‹ 1914 (volume 2)Chapitre 63 sur 161 · I F. BEFFROI · texte numérisé non relu

I F. BEFFROI

Ii|l .|. — LA GUERRE DU DROIT.

eux-mêmes ont disparu. Une eau morte, où se reflètent toutes les choses essentielles de Bruges : une tour, un béguinage, un hospice, des arbres, s'appelle le Lac d'Amour. Les monuments plongent leursantiquesfondations en cette eau d'où, comme une vapeur, émane le silence.

Dominant tout, le beffroi de Bruges surgit à une hauteur de 108 mètres. Au premier étage, en une chambre secrète, on conservait les trésors, les chartes et les parchemins des Corporations. Là, s'assemblait le conseil pour discuter sur leurs intérêts, sans se soucier de ce qui plaisait aux comtes ou aux rois. Au sommet, le bourdon du travail disait : « A l'œuvre! » chaque matin. Cinquante mille ouvriers commençaient leur tâche. A la veille de la guerre de 1014, il n'y avait plus à Bruges que So 000 habitants. Le bourdon du travail s'était tu. C'est de ce silence qu'était morte l'ancienne Bruges.

Bruges renaîtra demain. La mort du commerce brugeois avait eu pour cause principale l'ensablement du port. Afin de faire renaitre le

commerce, les Brugeois creuseront un canal de trois lieues à travers le sable et consentirent un nouveau port à l'extrémité de ce canal. Ces travaux s'achèveront vite dès que le dernier Allemand sera chassé de Belgique. Bruges reverra les grands bateaux ; le hurlement des sirènes se mêlera à la vibration des clochers; sur l'ombre des béguinages passera gaîment la fumée des usines.

Gand et Bruges sont des ci tés essentiellement flamandes. Anvers, au premier abord, paraissait cosmopolite. Avant cette guerre, près du Brabo, autour desexquises colonnesdela Bourse, circulaient une légion de 6 000 négociants concluant des affaires avec l'univers entier. Une imprimerie y avait été fondée au xvie siècle par Plantin de Tours. A Anvers, disent les Belges, s'imprima le plus ancien journal du monde. Il s'appelait La Courante et avait pour devise : « Le Temps nous instruira ». Sans nul doute, le journaliste sous-entendaitmodestement : « Le Temps et moi ! »

Ce peuple belge, plein de bonhomie en temps de Daix, quel héroïsme il a montré, dans l'épreuve que sa droiture lui a imposée! Ses cités, si fidèles à leurs traditions, se sont incarnées en leurs bourgmestres.

LOPD IIALDANE.

(Photo Chiuseau-F.avicns.)

Voici celui de Malines. Pendant les six bombardements, il est resté assis à son bureau de l'Hôtel de ville : dès que le silence du canon annonçait l'arrivée des uhlans, il allait se placer sur la plus haute marche du perron.

Voilà celui de Louvain. Plusieurs de ses administrés, accusés d'avoir fait feu sur l'ennemi, allaient être exécutés. Il s'élança vers le général allemand.

— Je vous jure que pas un civil n'a tiré un coup de fusil. Sans même lui répondre, le général allemand le fit fusiller.

Voilà celui de Bruxelles. Avec une énergie toujours égale, il défendit les trésors artistiques de sa ville et se fit respecter même par des bandits qui affectent de ne rien respecter en pays conquis. Un commandant de hussards entre un matin dans son cabinet, cigare à la bouche.

— Monsieur, lui dit le bourgmestre, c'est la première fois qu'on pénètre ici sans autorisation.

Là-dessus, il sonne et ordonne à l'huissier qui se présente :

— Faites sortir ce Monsieur et priez le général von Arnim de m'accorder une minute d'audience.

Le général von Arnim infligea huit jours d'arrêt au commandant de hussards; mais, à la première occasion, il vengea l'officier en expédiant le bourgmestre dans un camp de concentration.

Devant le martyre infligé au loyal pays, lord Haldane, ancien ministre de la Guerre en Angleterre, s'écriait dans une réunion publique :

« Mieux vaudrait pour l'Angleterre périr avec ses hommes que de permettre à l'Allemagne de s'annexer la Belgique. Quoi ! la Belgique mourrait pour avoir tenu ses engagements ! »

A ces mots, l'immense assemblée se dressant d'un seul geste, répondit d'une seule voix : « La Belgique ne mourra pas ». Toutes les mains des hommes de cœur se levèrent, dans le monde entier, pour s'unir en ce serment.

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