I. A GUERRE nu t) R 0 I T
système. Les nouveaux canons de campagne à ~b millimètres et les nouveaux canons de montagne à 70 millimètres, ainsi que les obusiers, étaient du système Schneider-Canet. Les formations d'artillerie de réserve avaient un matériel du type de Bange. Dès que la guerre éclata, la Serbie réorganisa en hâte ses institutions militaires et ses armements.
Le Monténégro, qu'une alliance unissait à la Serbie, mobilisa le 3i juillet.
En mai 191 3, il avait failli être la cause d'une guerre européenne. Comme les Monténégrins s'étaient installés à Scutari, l'Autriche et l'Allemagne résolurent de les en chasser. Elles convièrent l'Italie à s'unir à elles pour cette opération, sans dissimuler qu'il pouvait en résulter une guerre contre la Russie et même un conflit général. Mais la Russie décida les Monténégrins à quitter Scutari. Ainsi, le conflit général fut retardé. A ce propos, l'Italie avait déclaré que ses deux alliées ne pouvaient pas, en pareille circonstance, lui faire une obligation d'agir avec elles, le traité de la Triple Alliance étant purement défensif. Dans l'affaire du Monténégro en 191 3, comme dans l'affaire de la Serbie en 1914, c'étaient l'Autriche et l'Allemagne qui attaquaient.
 la veille de la guerre, le Monténégro avait environ 5 16.000 habitants. Tous les Monténégrins valides sont soldats. Ils reçoivent l'instruction des recrues de dix-huit à vingt ans, appartiennent à l'armée active de vingt à cinquantedeux ans, puis à la réserve de cinquante-deux à soixante-deux ans. Ils vont au tir tous les dimanches. L'armée monténégrine comptait 5o. 000 hommes d'activé et 14 bataillons de réserve. Son fusil est un Werndl et ses canons viennent de l'usine Krupp.
Le haut commandement austro-hongrois aurait voulu écraser la Serbie et le Monténégro, avant que la Russie ne pût se mettre en mouvement pour les secourir. Les régiments autrichiens casernes dans la Bosnie, l'Herzégovine et la partie méridionale de la Dalmatie, c'est-à-dire plus du tiers des forces austro-hongroises, paraissaient devoir suffire à cette besogne.
Le général Potiorek, à la tête de la Sixième, de la Cinquième, et de la Seconde Armées, dirigea son effort vers la Drina et la région près de laquelle la Drina reçoit les eaux de la Save. Il mettait en ligne, du nord au sud : le 4e corps (de Budapest), le 8e (de Prague), le i3e (d'Agram), le i5e (de Sarajevo), le 19e (de Raguse).
En face du Monténégro, il avait disposé le 16e corps et la moitié du 1 5e. Entre la Save et la Drave, c'est-à-dire dans la plaine de Szerem, il conservait en réserve une partie du 9e corps (de Josefstadt).
Le plan de l'état-major autrichien était d'envahir la Serbie par l'ouest, puis de surprendre par une marche rapide l'armée serbe dans la période de mobilisation. Une masse de 200.000 hommes divisée en six colonnes s'espaça sur un front de i58 kilomètres, de Cnabatz à Liouboviva, à tous les endroits où la Save et la Drina pouvaient être franchies.
LesSerbes plus prompts que ne l'avait pensé l'Autriche, devancèrent ces projets
GENERAL POTIOREK.
(Photo Trampus.'
Dès le 7 août, ils s'emparèrent de Visegrad, dans le sandjak de Novi-Bazar.
Quant aux Monténégrins, ils occupaient Spizza, en face d'Antivari, et bombardaient Cattaro, pour punir l'Autriche dont les vaisseaux avaient bombardé le port monténégrin d'Antivari. Trois jours après (12 août), ils occupaient Djelbejinth. S'avançant en Herzégovine, ils tendirent la main aux Serbes qui s'avançaient en Bosnie. Le 17 août, dans le port d'Antivari, la flotte française coula un croiseur autrichien. C'était dans cette rade qu'en 1908, une escadre française avait inauguré la liberté des rivages monténégrins délivrés du joug autrichien.
