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LA GARE DE LANDEN SACCAGEE PAR LES ALLEMANDS

Photo Meurisse.)

L'invasion en Belgique.

Sur les routes de Belgique, les armées allemandes s'avançaient en rangs serrés, interminablement. Tout dans cette invasion était calculé, concerté, rythmé pour donner l'impression d'une force irrésistible. Écoutez les récits des spectateurs.

Sans fin, de vivantes masses gris vert ébranlaient la terre sous de grosses bottes, au balancement des bras. Après les brigades d'infanterie venaient de la cavalerie : uhlans aux pennons flottants, hussards aux jaquettes couleur de terre, cuirassiers aux cuirasses voilées d'étoffe ; puis, de l'artillerie; puis, des ambulances ;puis, de l'infanterie encore; puis, de l'artillerie lourde, pièces de siège dont la moindre était traînée par trente-deux chevaux; artilleurs, assis, bras croisés et talons rentrés, immobiles commede tragiques mannequins; puis, de l'artilleriedecampagne, canons se succédant en si longuesfiles que l'on sedemandaitoù l'Allemagne avait pu trouver tant d'acier (hélas ! c'était de nos mines de Lorraine); puis, des pionniers, des sapeurs, des mineurs armés de piques, de pioches, de pelles; puis des lourgons où

VON EMMICH

s'entassaient des poutres; puis dus sections aérbnautiques, ballons dégonflés sur des chariots; puis, des automobiles blindées; pui-encore des uhlans, puisdel'infantene toujoui s. Les casques à pointe étaient tous masqués d'une toile verdàtre. A cent pas, de pied en le régiment devenait presque invisible.

Chemin faisant, une imprimerie installée dans un large tourgon tirait la « Galette allemande de Guerre » {Deutsche Krieger Zeitung . leuille toute débordante de victoires inouïes ; puis, des cuisinesroulantes (Gulasch-Canonen, canons à rata, comme les appellent nos Alsaciens! versaient en roulant du ca^ ou de la soupe; puis des voitures de cordonniers, de pédicures, de dentistes faisaient de même leur besogne sans arrêt.

Les- soldats portaient sur le dos un sac extrêmement lourd et à la ceinture deux cartouchières, une gourde, un sabre, une panetière ; les officiers portaient sur la poitrine un

réflecteur à pile sèche et une carte d'état-major.

Cette armée affectait un aspect de gigantesque machine irrésistible. Chacun

des organes qui la composait ne devait rien avoir d'humain. Un soldat avait-il laissé

passer un officier sans le saluer d'un mouvement correct? L'officier lui coupait le

visage de sa cravache. Chaque coup y traçait une zébrure sanguinolente. Le soldat

rectifiait sa position, automatiquement.

Disons tout de suite ici que cette machine énorme pouvait, dans un insuccès,

se détraquer à fond et refluer dans un désordre monstrueux. C'est ce qie virent, le

mois suivant, nos plaines de Champagne.

Les troupes ennemies s'enfonçaient vers Bruxelles en trois masses principales.

La première, au nord, arrêtée par les forts de Liège, dut faire le siège de la place.

La seconde, passant la Meuse entre Liège et Namur, amenait tout le matérie'

nécessaire pour détruire les forts les mieux construits. La troisième avait l'ordre de

rejoindre la secondepar

le sud, en traversant la

Meuse entre Namur et

Givet.

Deux obstacles

s'opposaient à cette

immense marée. Premièrement, la Meuse

qui, de Namurà Givet,

développe sur près de

5o kilomètres une si

admirable barrière. Secondement, le long de

la Meuse, une ligne de

troupes françaises dont LA B0UTE de diest a haelen' après un combat.

lecommandcmcntnllait (rhoio M«uiitc.)

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Général LEMAN

Défenseur de Liéje

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être confié à un chef plein d'expérience et de fougue : le général Mangin. Malheureusement, le général Mangin ne devait avoir sous ses ordres qu'une seule brigade comprenant le 45e et le 148e régiment d'infanterie. Ajoutons que ses soldats ne se faisaient aucune idée du péril qui, par la Belgique, menaçait la France et toute la civilisation. Ils s'écriaient :

— Nous voilà simples G. V. C. Garder des ponts! Nous méritions mieux que ce rôle de tout repos.

Des combats s'étaient engagés entre les Allemands et les Belges sur divers points, vers Saint-Trond, vers Tirlemont. Mais l'ennemi continuait sa marche. En certaines gares, par exemple à Landen, il barrait les rails et capturait les trains. Les hussards de la mort promenaient des civils attachés ensemble par les coudes. Les officiers désignaient ces victimes d'un geste dédaigneux, en disant en français :

— Ils ont tiré sur nos troupes. Ils seront pendus.

Mêlant, suivant ses traditions, la violence la plus féroce à la plus impudente mauvaise foi, l'ennemi placarda sur les murs de Belgique cette proclamation signée du général von Emmich :

«A mon pi us grand regret, les troupes allemandes ont été absolument contraintes de franchir la frontière, la neutralité de la Belgique ayant été violée par des officiers français qui, sous un déguisement, ont passé en automobile. »

— Quel déguisement ? demandaient les Belges.

— Peau d'àne ! répondit l'un deux.

Humour belge, Zwan\e héroïque, à deux pas de la plus effroyable mêlée !

