‹ 1914 (volume 2)Chapitre 29 sur 161 · GENERAL ALIX · texte numérisé non relu

GENERAL ALIX

(Champagne, éditeur.)

notre Troisième armée, dans le terrain si difficile de l'Ardenne occidentale, chercha à surprendre les opérations de l'ennemi.

On sait que deux des armées allemandes étaient dirigées contre la Lorraine : la Sixième armée, commandée par le Kronprinz RuprechtdeBavière, et la Cinquième armée, commandée par le Kronprinz de Prusse.

La Sixième armée comprenait trois corps bavarois : à droite, près de Château- Salins, le IIIe corps; au centre, le IIe; à gauche, près de Sarrebourg, le 1er.

LONOWÏ-HAUT.

LtS KEMFARTS.

(Girardot, éditeur)

Le ier corps de réserve bavarois vint se placer derrière le Ier corps d'activé, à l'ouest de Sarrebourg. Le XXIe corps appuya le IIIe et le IIe corps bavarois. En outre, une division de cavalerie prussienne et une division de cavalerie bavaroise manœuvraient dans la région d'Avricourt; une division de cavalerie saxonne, dans la région de Nomeny.

La Cinquième armée, celle du Kronprinz de Prusse, comprenait alors le Vecorps, le XIIIe corps wurtembergeois, le XVIe corps, le Ve et le VIe corps de réserve, la 33edivision de réserve et une division de cavalerie. Elle avait pour objectif Verdun.

Cette armée avait quitté Trêves et traversé Arlon, en se divisant en deux masses, dont l'une devait rejoindre l'armée wurtembergeoise près de Sedan, et dont l'autre devait assiéger Longwy.

L'ennemi se présenta devant Longwy, le 1 1 août. Le lieutenant-colonel Darche, commandant de la place, sommé de se rendre, répondit :

— Venez nous prendre.

Les soldats de Darche subirent, nuit et jour, un feu écrasant où s'anéantissait la vieille forteresse de Louis XI V. A la veille de la guerre, des quatre petites forteresses françaises chargées de défendre les vallées de la Chiers et de la Meuse : Longwy, Montmédy, Les Ayvelles, Charlemont, Longwy était la seule qui pût résister pendant quelque temps. Or, c'était la seule que l'administration française eût condamnée à disparaître. Son déclassement était prévu depuis 1 909. Les propriétaires d'usines établies dans la vallée ou sur les pentes de la colline fortifiée demandaient instamment la démolition des remparts. Longwy forme un hexagone dont les côtés ont à peine cinq cents mètres. Mais l'art de Vauban était tellement supérieur que, malgré les progrès de l'artillerie, son œuvre gardait toujours une certaine valeur défensive. Ses dehors sont habilement développés. Les lignes des remparts qui s'enchevêtrent et se

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profilent les unes sur les autres, rendent le tir extérieur assez difficile à régler. Les murailles des escarpes et des contrescarpes demeurent aussi solides que les bétons. On y avait ajouté, en 1880, des magasins-caves. Longwy aurait pu tenir son rôle de fort d'arrêt. Par malheur, depuis cinq ans, on l'avait complètement négligé. Son armement se trouvait plus que réduit. Les plus grosses pièces étaient

de gb.

En pénétrant en France, les Allemands s'efforçaient de dissimuler leur nombre. Ils y réussirent. Nos aéroplanes chargés du service d'éclaireurs étaient en trop petit nombre : cent cinq, à la date du 4 août.

Cependant, plusieurs de nos aviateurs avaient

conv i de blesses allei ;are de conflans. signalé les prépa-

ratifs que l'ennemi achevait en Lorraine annexée. Partout, le terrain se creusait pour le combat. Partout, des soldats et des mitrailleuses. Tout civil qui s'approchait était envoyé aux travaux forcés des tranchées.

Autour de Briey.

L'Allemagne s'était tout de suite précipitée sur l'incomparable proie qu'est le bassin de Briey. Sa cavalerie occupait Audun-le-Roman, Spincourt, Mangiennes.

Le 6 août, son infanterie, 8e bavarois et 144e prussien, appuyée par de l'artillerie, arrivait à Conflans. Nous n'avions là qu'un seul bataillon de chasseurs, et qui ne possédait pas un canon. Il fu»

obligé de se retirer à quatre kilomètres plus loin.

Briey, construit au promontoire qui domine le Woigt et la Mance, est une pittoresque cité dont les vieilles maisons se sont fait une assiette élégante sur une pente presque à pic. Par les fe-

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tç)!4- — LA GUERRE DU DR0!"f. 4/3

fiêtres de ces vieilles maisons, l'ennemi pouvait contempier un vaste et gracieux horizon bleuâtre : l'écrin sans pareil qui s'ouvrait devant lui.

Dans le bassin de Briey, les hauts-fourneaux s'étaient multipliés aussi vite que les cinématographes dans les villes les plus dépensières. En 1876, l'extraction du minerai de fer ne représentait qu'un million de tonnes. En 191 3, elle représenta seize millions de tonnes et la production de la fonte, quatre millions de tonnes.

De cette région, sortaient les trois quarts de la fonte française et les neuf dixièmes de minerai de fer français.

