‹ 1914 (volume 2)Chapitre 146 sur 161 · ESSAD-PACHA, MINISTRE D ALBANIE · texte numérisé non relu

ESSAD-PACHA, MINISTRE D ALBANIE

(1) Né à Croïa en 1867, Essad-Pacha Tophani avait été élève de l'École militaire de Pancaldi, à Constantinople. Élève peu obéissant, officier peu discipliné, cet Albanais méprisait Turcs et Arabes. On l'envoya loin de Constantinople. A Smvrne, il eut une querelle avec un commandant arabe. En Egypte, il réunit des Albanais musulmans et guetta le moment d'émanciper son pays natal. Comme le moment tardait, il se laissa gracier. Remis en possession de son grade, il fit partie de la garde albanaise au palais du sultan Abdul-Hamid. Mais le sultan se méfia de lui, l'éloigna et finit par le nommer commandant de gendarmerie dans le vilayet de Scutari. Dès qu'éclata la révolution, Essad se rendit à Constantinople où il travailla pour Enver-Pacha et Chefket, puis les abandonna, puis les combattit, puis se réconcilia avec eux, enfin obtint d'eux le commandement militaire à Scutari. Pendant que la ville était assiégée par les Monténégrins, le gouverneur Hassan-Riza-Pacha mourut mystérieusement, après un repas que lui avait offert Essad. Devenu lui-même gouverneur de la ville, Essad la livra aux Monténégrins et se retira dans ses terres à Tirana. Au commencement de la Guerre du Droit, Essad représentait en Albanie le parti anti-turc.

Le coup de théâtre, concerté par Berlin et par Vienne, manqua son effet. M. de Biilow lut le vaincu de Vallona, comme son maître était le vaincu de la Marne.

L'œuvre nationale que le patriotisme italien édifiait et armait, faillit être ébranlée parune conspiration de politiciens. Le 9 mai 19 1 5, au moment où les partisans de la guerre l'emportaient, l'ancien Président du Conseil, M. Giolitti, revint soudain à Rome et les partisans de la neutralité reprirent espoir.

Tout d'abord, on dut penser que cet espoir était vain. M. Giolitti, après avoir fait visite au Président du Conseil, M. Salandra, publia une lettre où il protestait contre les sentiments qu'on lui attribuait et fit déclarer, par ses amis, qu'il n'entreprendrait rien pour empêcher le ministère d'obéir à la volonté de la nation.

Cependant, autour de lui, se nouaient les fils d'une intrigue à la fois parlementaire et diplomatique. Divers partis sur lesquels l'Allemagne exerçait de l'ascendant et auxquels l'idée de la guerre répugnait, s'allièrent pour mettre le ministère Salandra en minorité à la rentrée des Chambres- Aï. Giolitti blâma cette manœuvre. Il s'écriait : « Je saurai dissuader mes amis de donner suite à une telle conjuration». Mais ses amis' ne lui obéirent pas. Ses amis agirent de telle sorte que le ministère cessa de compter sur la majorité du Parlement.

Ce complot se tramait à l'heure où Rome applaudissait le poète d'Annunzio, prêchant magnifiquement la véritable guerre sainte, et où le pays entier, depuis les Alpes jusqu'à l'Etna, poussait le vieux cri gibelin : Fuori i Tedeschi, « Dehors, les Allemands! »

d'annunzio prêche la guerre sainte.

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Nos morts du Léon Gambetta sont pleures et vengés.

Un bateau de guerre irançais, le Léon Gambetta, fut coulé dans l'Adriatique. La population de la côte fit à nos morts d'émouvantes funérailles, dans un cimetière de village, près du Cap Leuca, devant la chapelle où l'on prie Sancta Maria de- Finibus, Vierge miraculeuse de l'antique Leuca aux blancs rochers.

^ous les âpres falaises, dans la plus luxuriante végétation du printemps, les marins de notre escadre et ceux des torpilleurs italiens rendirent un supiême hommage à leurs camarades, tandis que, dans les tombes creusées en hâte, se répandaient des brassées de fleurs.

Sur le phare de Leuca, d'où l'on découvre les monts acraucénoriens d'Albanie dominant Vallona, le pavillon tricolore que portait le Léon Gambetta lut arborécontre l'ennemi héréditaire.

Tous les patriotes d'Italie accompagnaient de leurs vœuxles Français qui, après^ avoir chassé l'Autriche des rives de l'Adige et du Pô, allaient la chasser des côtes de l'Adriatique.

Du Piémont à la Sicile, se constituait une ardente unanimité. La Confédération italienne du Travail déclarait qu'elle n'opposerait pas la grève à l'intervention armée. Le parti catholique engageait ses adhérents à taire tout leur devoir militaire.

