VUE DE LIEGE
(Pîioto Drangerj
Meuse. Ses ateliers d'armurerie, sa manufacture d'armes, sa fabrique de couteaux, sa fonderie de canons sont célèbres. Liège compte près de deux cents magasins d'armes. Les diverses pièces des armes de luxe et de chasse étaient fabriquées et montées par 40000 ouvriers travaillant à domicile. Pour aller aux armes, Liège n'aurait eu que le moindre mouvement à faire. Autour d'elle, travaillaient les établissements Cockerill de Seraing, d'où sortit, en i835, la première locomotive connue du continent. Il faut bien ajouter que l'immense Fabrique nationale d'armes, dans la baalieue de la ville, appartenait en grande partie à la maison Lœwe de Berlin.
A b kilomètres de la Belgique, à 40 kilomètres de Liège, près de Malmédy, se trouve le camp allemand d'Elsenborn, destiné à tenir, dans l'offensive, le même rôle que Metz. Ce camp permet à 200000 hommes de s'abriter et de s'exercer. Il se relie à deux lignes de chemins de fer stratégiques qui pénètrent en Belgique sans s'exposer à aucune action défensive des forts belges. Voici, au nord de Liège, le tronçon Aix-la-Chapelle, Tongres, Louvain, vers Anvers. Voilà, au sud de Namur, la prolongation de la voie Malmédy-Stavelot.
Autour de Liège, depuis une semaine, le général Léman, qui prévoyait l'attaque, faisait travailler 18000 ouvriers à la défense. Les maisons de campagne construites sur les pentes étaient démolies pour rendre le tir des canons plus sûr, les ponts et les tunnels minés, les grains et les bestiaux réquisitionnés. La Belgique s'apprêtait
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héroïquement à résister. Aucun sacrifice ne lui coûtait. Pour dégager le fort de Boncelles, on fit sauter tout d'un coup les maisons et l'église. L'espace de 4 ou 5 kilomètres qui s'étend entre les forts, se garnissait de tranchées minées et munies de fils de 1er barbelés.
Les plus grands forts, ceux de Boncelles, Fléron, Barchon, Pontisse, Loncin, Flémalle-la-Grande, étaient armés d'observatoires cuirassés, d'un projecteur électrique, de deux pièces de 1 So, de quatre pièces de 120, de deux mortiers rayés de 2 10, de quatre pièces à tir rapide de 5;. Les six autres, qui n'étaient guère que des redoutes, portaient deux pièces de 1 5o, deux pièces de 1 20, un mortier rayé de 210 et trois pièces de 57.
Avant l'attaque, un parlementaire allemand se présenta devant Liège et demanda
CONVOIS DE RAVITAILLEMENT ARRIVANT A LIEdE.
que la ville ouvrit ses portes. Le général Léman répondit par le refus le plus net. Puis il adressa à la population cette proclamation d'un loyal et superbe langage :
« La grande Allemagne envahit notre territoire, aprèsun ultimatum qui constitue un outrage. La petite Belgique a relevé fièrement le gant. L'armée va faire son devoir. La population de Liège accomplira le sien. Aussi, ne cessera-t-elle de donner l'exemple du calme et du respect aux lois. Son ardent patriotisme en répond. Vive le roi commandant en chef de l'armée ! Vive la Belgique !
Le lieutenant-général gouverneur militaire de Liège.
Léman. »
Plusieurs corps d'armée s'avançaient pour cerner les 35 000 soldats de Liège. Certes, ces braves gens savaient qu'ils ne pourraient pas maîtriser le flot
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qui se précipitait contre eux. Ils voulurent le retarder aussi longtemps que possible, à tout prix.
Un commandant à !a tête de 3oo hommes défendit, pendant une journée, les trois ponts jetés sur la Gette, près d'Orsmael-Tirlemont. Les Allemands finirent par le prendre, profondément blessé au visage. Ils l'achevèrent à coups de sabre et le piétinèrent.
Le 5 août, à 6 heures du matin, le bombardement commença par les forts de la rive droite. Barchon, Evégnée, Fléron, Chaudfontaine, Embourg, Boncelles, reçurent les premiers projectiles : des obus de la grosse artillerie de campagne. Vers une heure de l'après-midi, les projectiles de l'ennemi se concentrèrent sur le fort de Barchon.
Les troupes belges commandées par le général Bertrand, qui avait mission de