A lasuite d'opérations préliminaires assez mollement conduites, l'armée autrichienne entreprit, le 1 2 août, de passer la Save au-dessus de Chabatz. Pendant ce temps, le 8e, le i3c et le idc corps passaient la Drina h Lechnitza, à Loznitza, à Zvornik et à Lioubiva.
Pour le i5 août, les deux rivières de la Save et de la Drina étaient franchies sur des pontons et des barques, à la faveur d'un bombardement. Les Austro-Hongrois marchaient vers Valievo, centre de la défense pour la Serbie.
Le voïvode Putnik, vaillant soldat des guerres de 1876 et de 1877 contre les Turcs, de la guerre de 1 885 contre les Bulgares, de la guerre de 19 12 contre les Turcs devenus les élèves des Allemands, donna alors à ses troupes l'ordre suivant : « Le gros des forces serbes se portera sur Petska. Leur aile droite aura Chabatz pour objectif. Leurs arrière-gardes s'efforceront de retarder autant que possible la marche des envahisseurs. »
Les troupes serbes ne devaient plus songer à Belgrade. Leur tache unique, c'était de détruire l'ennemi.
Le gouvernement serbe établi à Nich et le quartier général établi à Kragouyevats, recevaient de toutes parts les plus tragiques nouvelles : Chabatz et Loznitza incendiées maison par maison, partout des habitants fusillés par centaines.
Grâce à l'énergie des arrière-gardes serbes, les forces autrichiennes, bien que renforcées de plus de 100.000 hommes, ne réussirent pas à déboucher de la vallée de Jadar.
Le i5 août, à cinq heures du matin, après avoir parcouru 1 5o kilomètres en moins de trois jours, les troupes serbes arrivaient aux flancs du mont Tser. A six heures, elles attaquaient le centre et l'aile gauche des Austro-Hongrois. La bataille se développa d'une part jusqu'au Jadar, d'autre part jusqu'à Chabatz sur un front de 29 kilomètres. L'ennemi avait pour lui non seulement le nombre mais le terrain sur lequel il s'était puissamment fortifié. Tout d'abord, l'affaire sembla tourner à son avantage. Cependant peu à peu son centre fut menacé et son aile gauche enfoncée.
Trois jours après, il tenta d'encercler l'aile gauche des Serbes. Par bonheur, les Serbes reçurent, le 19, une colonne de renfort qui amena la décision. Après un violent combat à Jarébitzé, l'ennemi se retira en désordre, abandonnant 8.000 morts, 4.000 prisonniers, 46 canons, 3o mitrailleuses, et repassa la Drina. Les troupes austro-hongroises qui marchaient sur Chabatz durent, elles aussi, rétrograder.
A l'aile gauche, pour séparer les Serbes des Monténégrins, l'ennemi avait lancé une colonne de 19.000 hommes, soutenue par une assez forte artillerie. A Priboï, le 21 août, elle se heurta à une brigade serbe qui, accrochée au terrain et sans perdre 5oo hommes, lui en mit plus de 2.400 hors de combat.
La marche immédiate sur la Serbie, annoncée si bruyamment par l'Autriche, avait abouti à une défaite.
Russie et front russe
La France recueillait avec une pieuse impatience les moindres nouvelles de Russie. Elle savait quel incomparable réservoir d'hommes et de ressources forme l'Empire des Tzars. Sur mille Russes, il y a plus de 770 cultivateurs. La Pologne produit, dit-on, à elle seule, des moissons pour un milliard de francs par an. Quant aux plaines du centre, leur production est d'une valeur incalculable. Grâce à l'argent prêté par la France, les mines avaient été mises en exploitation et les usines s'étaient multipliées. La presse française rappelait le mot de Pierre-le-Grand : « La Rus sie n'a qu'une amie en Europe : la France. »
Aux premiers bruits de guerre, les grèves avaient paru cesser en Russie. Pour la première fois, le peuple s'associait tout entier aux manifestations patriotiques.
Un de nos amis de Lorraine, qui se trouvait alors près de Saint-Pétersbourg, rencontra un magistrat russe sur le quai d'une gare. « La guerre va être déclarée par nos ennemis communs », lui dit le magistrat. Puis, lui prenant la main gauche, il la plaça sur son cœur et l'y appuya longuement en signe de sincère alliance.