Le 3 mai, entre Gênes et Nervi, devant la statue de Garibaldi, près du rocher de Quarto, l'Amitié franco-italienne réunit dans une fête sans pareille, le roi, les ministres, les délégués de toutes les associations patriotiques et démocratiques, lefilsde Garibaldi, Ricciotti, qui a combattu avec son père pour la France en 1870, les petitsfils de Garibaldi qui combattaient en France depuis 1914.

Le Président de la Chambre italienne, revenant au palais législatif après un entretien avec le roi et le ministre des Affaires étrangères, prononça ces paroles, au milieu des députés qui se pressaient autour de lui :

« L'Italie aurait dû déclarer la guerre à l'Autriche après l'ultimatum à la Serbie. Elle aurait dû déclarer la guerre à l'Allemagne, lorsque l'Allemagne foula aux pieds la neutralité belge et le droit des gens. Mais il n'est jamais trop tard pour accomplir un grand devoir. »

Plus d'un patriote italien, heureux de cette unanimité nationale, remerciait secrètement M. de Biilow : « Cet habile diplomate, en traitant l'Italie comme une vassale qu'on peut toujours intimider et toujours corrompre, a remis l'Italie debout ». Le chef du parti républicain en Italie, M. Barzilaï, nommé ministre sans portefeuille, déclarait :« Il n'y a plus de parti de la paix en Italie. L'Italie comprend clairement son devon et son intérêt. Vive le Roi ! »

Et que faisait M. Giolitti ? Il s'inclinait devant le sentiment du pays et la décision du roi. « Plus de discussion! s'écriait-il. L'heure des sacrifices nécessaires est arrivée. Toute ambition, toute pensée personnelle, doivent être déposées sur l'autel de la patrie. Le calme et l'union s'imposent à nous, souverainement. »

" Frères d'Italie ".

De quel cœur, le 24 mai 191 5, nous, Français, nous avons acclamé l'Italie, ce noble pays où le Droit s'est formulé jadis avec une superbe rigueur, et qui entrait dans la Guerre du Droit pour vaincre à nos côtés !

A vrai dire, depuis le commencement de la guerre, l'Italie nous avait rendu, par

Un

Général CADORNA

10)14- — ,A GUERRÏÏ DU ITRriT.

sa neutralité, les plus signales services. Nous avions pu, dès le premier jour, dégarnir les Alpes et envoyer vers les Vosges nos chers Alpins à qui iios Vosges resteront sans fin reconnaissantes.

Mais l'Italie estimait qu'elle avait à accomplir une tâche plus active et plus digne d'elle. D'ailleurs, chez elle, au respect de la justice et a l'horreur de l'oppression, se mêlait le légitime désir de racheter, par le sang, les terres pour lesquelles n'avait pas encore sonné l'heure de la rédemption.

Celui qui écrit ces lignes, deux ans auparavant, avait eu la joie de voir, pendant une conférence qu'il faisait à Rome, les étudiants apporter les bannières de Trente et de Trieste à côté des bannières de Metz et de Strasbourg, toutes les quatre également cravatées de deuil. Il s'agissait pour nous, Français et Italiens, d'arracher avec l'épée ce crêpe noir qui nous déchirait l'âme.

Les hésitations de certains hommes d'Etat étaient venues uniquement de l'idée exagérée qu'ils concevaient de la force allemande et de l'inquiétude que leur inspirait la situation militaire de leur nation, à qui la guerre contre la Turquie, en Tripolitaine, avait coûté si cher. Aussi, l'Italie s'appliquait-elle à se munir d'un bon matériel de guerre et surtout à mettre son armée sur un bon pied.

Le roi Victor-Emmanuel III, petit montagnard trapu, était jaloux de la gloire de son aïeul le roi-soldat. Il voulut sa part du péril.

Le général Cadorna, à qui il conna le commandement suprême, lança ses troupes à la lois sur l'Isonzo en direction deTrieste, et dans les Alpes en direction de Trente.

Les obstacles que les troupes italiennes a vai en ta vaincre étaient doublement formidables. C'étaient les Alpes, hautes de quelque trois mille mètres, avec leurs pentes abrupte-, leurs cimes, leurs sentiers creusés dans le marbre ou dans la glace, leurs neiges qui

les rendent inabordables pendant plus de la moitié de l'année. C'étaient auss les positions stratégiques que les Autrichiens, vainqueurs en 1866, s'étaient choisies en traçant leurs ii ornières dans ies Alpes : avantages à la lois déiensifs e: oflensils, avec des ouvertures sur la ravissante plaine italienne, objet des plus furieuses convoitises germaniques.

Rude labeur pour les Italiens, que de tailler des tranchées en plein roc et de hisser des canons avec des cordes, pour déloger un ennemi qu'ils apercevaient toujours au-dessus de leurs têtes! Malgré tout, ils purent, d'un bout à l'autre de leur front, pendant l'été de 191b, marquer d'importants progrès.

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