, l'orpour la victoire, un avocat mobilisé, un poète soldat. Ces textes venaient des poètes et des historiens grecs ou romains.

Le spectacle de la jeunesse française était la beauté même. La beauté se définit : la variété dans l'unité. Or, regardez la France ! Si vous prenez au hasard cent élèves dans une de nos écoles, il n'y en a pas deux qui se ressemblent. Si vous prenez au hasard cent femmes dans une de nos églises, pas deux qui se ressemblent. Si vous prenez au hasard 'cent officiers dans un" de nos corps d'armée, cent soldats dans une de nos tranchées, pas deux qui se ressemblent. Chacun a un caractère, des regards et des sentiments qui n'appartiennent qu'à lui. Les étrangers sont encore plus frappés que nous de cette merveilleuse variété. Que de fois ils nous ont dit : « En France, il n'y a pas de type, il n'y a que des individus ». Cependant, en cette immense variété, il y avait une miraculeuse unité de sentiments, de pensées, d'énergies, pour la victoire.

Les chefs de famille étant sous les drapeaux, qu'allait devenir la famille? Grâce à la loi du 4 août, « les familles de militaires des armées de terre et de mer, qui remplissaient le devoir de soutiens indispensables de lamille, eurent droit, sur leur demande, à une allocation de i fr. 25 avec majoration de o fr. 5o par enfant âgé de moins de seize ans à la charge du soutien de famille. » La loi ajouta : « Ces allocations seront fournies pendant toute la durée de la guerre, quel que soit le sort du militaire». Grande œuvie de si elhcace solidarité. Rassurés sur le sort des foyers, même

les plus fragiles, nos soldats de l'effroyable guerre eurent l'esprit en paix.

Les allocations étaient largement dispensées. Mieux vaut, pensait-on, avoir à payer un peu plus et rien à redouter des impatiences ou des récriminations.

Les a formations »

de la charité nationale.

Malgré tout, que de misères secrètes restaient à soulager! Les allocations n'allaient qu'à des gênes avouées. Telle famille pauvre n'avait pas de chef ni même de membre sous les drapeaux. Le chômage était un ennemi de plus. De bons citoyens répétèrent : « Au travail! », c'est-à-dire aux armes contre le nouveau fléau!

Ce ne sont jamais les initiatives généreuses qui manquent en France. Elles se mo-

GÊNÉPAL DE LACROIX

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