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LE FRONT FRANÇAIS EN

Résultats des décisions parlementaires, effort industriel des Alliés.

L'Allemagne avait si bien préparé la guerre que, pendant plus d'une année et demie, elle a pu garder sur le front français l'initiative des opérations.

Les attaques que notre armée entreprenait, avec un si magnifique esprit de sacrifice, paraissaient sans effet immédiat et matériel sur l'issue de la lutte.

Avant tout, il nous fallait attendre que notre armement tût transformé presque entièrement et augmenté presque sans limites. Il nous fallait attendre aussi que l'Angleterre se lût fait non seulement un armement, mais une armée.

Le ministère de la Guerre, sous la direction de M. Millerand, ne négligea rien pour assurer à l'avance tout ce qui était nécessaire : canons, fusils, munitions, équipements, chaussures, matériel d'ambulance.

Sans doute, au début, il y eut des erreurs et des déceptions angoissantes. Un acier de mauvaise qualité fit éclater plusieurs pièces de 75. Mais la surveillance se fit plus étroite et bientôt nos chers petits canons redevinrent une arme incomparable.

Le Parlement, si souvent attaqué pendant cette guerre, parce que, dans toutes les grandes crises, on attaque toujours le souverain, avait tout de suite compris son devoir. 11 l'a, en somme, fidèlement accompli, surtout en rappelant sans cesse, avec énergie, qu'il continuerait la guerre jusqu'à la victoire du Droit, c'est-à-dire jusqu'à la restitution de PAlsace-Lorraine à la France. Pourquoi taut-il que la Chambre ait cru devoir donner carrière à des discussions et à des commentaires imprudents, en des séances dites « secrètes », lesquelles n'avaient aucun mystère pour le gouvernement allemand?

Les Commissions du Parlement, d'accord avec les nouveaux sous-secrétariats d'État à l'Armement, à l'Intendance, à l'Aviation, au Service de Santé, ont réussi, par une admirable constance, à obtenir de nos usines un effort vraiment prodigieux.

L'envahisseur, qui tenait un cinquième de notre territoire et les huit dixièmes de notre industrie, croyait nous avoir réduits à l'impuissance. Et voici que les usines se multipliaient, comme par enchantement, en des endroits qui ne semblaient aucu-

UNE USINE DE SAINT-ÉTIENNE, DANS L APPLICATION DUNE INVENTION RÉCENTE POUR LE SUTURAGE DES BOMBES.

nement destinésaux établissements industriels. Aveclesouvriers, qu'on leurenvoyait, soit du front, soit des colonies, avec les documents ou les modèles qu'on leurcommuniquait de Paris, elles fournissaient ce qu'on n'aurait jamais pu espérer : par exemple, en décembre 1 9 1 5, 25 lois plus de canons lourds qu'en décembre 1 9 1 4 ; 20 fois plus de canons de jb ; 33 fois plus d'obus de 7b. Elles ne se contentaient pas d'armer nos soldats, elles les équipaient. Le drap bleu horizon était fabriqué « par kilomètres »; les chaussures, par millions. Bientôt, tous nos soldats eurent, pour garantir leur tète, le casque, dont la forme arrondie et la couleur bleu d'acier sont devenues tout de suite si tendrement familières à la France. Mêmesdéveloppements dans les fabriques d'automobiles et dans les fabriques d'avions. L'industrie française était une mutilée. Chez elle, grâce à la foi patriotique, la réadaptation fit des miracles.

En cette formidable guerre, on se battait aussi à coups d'inventions. Il y a eu de grands siècles guerriers qui n'ont usé que des armes classiques : épée et lance, fusil et canon. Napoléon Ier, qui élevait à la perfection tant de choses militaires, ne s'est guère préoccupé de perfectionner les armes : il songeait surtout à perfectionner les soldats. Le fusil de l'Empire n'était-il pas celui de la Révolution, lequel était celui de l'ancien régime?

D'ailleurs, la guerre respectait alors certaines lois qui en faisaient un duel. Les Allemandsenontfait unassassinat. Ilsont appeléàla rescousse tous leursingénieurs, tous leurs chimistes, tous leurs docteurs, tous leurs professeurs. Parmi leurs chefs-d'œuvre figurèrent d'abord, en attendant mieux, le chalumeau à fondre les fils de fer barbelés, le bouclier blindé contre les balles, les mitrailleuses légères maniées par un seul homme. La France, qui est par excellence le pays des inventeurs, lut loicée de les suivre : elle les dépassa.