Le roi des Belges connaissait particulièrement le général von Emmich qui franchissait la frontière avec des regrets si sincères et grâce à un prétexte si plausible. En juillet igi3, comme il s'était rendu à Liège avec la reine pour assister à une fête populaire, ils y avaient trouvé un envoyé spécial de Guillaume II qui leur apportait « l'assurance de la plus fidèle amitié de son auguste maître ». L'ambassadeur choisi parl'empereur allemand n'était pas un diplomate, mais un général dont l'Allemagne vantait les qualités de loyauté et de courtoisie : von Emmich. Deux ans après, von Emmich revenait vers Liège, poury entrer au milieu du pillage et de l'incendie.

Les combats se multiplièrent, en même temps que. les atrocités. Hasselt fut incendié; Diest, la ville où est enterré Philippe de Nassau, prince d'Orange, fut pillée et incendiée. A Schaffen, le sang coula à flots.

Cependant, la Belgique traitait humainement les prisonniers. Elle montrait même du respect pour leur mauvaise fortune. Le gouverneur de Namur annonça, dans une proclamation, que toute personne qui aurait tué, frappé ou injurié un prisonnier, serait livrée à la justice.

Au début, l'ennemi ne ménageait pas ses éclaireurs : les trois quarts de ses soldats envoyés en grand-garde, ne revirent plus le gros des troupes.

Dans une rue de Seraing, un officier allemand portant un nom célèbre, le prince de Lippe, avait été tué avec son neveu par des soldats belges. Le casque du prince était rembourré de billets de banque et son sabre, orné de pierreries. Les soldats belges firent remettre ce sabre et ce casque aux autorités allemandes, toutes surprises de rencontrer en face d'elles tant de probité.

Pendant la ruée allemande, Bruxelles, l'avenante et hospitalière cité, gardait toute son animation tranquille. A voir ses tramways et ses voitures rouler allègrement, ses restaurants et ses cafés regorger de clients jusqu'à une heure du matin, il fallait un effort pour se rappeler que le barbare approchait à grands pas. Seuls, les gardes civiques au feutre élevé, faisant leur patrouille par les rues, présentaient une vague imnge de l'état de siège.

4io

Par un tardif et suprême effort, la Belgique tenta de se débarrasser des Allemandsinstallés chez elle depuis silongtemps. comme chez eux. Besogne surhumaine. Ce n'étaient pas seulement les maisons de commerce^ les usines, les banques qui étaient envahies par les « volontaires » allemands. Des Prussiens naturalisés belges avaient pénétré comme officiers dans la garde civique. L'un deux, le 27 janvier, jour de l'anniversaire de Guillaume II, avait porté un toast: « A l'Empereur de la Paix. » "Dans les premiers jours d'août, des milliers de sujets allemands furent expulsés. La Belgique comprenait enfin par quels moyens certaines grandes maisons commerciales établies sur son territoire avaient eu raison de toute concurrencebelge : le secret de leur prospérité était dans les subventions que Berlin leur accordait pour des tâches spéciales. Chez dés négociants d'origine allemande et nntura-

SERAING. LES ÉTABLISSEMENTS FONDÉS EN l8l6 PAP L'ANGLAIS JOHN CoCKERILL.

iVérascope Richard.)

lises belges, on trouva des uniformes prussiens; dans la cave d'un hôtel, des centaines de fusils Mauser. Une Société allemande avait obtenu par adjudication la fourniture des fils de fer destinés à la défense d'Anvers : on s'aperçut que le métal fourni par elle était de la plus détestable fabrication. Un officier allemand, déguisé en prêtre catholique, fut reconnu sur le port d'Ostende où il guettait l'arrivée des Anglais. On le fusilla. Un père Jésuite, rencontrant un missionnaire à longue barbe grise, le salua en latin suivant l'usage. Ce missionnaire ne savait pas le latin. On lui enleva sa fausse barbe. C'était aussi un officier allemand. En arrivant dans les villes et les châteaux de Belgique, les officiers allemands possédaient les renseignements les plus précis sur les'personnes et sur les choses, particulièrement sur les choses de valeur. Les socialistes belges s'écrièrent: « Pourquoi faut-il que l'obséquiosité visqueuse des Allemands ait pu passer aux yeux des Belges pour de l'amitié ! »

Liège.

Le 4 août, vers 2 heures de l'après-midi, l'ennemi avait amené d'Aix-la- Chapelle devant Liège i5oooo hommes : il entreprit le siège de la place.

Thiers avait dit : « La vallée de la Meuse sera la ligne d'opérations des années

I 0 f 4 . — I-A GUERRE DU DROIT.

belligérantes entre la France et l'Allemagne ! » Le général Liagre, ministre de la Guerre de Belgique qui, en 1880, rappelait ce mot de Thiers à la tribune de la Chambre belge, ajoutait : « Si l'Allemagne attaque la France, elle tâchera de passer la Meuse à Liège. »

La Meuse traverse Liège où elle forme une île. Quatre ponts et une passerelle sont établis du côté de la rive gauche, cinq ponts du côté de la rive droite. La ville, qui compte plus de 200 000 habitants, est protégée par douze forts : six sur la rive gauche et six sur la rive droite. Ces forts avaient été construits, en 1886, sous la direction du général Brialmont, inventeur des coupoles d'acier. Liège était avec Namur le centre de la défense belge.

L'activité industrielle de la ville a pour principales sources les très riches mines de charbon de terre, dont les galeries s'étendaient jusque sous ses rues et sous la

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