L'industrie minière se développait d'autant mieux qu'elle ne se montrait ni absorbante ni jalouse. Elle favorisait les autres industries autour d'elle et son élan profitait de leur essor. Des Ardennes à la Haute-Marne, elle entraînait l'Est de la France aux progrès les plus fructueux. Le long de la voie ferrée, les usines constituaient des cités féeriques : leurs hauts - fourneaux en étaient les dômes; leurs hautes cheminées, les minarets : jour et nuit, elles s'illuminaient de flammes colorées.

Vers LongwyetMont-Saint-

Martin, les temples et les rites en l'honneur du fer prenaient un aspect toujours plus fervent et plus superbe. Tout un peuple arrachait du sol le minerai incomparable et le livrait à cent hauts-fourneaux qui le rendaient en flots de fonte. Sur le champ, les convertisseurs en faisaient de l'acier, que les laminoirs, les tréfiloirs, les marteaux transformaient en pièces d'industrie.

Or, cette organisation métallurgique, unique sous notre ciel, était l'œuvre de moins d'un demi-siècle. En 1860, les hauts-fourneaux avaient remplacé le bois par la houille. En 1886, des sondages entre Jœuf et Audun-le-Roman firent entrevoir la richesse prodigieuse de notre couronne minière. En i8q3, on découvrit le bassin de Landres, fleuron sans prix. Presque déserte avant 1870, cette région comptait à la veille de la guerre plus de 100 000 habitants. Là, des villes surgissaient comme par enchantement. Là, tel lopin de terre aurait constitué la dot d'un prince.

Pour le îer août 1914, nos troupes de couverture furent postées en deçà de l'incomparable bassin minier. En vain, depuis dix ans, des Français clairvoyants avaient demandé que la France créât, près de Briey, un camp qui répondît au camp prussien de Malmédy. A grand peine, en octobre 1 9 1 3, la France s'était décidée à placer un bataillon de chasseurs à Gonflans et deux à Longuyon.

On a dit plus tard : « Verdun est la clef de Briey». C'est l'une de ses clefs. Les deux autres sont Thionville et Metz. Quelle distance entre Briey et certain fort de Metz (Feste Lothringen)! A peine 10 kilomètres. Les forts Kronprinz, Kaiserin, Leipzig, Wolfberg, peuvent bombarder, sur unelongueurde plusde i5 kilomètres, la vallée de

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l'Orne, depuis Contians jusqu'à Moyeuvre, c'est-à-dire détruire une magnifique série de hauts-fourneaux.

La région de Longuyon était défendue par notre 2e corps d'armée et la 9e division de cavalerie. Le 2e corps avait son quartier général à Louppy-sur-Loison. Il était appuyé par le 40 corps dont les avant-postes se trouvaient sur l'Othain, et le quartier général à Consenvoye.

Le 8 août, à six heures du matin, deux uhlans en reconnaissance arrivèrent à Affléville, village de 400 habitants, arrondissement de Rriey, près de Norroy-le-Sec. Une patrouille de chasseurs a cheval blessa l'un des uhlans. L'autre s'enfuit. Le lendemain dimanche, les uhlans revinrent en force, incendièrent la première maison et

criblèrent de balles le fermier qui s'efforçait d'éteindre les flammes. Le garde champêtre accourut pour expliquer comment s'était livré le combat de la veille.

— Ce sont des soldats qui ont blessé votre cavalier.

— Non, ce sont les civils, hurlèrent les Allemands.

Pendant que la population du village était à l'église pour les vêpres, l'ennemi alla de maison en maison, inondant de pétrole les meubles et les murs. En quelques minutes, tout flamba. Sans avoir rien pu sauver, vieillards, femmes, enfants se réfugièrent à Etain, puis furent dirigés sur Verdun. Les vieillards disaient : « Les pires horreurs de 1870 sont dépassées du premier coup ». Celles aussi de 18 14 et de 181 5 ! Pour trouver quelque chose de semblable, il fallait remonter à la barbarie primitive. L'Allemagne, à la lueur de ses incendies, montrait clairement à la civilisation contre quoi la France se battait.

Les engagements prenaient de plus en plus de gravité sur tout !e front Longvvy- Longuyon-Marville-Virton. Des patrouilles de cavalerie apparaissaient au nord de l'arrondissement de Montmédy.

A Mangiennes, le 10, à huit heures du matin, deux bataillons du i3oe appartenant au 4e corps, attaqués par des forces considérables, durent battre en retraite. Mais des troupes du 4e et du 2e corps, dirigées par le général Lejaille, commandant la 7e brigade du 2e corps, et par le général Cordonnier, commandant la 87e, reprirent l'offensive. Elles enlevèrent quatre canons et quatre mitrailleuses. Le lendemain, dans notre marche en avant sur l'Othain, nos canons détruisirent le 21e régiment de dragons allemands avant qu'il put prendre ses dispositions de combat. La panique se répandit datis toutes les forces ennemies du voisinage. Pêle-mêle s'enfuirent les chasseurs allemands du 5e bataillon, les dragons du 7e, du 8e, du 2 ie, l'artillerie et sept compagnies de mitrailleuses.

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