Le même jour, un avocat russe,. M. Agourov, se trouvant dans un salon avec le fils de Tolstoï, lui demanda ce qu'il pensait de cette guerre. Le fils de Tolstoï répondit : « On doit l'approuver, au nom de la civilisation. — Est-ce que votre père l'aurait approuvée comme vous? — • Mieux encore, il l'aurait bénie. L'Allemagne est devenue l'ennemie du genre humain. — Pourtant, votre père n'avait-il pas, parmi ses maximes de conduite : « Ne pas résister au méchant »? — A condition que le méchant soit un homme. L'Allemagne est au-dessous de la bête la plus féroce. »
Les écrivains russes rappelaient l'opinion de Tolstoï sur Guillaume II. Pendant la guerre russo-japonaise, un juif hongrois nommé Cherany, s'étant présenté chez le grand écrivain russe à Isnoïa-Poliana, lui parla de la lutte engagée en Mandchourie et du rôle qu'avaient joué les agents de l'Allemagne dans la déclaration de guerre. Tolstoï murmura d'abord : « Mon esprit n'est plus assez vif pour répondre à une pareille question. D'ailleurs, je n'ai aucun droit de le faire. » Cherany insista : « Mais, de Guillaume II, qu'en dites-vous ? C'est un grand génie, n'est-ce pas? — C'est un sot, s'écria Tolstoï. C'est un grand sot. Et, de plus, un grand imprudent. » Le juif hongrois ne se tint pas pour battu. Il entama l'éloge de l'empereur allemand qui, à l'en croire, pouvait faire tant de mal à la Russie. Tolstoï haussa les épaules. « Ce fou, cria-t-il, ce misérable fou, ne peut rien contre le peuple russe. Ses extravagances n'auront jamais sur le peuple russe la moindre influence. »
Après la reddition de Port-Arthur, des étudiants firent visite au vieux maître. L'un d'eux lui dit : « On a bien fait de capituler. Cet acte, c'est l'application de votre doctrine. Mais bien des années s'écouleront avant qu'on n'en comprenne la noblesse. » Tolstoï écoutait, les sourcils froncés. Tout à coup, il se leva et dit: « De mon temps, on n'aurait pas fait cela. » Sa sœur, Mme Kousminsky, qui assistait à l'entretien, attendait ce cri. « — Eh ! bien, demanda-t-elle, qu'aurait-on fait de votre temps? — Nous aurions fait sauter la forteresse ou nous serions morts de faim. »
En Russie furent mobilisés d'abord les quatorze corps d'armée placés près de la frontière autrichienne : 7e et 8e corps sous les ordres du général Nikitine ; .S% i3% 17e, 25e corps et un corps de grenadiers, sous les ordres du général Plehve ; 168 et 24e corps, sous les ordres du général Salza. Au total : 690.000 hommes.
Malgré tout, la Russie espérait encore que l'Allemagne dirait un mot et que l'Autriche n'irait pas plus avant. Mais les canons autrichiens tonnèrent contre
M. I | . I \ i . r I I RE DU DRO] t .
M. RODZIANkf
Belgrade. L'irréparable s'était produit. La mobilisation générale ayant commencé en Allemagne, la Russie tout entière dut mobiliser.
Le 2 août, le Tzar, en recevant les députés de la Douma, leur déclara : « Nous ne défendons pas seulement notre honneur, mais les droits de nos frères slaves qui ont
même foi et même sang que nous ». Le président de la Douma, M. Rodzianko, répondit :
— La Douma, résumant en soi l'unanimité ardente de toutes les parties de la Russie, m'a chargé de vous dire : « Votre peuple est prêt à la lutte. »
Le manifeste du Tzar, à propos de la déclaration de guerre lue par M. Rodzianko, fut acclamé par l'assemblée.
