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INFIRMIERES RECEVANT DES BLESSÉS DANS ONE GARE

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bilisent d'elles-mêmes. Il suffit de leur trouver des cadres et de leur indiquer un plan.

Sous le patronage du Président de la République, se fonda le Comité de Secours national. Il unissait les représentants les plus caractérisés de tous les partis et de toutes les confessions aux hommes les plus expérimentés en matière d'économie politique : archevêque de Paris, grand-rabbin, pasteurs, professeurs, directeurs de journaux, premier président de la Cour des Comptes, syndic desagents de hange, représentant de la Confédération générale du Travail, représentants des organisations monarchistes. Ces hommes siégeaient, côte à côte, en parfaite intelligence, sous la présidence du grand mathématicien strasbourgeois, M. Appell. Là comme partout, battait le cœur unanime de la France. Le Président de la République versa 5o 000 francs; la Banque de France, un million ; la Banque Rothschild, un million. Affluèrent aussi les dons les plus humbles et les plus émouvants.

Les innombrables « formations » de la charité nationale, c'était l'armée du bien sortie, enseignes déployées, de la terre de France, dès que le pied de l'envahisseur l'eut heurtée.

Au premier rang, la Croix-Rouge. Il y a plusieurs Croix-Rouges. Jamais trop. Jamais assez. La première remonte à 1864 : Société française de secours aux blessés militaires; la seconde, Association des Dames françaises, a été fondée en 1879; la troisième, Union des Femmes de France, en 1881. Elles n'ont pas cessé d'être en pure rivalité de zèle. Au Maroc, au Soudan, à Madagascar, en Indo-Chine, dans les catas:rophes publiques, tremblements de terre en Italie ou inondations à Paris, elles ont rendu les mêmes services et ont été confondues dans la même reconnaissance. Pour la Guerre du Droit, elles furent tout de suite en mesure d'entretenir 1 569 hôpitaux auxiliaires en France, rien qu'à Paris, 3oo. Le total des lits mis à la disposition du service de santé militaire était de 102579. Paris offrit une hospitalité particulièrement cordiale à la Croix-Rouge britannique. Il accueillit avec non moins d'empressement la Croix-Rouge japonaise etla Croix-Rouge sud-africaine. En ajoutant aux Croix-Rouges les hôpitaux auxiliaires, on arrivait, le i3 août, à un total de 261 000 lits.

Dans le vestibule de tel grand lycée parisien, une dame de la Croix-Rouge, au long vêtement gris et à la coiffe monacale, venait vers nous : « Vous ne me reconnaissez pas, Monsieur? » C'est la femme du surveillant général. La vaste maison était parée tout entière pour sa nouvelle tâche. Les dortoirs attendaient leurs hôtes héroïques. Dans les salles de classes s'installaient des services médicaux et chirurgicaux. Sur la porto du réfectoire^ on lisait ' « Salle des opérations ». Un vieux

(>42 1014. — LA GUERRE nu DROIT.

domestique du lycée, occupe à laver à grande eau le pave de cette salle, nous disait lout bas au passage : « Monsieur, je suis de Barr et j'ai deux fils soldats qui se réjouissent d'aller chez nous, en Alsace. »

Certain costume de nos « religieuses laïques » avait une élégance sans prix.

— Ne dites pas sans prix! Le couturier l'a fait payer exactement douze cents francs. Les blessés auront à leur chevet une exquise vision de luxe féminin. Puisse cet enchantement être une panacée !

A vrai dire, la plupart des dames de la Croix-Rouge étaient vêtues d'une façon infiniment moins coûteuse. Dans les gares de la banlieue parisienne, quelques-unes d'entre elles guettaient les premiers convois de blessés. Elles portaient de petits paniers contenant des œufs durs et des tranches de pain enveloppées de papier. La coifi'ure, la robe, les œufs et le papier étaient d'une blancheur également immaculée. Voilà une vision plus simple, mais non moins savoureuse et salutaire.

Des femmes au grand cœur créèrent de toutes pièces, sous la présidence du général de Lacroix et de Mme Jules Ferry, l'Assistance aux Dépôts d'éclopés. En arrière du front, ces dépôts surgirent pour recevoir, par milliers, des soldats provisoirement hors de combat, par suite d'une blessure légère ou d'un malaise. Quelques jours de soins intelligents leur rendaient la santé, et ils retournaient droit au combat. Cette œuvre fut tout de suite appréciée par le Grand Quartier Général qui lui accorda les mêmes facilités qu'à la Croix-Rouge.

M. Maurice Barrés, président de la Ligue des Patriotes, fonda l'Œuvre des Mutilés de Guerre et, en quelques jours, recueillit le premier million.

Les femmes mirent à la mode l'adoption d'un soldat. Le dévouement de ces marraines de guerre était acquis particulièrement aux engagés volontaires d'Alsace- Lorraine et aux soldats des pays envahis. La Société Erckmann-Chatrian, dont celui qui a écrit ces lignes a l'honneur d'être président, compta tout de suite des milliers d'Alsaciens-Lorrains pour filleuls.

