LE GÉNÉRAI. CADORNA VIENT DE RECEVOIR LE COMMANDEMENT SUPRÊME
La déclaration de guerre de l'Italie à l'Autriche a eu dans le monde entier un retentissement inouï. — Voilà donc, se disait-on, une armée toute fraîche, une marine entièrement neuve qui s'unissent aux lorces de la Triple-Entente pour achever les deux Empires de proie. Or, cette armée et cette marine, l'Allemagne, pendant des
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années, par le pacte de la Triplice, a forcé l'Italie à les augmenter sans cesse ! Aujourd'hui, par un miracle de justice, l'Allemagne va en sentir tout le poids.
En sa lureur, l'Allemagne s'écriait : « Nous devions le deviner. La marque de l'Italie, c'est le coup de poignard dans le dos ».
i En vérité, le coup que l'Italie portait aux empires allemands n'avait rien de déloyal. Bienqu'elle n'eût pas plus oublié ses provinces martyres que nous n'avions oublié l'Alsace et la Lorraine, à notre exemple elle ne tira l'épée que lorsque l'impudente perfidie allemande l'y contraignit par des violations de territoires et des vexations de toutes sortes.
Tout de suite, l'Allemagne s'efforça de frapper l'Italie en certains points sacrés qui auraient fait saigner le cœur du genre humain : Venise, Milan, Florence, Bologne, Pise. Mais l'Italie, entrant dans la lutte, en avait prévu et mesuré tous les dangers. Elle était résolue à tous les sacrifices pour se délivrer d'une tyrannie qui devenait la plus mortelle des hontes. Par bonheur, les bandits ne restaient plus assez lorts pour exécuter les forfaits projetés. Ils étaient loin, les beaux jours de Louvain !
L'Italie en guerre unissait, à la Marseillaise, l'hymne de Mamelli. Composé par le poète républicain qui mourut à ving -deux ans, en 1848, sous les murs de Rome, ce chant national se résume tout entier en son titre: Frères d'Italie (Fratelli d'Italia.) Renouveau populaire ! Joie véritablement printanière des éléments italiens, fondus autour d'un même drapeau !
En réalité, ce chant qui vibre, resplendit et s'envole, n'est rien qu'un chant. A le lire sans l'entendre, on en perdait presque toute la beauté. Au contraire, quand il s'élève dans l'air, chacune de ses notes fait comprendre l'enthousiasme des citoyens à qui une patrie est rendue et qui, en se rejoignant, font serment de lui consacrer leur vie. De sa vingtième à sa vingt-deuxième année, c'est-à-dire de septembre 1847 a juillet 1848, Mamelli acélébré Milan en armes, consolé Venise en pleurs, lutté pour Rome en feu. Les frères d'armes avaient pris pour symbole un rameau de cyprès toujours vert et pour devise Ora e sempre (Aujourd'hui et toujours). Lorsque Milan sembla délivrée, ce fut un transport d'ivresse dans tous les cœurs italiens. Ils battaient à l'unisson, infiniment heureux, peut-être même un peu surpris de leur irrésistible vaillance. Léchant de Mamelli, de cime en cime, parcourut jusqu'au bout les Apennins, « frémissante épine dorsale de l'Italie », passa le détroit et fit gronder l'Etna en un suprême signal. Frères d'Italie!
Ne quittons pas le fer, t Tant que dans l'Italie il reste un sol esclave.
Tant que notre Unité, rendant le ciel plus clair, N'a pas, comme un torrent de lave, Roulé des Alpes à la mer, Ne quittons pas le fer.
1 1 Dans une fête italienne, à l'époque de la Triplice, au moment où les élèves des écoles allaient entonner cet hymne, les administrateurs se rappelèrent qu'il contenait un terrible trait contre l'aigle autrichienne « qui a perdu ses plumes ». Il fallut arracher ce trait. Ce lut pour le patriotisme italien une satisfaction sans pareille de le rétablir en 1914. Les deux aigles germaniques étaient atteintes au cœur. La louve romaine hurlait de joie et l'alouette gauloise lançait sa claire nchason sublime au-dessus des moissons délivrées.
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Les premiers résultats de la guerre italienne.
Pour déclarer la guerre à la Turquie, comme pour la déclarer à l'Autriche, les Italiens ont attendu le moment où ils devaient avoir tout pour eux: le droit et la lorce.
— Quoi ! répétaient-ils avec indignation, la Turquie prétendait empêcher 8.000 de nos compatriotes de revenir au pays natal, pour combattre les Austro-Hongrois! Elle faisait donc cause commune avec nos ennemis. Et que de vexations ont précédé cette injure! La Turquie violait sans cesse le traité d'Ouchy. Elle essayait, par ses excitations et par l'argent allemand, de soulever contre nous la Libye. En janvier, nous avons saisi à Venise des tonneaux de bière expédiés par les Allemands à Tripoli : ces tonneaux contenaient des armes. Des agents turco-allemands sont en continuelles relations avec le Grand Senoussi, chef de la secte religieuse qui se répand dans le sud de la Cyrénaïque : dans son camp pullulent les officiers et les sous-otficiers turcs, instruits à la prussienne. Une masse de correspondances que nous avons saisies révèlent les promesses laites par l'Allemagne à la Turquie. Les voici, textuellement : « Jamais les Alliés ne pourront pénétrer dans les Dardanelles. L'empereur Guillaume II arrivera à Constantinople, et la Turquie rétablira son pouvoir dans l'Airique du Nord d'où l'Italie l'a chassée. D'ailleurs, l'Italie ellemême regrette d'avoir rompu avec l'Autriche. Son inquiétude est si grande qu'elle n'a pas osé rompre avec la Turquie ». Vous reconnaissez l'impudente et grossière fourberie prussienne.
En décembre 191 5, les armées italiennes maintenaient devant elles plusde 700. 000 Autrichiens,parmi lesquels se trouvait l'élite de l'armée austro-hongroise, les Tyroliens, dont on a dit que c'étaient des « alpins boches ».
Le haut commandement pouvait, sans trop d'exagération, résumer ainsi la situation militaire :
« Dans le Trentin, nous avons avancé au val de Liedro, sur l'Adige et sur la Brenta.
Dans le Cadore, nous avons occupé le haut Cordevole et la vallée de Cortina d'Ampezzo.
En Carnie, nous avons brisé tous les efforts de l'ennemi.
Sur l'Isonzo, nous avons conquis presque entièrement le territoire compris entre la frontière et la rive droite. Mieux encore, nous avons enlevé et gardé mainte position de premier ordre sur la rive gauche.