Le Président du conseil ^™ des ministres, M. Goremykine, ajouta ces mots :
« La Russie ne voulait pas la guerre. Son gouvernement a recherché tous les moyens de sortir en paix de la .situation compliquée qui s'était créée, s'attachant même à la plus faible espérance d'écarter la tempête de sang qui menaçait. La guerre a commencé! Il ne nous reste qu'à répéter les paroles qui ont retenti par le monde : Nous mènerons cette guerre, quelle qu'elle soit, jusqu'au bout. »
M. Sazonoff, ministre des Affaires étrangères, exposa la situation diplomatique :
— Il est hors de doute que le cabinet de Berlin aurait pu arrêter son alliée, comme il l'avait déjà fait dans la crise balkanique. L'Autriche a bombardé Belgrade avec acharnement. Le but de l'Autriche et de l'Allemagne était de gagner du temps et de mettre l'Europe en face du fait accompli : l'anéantissement de l'Etat serbe. Perdant toute maîtrise de soi, l'Allemagne a foulé aux pieds les droits du Luxembourg et de la Belgique dont elle avait solennellement garanti la neutralité par sa propre signature.
A ces mots, l'Assemblée s'écria d'une commune voix : Honte ! Le ministre continua :
— L'ennemi a pénétré sur notre sol. Nous combattons pour notre situation de grande puissance. Nous ne voulons pas être plies sous le joug de l'Allemagne. Nos alliés sont guidés par les mêmes motifs. Nous savons que de dures épreuves peuvent se trouver sur notre chemin. Déjà nosennemis les escomptent. Ils ignorent la Russie. Dieu ne l'abandonnera pas au moment où elle se groupe autour de son souverain, dans un seul sentiment d'amour et d'abnégation.
Députés, journalistes, assistants, toute l'assemblée, debout, applaudit IL Sazonoff.
L'Assemblée autorisa la Banque d'Etat à émettre des billets pour un milliard et demi de roubles. Elle augmenta le prix de l'eau-de-vie. Tous les partis juraient d'yjbber tout, hormis la grande tâche à laquelle ils se vouaient.
.^e chef du parti socialiste affirma que le peuple russe défendrait la Russie contre tous les attentats, d'où qu'il vinssent.
I q 1 .] . — LA GUERRE DTTDFOJT. 3 p
Les députés polonais s'écrièrent : » Plaise à Dieu que le slavisme porte aux Teutons un coup pareil à celui que lui portèrent, h G ûnwalden, il y a cinq siècles, la Pologne et la Lithuanie. Puiss'ent le sang que nous verserons et les horreurs d'une guerre qui pour nous est fratricide, amener la réunion des trois parties du peuple polonais déchiré. »
Les Lithuaniens ajoutèrent : « Le peuple lithuanien, sur qui tombent les premiers coups, marche à cette guerre comme à une guerre sainte. »
Les Juifs s'écrièrent : « A cette heure d'épreuve, répondant à l'appel qui a retentiduhautdu trône, nousnousgrouponscomme un seul homme sous les drapeaux russes. »
Qiant aux Allemmds naturalisés, ils déclarèrent n'avoir plus rien de commun avec l'Allemagne et promirent de la combattre jusqu'au dernier souffle.
M ilheureusem.mt, jusqu'au cœur de la Russie, l'Allemagne exerçait encore une redoutable induence. Beaucoup de députés socialistes, ne s'associèrent pas au vote des crédits. C'était la première manifestation d'une opposition que certaines erreurs devaient favoriser. t
Ajoutons que la bureaucratie russe, dont l'Allemagne encourageait les routines et payait les négligences, n'avait rien préparé pour cette « guerre sainte ».
Au lendemain de la guerre russo-japonaise, la Russie avait décidé de refaire, d'après des méthodes nouvelles, son armée et sa flotte.
L'infanterie qui comprenait 355 régiments, était armée d'un fusil à chargeur de 5 cartouches, calibre 7 millimètres 62, fusil toujours muni de sa baïonnette.
La cavalerie, avecses régiments de dragons, deuhlans, de hussards, decosaques, de Tartares de Crimée, comprenait 1 22 régiments.
L'artillerie comprenait 440 batteries d'artillerie montées, 5i d'artillerie de montagne, 61 batteries achevai, 71 batteries de mortier, 21 d'artillerie lourde. Son canon à tir rapide était supérieur à celui qui avait servi contre les Japonais. Quant à sonartillerie lourde, on commençait à s'enoccuper. On savait que les fortifications de Va iso vie et d'Ivangorod étaient médiocres. Mais on affectait de compter sur celles de Kovno, de Novo-Georgiesk, de Brest- Litovsk.