De quelque côté qu'on marchât dans Paris, on apercevait des bandes de calicot portant ces inscriptions : Ouvroirs, Assistance maternelle. Orphelinat, Goutte de Lait, Rêvas populaires. Quatre-vingt mille repas populaires distribués par jour! Cinq cent vingt ouvroirs faisant diligence! Le thé-tricot remplaçant le thé-tango! Les salons écoutaient des conférences sur la guerre, touten fabriquant des chaussettes de laine pour les poilus. Nous avons eu le plaisir de voir les aiguilles des aristocratiques tricoteuses harmoniser leurs mouvements au rythme des phrases.

On nous faisait ensuite visiter le magasin de quelque œuvre de chari:é guerrière. Boites de sardines et brosses à dents, cylindres de lait concentré et blagues à tabac, peignes fins et grosses moufles s'entassaient jusqu'au plafond. Sainte épicerie* et mercerie sacrée. Mais où étions-nous donc? Que signifiaient ces énormes moulures de style munichois et ces glaces de dimensions impudentes. Tout à coup, nous avons cru voir, dans une des glaces, passer quelques-unes des plus malsaines images d'avant la guerre, c'est-à-dire d'avant le déluge. Dans ce salon, en janvier ou lévrier 1914, d'honnêtes jeunes dames de France, aux joues et aux yeux peints, à la perruque violette ou mauve piquée" d'une fabuleuse aigrette, tournoyaient aux bras d'aventuriers cosmopolites. D'honnêtesjeunes hommes de France y amenaient, avec un égal orgueil, la correction excentrique de leurs vêtements et une réputation plus ou moins justifiée de morphinomane. Aujourd'hui, les danseurs sont partis pour le Iront et préfèrent un coup de pinard à une prise de cocaïne, voiie à une tasse de thé. Quant aux danseuses, peut-être est-ce l'une»d'eHes qui, à genoux, dispose le matériel requis pour une étuve de désinfection et pour une roulotte dentaire :

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sans doute, elle ne reconnaît pas plus la salle où elie a dansé qu'elle ne reconnaîtrait son image si la glace l'avait conservée.

Aux réfugiés qui affluaient vers la capitale, chassés de chez eux sans meubles ni vêtements, on n'a pu porter secours qu'en créant tout, d'un seul coup et sous le (eu de l'ennemi. Les Parisiens restés à Paris virent arriver en longues files les Belges, puis les Français du Nord, puis les Français de l'Est. Dix mille Belges étaient recueillis dans le Cirque de Paris. Ces pauvres gens semblaient plier sous l'écrasant fardeau de l'exil. Près de quarante mille familles françaises adoptèrent, pour la durée de la guerre, des exilés de sept à treize ans.

Une Œuvre d'assistance fondée par les commerçants et les gardiens de la paix du VIe et du XI Ve arrondissement s'organisa dans l'ancien séminaire Saint-Sulpice. Ce fut un autre refuge offert aux Belges, puis aux Alsaciens- Lorrain s, puis aux fugitifs de nos départements envahis.

Leurs enfants suivaient les cours des écoles du quartier. Des jeunes filles venaient cherche ries plus petits, pou ries promener dan s le Jardin du Luxembourg. Le Comité franco-belge s'efforça d'assurer un emploi à chaque réfugié.

Dès le début, la Ville de Paris distribua, chaque jour, 400000 francs « aux familles des mobilisés et aux personnes qui n'étaient pas en état de faire valoir de titre ». Ainsi, beaucoup de ménages irreguliers lurent mis à l'abri de la misère. Dès le 16 août, une première quinzaine étant échue, la distribution des allocations commença. Bureau des allocations familiales, bureau de chômage, bureau de réquisition des moyens de transport et d'ouvriers civils dans le camp retranché, tous ces services exceptionnels fonctionnèrent assez régulièrement. Aux portes des mairies, on ne vit plus ces lugubres queues de pauvres gens attendant les bons du bureau de bienfaisance. Toute l'armée française de la charité prit pour point d'appui le foyer. De là ses victoires. Napoléon 1er disait : « Un régiment entier est souvent enfoncé, faute d'une bicoque pour point d'appui ». Le foyer, c'est le point d'appui inébranlable et triomphal.

Pendant que l'Allemagne employait son génie aux œuvres de haine, de destruction, de perfidie et de meurtre, la France consacrait le sien aux œuvres de pitié et de relèvement. Ce qui ne l'empêchait nullement d'accomplir, sur le champ de bataille, tout ce qu'il fallait pour la revanche du Droit.

En face de l'Allemagne qui déshonorait la guerre, la France faisait admirer au monde la plus noble bravoure, celle que guide le culte de l'honneur et qu'épure le respect de la faiblesse. C'est en cette France que le monde civilisé, menacé par la

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