Haut symbole de l'industrie au service de la patrie, la Tour Eiffel étendait audessus de Paris ses antennes énigmatiques. A la veille de la guerre, ses installations de radiotélégraphie avaient été renforcées de deux puissants postes destinés à nos possessions africaines. Dès le début des hostilités, on augmenta extraordinairement l'énergie de ses appareils et on prit toutes les précautions pour annuler les effets d'un accident possible. Sous les pieds de la Tour fut creusée une cité souterraine, avec des ruelles, des galeries, des abris pour les moteurs, des appartements pour le personnel. Machinerie et procédés se perfectionnèrent jusqu'à l'invraisemblance. On a pu affirmer que, pendant toute la guerre, pas un seul radiotélégramme émis en un point quelconque du globe n'a échappé à la France. D'ailleurs, les services de la Tour étaient complétés par trente postes radiogoniométriques disséminés sur toutes nos frontières. Ainsi ont été captés des millions de télégrammes, dont la plupart étaient rédigés en langage secret. Tous sans exception ont été traduits. Quelques-uns d'entre eux resteront à jamais émouvants. Voici, par exemple, celui de la bataille de l'Ourcq, si lestement interprété par le général Clergerie (1). Voilà les dépêches des sous-marins qui, après quelque assassinat, se disposaient à regagner leurbase de ravitaillement. Voilà les conversations suprêmes entre les zeppelins en perdition qui tournoyaient dans notre ciel, depuis les rives de la Meurthe jusqu'à la Côte d'Azur. Chaque jour, pendant plus de cinquante mois, la Tour a transmis les deux communiqués. Chaque jour, elle a versé l'espoir à la France et à tous ceux qui aimaient la France, c'est-à-dire la Justice, la Bonté, le Progrès. Mieux encore, elle a ranimé, aux pays martyrs, beaucoup de cœurs qu'étouffait le mensonge allemand, car elle n'ignorait pas, la bonne Tour parisienne, qu'il y avait là-bas un

(1) Voir volume II, page 914.

assez grand nomDre de petits « écouteurs » secrets qui la comprenaient à demi-mot.

Les dépenses nécessaires à la Guerre du Droit se chitirèrent viteparmilhards.Où trouver cet argent ? D'abord, le gouvernement fit la quête de l'or. Il vit affluer toutes les économies des coffres-forts et des bas de laine : la menue piécette jaune de cinq francs qu'on glissait dans le porte-monnaie nacre de la première communiante, aussi bien que l'- splendide écu de cent fran».. qu'on se transmettait de génération en génération, le iour du mariage.

Bientôt, ce furent les billets de banque qui affluèrent, en des proportions imprévues, pour les obligations de la Déiense nationale.

La France était heureuse d'apprendre que la Grande- Bretagne rivalisait avec elle d'ardeur et de confiance. Jusqu'à présent, notre alliée n'avait pas

eu à proprement parler d'armée de terre pour 1 Europe. Sa magnifique flotte protégeait suffisamment les iles qui lorment le Royaume-Uni. Mais, en face du devoir, elle répondit a l'appel de lord Kitchener, ministre de la Guerre, lui donna d'abord des légions de volontaires, pui?. finit par adopter le service militaire obligatoire. Ainsi, de tout son empire, Indes, Canada, Australie, sortirent plus de six millions d'hommes qui, sur-le-champ, commencèrent à s'exercer.

Chez elle aussi, à la mobilisation militaire se joignit, comme il convenait, la mobilisation industrielle. Dans son propre sol, la Grande-Bretagne trouvait les deux éléments essentiels de l'industrie guerrière: le fer et le charbon. Quand lord Kitchener disparut dans un nauirage sur les côtes d'Ecosse, il lut remplacé, au ministère de ;la Guerre, par Lloyd George qui était ministre de l'Armement et des Munitions, comme M. Albert Thomas l'était en France. Avec une clairvoyance et une fermeté admirables, Lloyd George prit pour devise les mots que devait répéter M. Georges Clemenceau, en 1918 : « Je fais la guerre ».

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