La marine se reconstituait. Elle devait, en vingt ans, à partir de 1 910, comprendre
(Photo Miurissc.)
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2.S cuirassés et 20 grands torpilleurs. En attendant, la Russie avait dans la Baltique 8 cuirasses dont 4 dreadnoughts. Sept croiseurs cuirassés étaient en construction.
Le service militaire est obligatoire pour tous les Russes, excepté pour les membres du clergé, les musulmans du Caucase, les habitants des provinces d'Astrakan, de Sibérie, de l'île de Sakhaljneet duTurk,estan, ainsi que pour quelques peuplades errantes, pour certaines colonies allemandes en Russie, etc.. La Russie peut lever 16 millions d'hommes. Le contingent de chaque classe est d'un million quatre cent mille hommes par an. Mais, à la veille de la guerre, on n'en prenait même pas la moitié. Ce fut seulement en juillet io,if> qu'un ukase impérial mobilisa les hommes valides des provinces d'Astrakan, de Sibérie, de l'île de Sakhaline, du Turkestan, et les musulmans du Caucase âgés de dix-neuf à quarante-trois ans, « pour la construction d'ouvrages défensifs et de voies de communications dans la région des armées actives ».
Le soldat russe reçoit par mois une solde de trente sous environ, un quart de livre de thé, cinq livres de'sucre, une demi-livre de savon. Chaque jour, à six heures du matin, il prend du thé avec du pain noir; à midi, une soupe aux choux et trois quarts de livre de viande bouillie; à sept heures du soir, une autre soupe. Tous les mois, on lui donne deux livres de racines de tabac hachées. Il en fait des cigarettes, avec un papier blanc et rugueux qu'il achète par larges feuilles, pour le découper à sa convenance.
L'histoire célébrait les vertus du soldat russe, son courage fait de patience, d'énergie et de foi. Ce soldat aux gros os, à la robuste poitrine, au cœur solide, c'est la patience en armes. Il sait se nourrir d'un rien, porter le même vêtement en juin et en décembre, dormir dans la neige, obéir, souffrir, mourir. Blessé, il dit au brancardier qui le relève : « Mon frère, excuse-moi ».
Pour barrer la route aux armées d'Allemagne et d'Autriche, neuf corps d'armée étaient déployés en couverture derrière la Vistule. Un groupe de réserve, comprenant 7 corps d'armée, se trouvait en voie de concentration dans la zone de l'intérieur et pouvait se porter soit vers la Pologne, soit vers le Caucase, soit vers la Serbie. Malheureusement, les chemins de fer étaient trop rares pour permettre une prompte mobilisation, encore moins un sur ravitaillement.
Le grand-duc Nicolas, petit-fils du Tzar Nicolas Ier, c'est-à-dire cousin du Tzar Nicolas II, commandait en chef les armées russes. Né en 1 856, il avait combattu pendant la guerre contre les Turcs, en 1877. Cavalier excellent, de haute taille et de belle allure, il s'était appliqué à faire de la cavalerie russe la première du monde, tout en cherchant à perfectionner l'artillerie et à multiplier les moyens de concentration.
Depuis de longues années, les théoriciens militaires de l'Allemagne résumaient ainsi le plan de la future guerre contre la France et la Russie :
— Nous tiendrons la Russie en arrêt avec une partie restreinte de nos torces; nous lancerons le reste sur la France, puis, la France écrasée, nous ramènerons nos forces invincibles vers l'Est.
Pour que ce mouvement de flux et de reflux s'accomplît aisément, l'Allemagne avait multiplié et aménagé ses voies ferrées. De ses deux millions et demi d'hommes prêts à combattre, elle retint seulement 5oo. 000 pour défendre contre les Russes les frontières de la Prusse orientale. En pesant de toute sa puissance sur le gouvernement austro-hongrois, elle l'avait décidé à améliorer singulièrement les voies ferrées de Galicie : la mobilisation autrichienne devait donc être beaucoup plus rapide que la mobilisation russe. C'est pourquoi les troupes de François- Joseph, elles aussi, menacèrent Varsovie dès le premier jour.