AVANT-GARDE RUSSE EX PRUSSE ORIENTALE
Que de temps il fallait aux 27 corps de la Russie d'Europe et aux 10 corps de la Russie d'Asie, pour gagner la frontière à travers des régions si vastes et où les voies ferrées étaiem si rares! Seule, la région du Midi possédait d'assez prompts moyens de communication pour amener les contingents de Kief et d'Odessa sur le flanc des Autrichiens en Galicie.
Dès le premier jour, les Russes pressentirent le danger qui résultait
pour eux du saillant dessiné par la Pologne russe. Les armées ennemies, venues, l'une de Galicie, l'autre de Prusse orientale, étaient en bonne posture pour les envelopper. Aussi, au risque de laisser sans défense leur Pologne, se concentrèrent-ils sur la rive droite de la Vistule.
Mettant à profit ce recul volontaire, les Allemands envahirent tout de suite la Pologne surune profondeur de quelque quarante kilomètres. L'Allemagne annonça triomphalement que son Ier corps (de Kcenigsberg), son 20e corps (d'AItenstein), son 17e corps (de Dantzig), occupaient les villes de Kalisch, de Bendzin, de Slosk, de Czenstochova, de Lodz, de Tomarof, de Radom. D'autre part, sur le même ton, l'Autriche-Hongrie annonça que ses troupes, lancées vers Ivangorod, avaient déjà occupé Oskusz, Andreiew, Kielce même, et poussaient, à l'est de la Vistule, vers
Lublin et vers Cholm.
Les armées autrichiennes qui allaient entrer en lutte avec les armées russes, formaient un front que l'on déterminait ainsi :
Extrême droite : le 3e corps près de Stryj, le 1 2e près de Stanislau, la 43e division à Zaleszcyki,la35ebrigadedelandsturmàCzernovhz.
A ces forces que commandait le général von Kowess, devait se joindre la Seconde armée ramenée de la Save par le général von Bôhm- Ermolli pour marcher vers le Dniester.
Nord du Dniester : près de Erzezany, la rie division d'infanterie et trois divisions de cavalerie. Ces forces, dont une partie protégeait Lemberg, étaient commandées par le général von Bruderman, chef de la 3e armée. Sur le San moyen, près de Jaroslau, la 4e armée, sous les ordres du général von Auffenberg, comprenait les 6e, 9e et 2e corps : général von auffenberg. sa cavalerie avait poussé vers Lubaczow.
BH
GENERAL PENN^NKA.MPP.
(Photo Chusseau-Fla
Sur le San inférieur, la Première armée, commandée par le général Dankl, comprenait le 10e, le 5e, le iCT corps, et deux divisions de cavalerie.
Près de Cracovie, le groupe d'extrême gauche, commandé par le général von Kummer, comprenait les formations de cavalerie. Une division de cavalerie ayant passé la frontière avait mission de longer la rive gauche de la Vistule pour couvrir le reste de l'armée.
Les forces autrichiennes restaient en liaison avec les 17 divisions allemandes qui attaquaient la Russie. Le général autrichien von Kummer donnait la main au général allemand von Woyrsch, commandant un corps de landwehr établi de Kalisch à Czenstochau.
Ces dispositions furent troublées par l'offensive russe en Prusse orientale.
Les deux armées russes ayant pour bases Vilna et Varsovie, s'étaient mises en mouvement. A gauche, celle de Varsovie, sous les ordres du général Samsonof; à droite, celle de
Vilna, sous les ordres du général Rennenkampf, devaient dessiner un mouvement
convergent ayant pour objetif Kœnigsberg.
Le commandant en chef des forces russes en Prusse orientale, Rennenkampf,
passait pour incarner les vaillances et les témérités des Cosaques. En lui donnant
l'ordre de galoper sur Berlin, on pensait combler ses vœux. « Je suis parfaitement
sûr d'y entrer, a-t-il dit, car si une balle me
tue en route, mes Cosaques m'y porteront. »
Cependant, en Russie, quelques patriotes
éprouvés se rappelaient que ce hardi cavalier,
illustré par un raid en Mandchourie, était d'origine allemande. L'avenir ne devait pas démentir leurs appréhensions. Rennenkampf
sera accusé devant la Douma et au Conseil
d'Empire d'avoir exécuté contre l'ennemi une
démonstration brillante plutôt qu'une attaque
à fond.
Le commandant en chef de l'armée russe,
Samsonof, avait conduit superbement les Cosaques de Sibérie. Mais, en n'assurant pas
son ravitaillement et en lançant ses troupes à
l'aventure vers les lacs de Mazurie, il devait
faire preuved'une imprudence inexplicable. Les Allemands, contre cette double attaque
dont ils connaissaient les moindres éléments
et les plus secrètes dispositions, avaient placé
en couverture les trois corps d'armée active
de Prusse orientale dont il a été fait mention :
le Ier corps (de Kœnigsberg), le 20e corps
GENERAL VON WOYRSCH.
(d'Altenstein), le 17e corps (de Dantzig). Le 5e corps (de Posen) et le 6° (de Rreslau) étaient envoyés sur le front français.
Les deux armées russes passèrent la frontière le 14 août. Séparées parles marais du Narew et les lacs de Mazurie, elles tendaient à se rejoindre vers l'Aile. Les lacs et les étangs de Mazurie couvrent près de 2.5oo kilomètres, de Johannisburg à Angerburg : profonde barrière d'eau qui rampe de colline en colline.
Rennenkampf, à Stalluponen, battit le Ier corps de Prusse orientale, commandé par le général prussien von François, et lui prit deux batteries de 77. A Lyck, il remporta sur le 20e corps une victoire semblable.' L'ennemi, forcé d'abandonner le territoire polonais, connut à son tour l'invasion.
Le grand-duc Nicolas adressa aux Polonais une déclaration qui fut approuvée par la conscience de l'humanité entière, mais qui malheureusement ne fut pas ratifiée par le Tzar :
« L'heure a sonné où le rêve de vos pères peut se réaliser. L'âme delà Pologne n'est pas morte. Elle vivait de l'espoir que l'heure viendrait de la résurrection du peuplepolonais et de sa réconcialiation fraternelle avec la grande Russie. Les troupes russes vous apportent la bonne nouvelle de cette réconciliation. Voici que disparaissent les frontières qui ont morcelé le peuple polonais. Sous le sceptre du Tzar, la Pologne renaîtra, libre dans sa religion, dans sa langue, dans son administration locale. La Russie n'attend de vous qu'une chose : un respect égal pour les droits de ces nationalités avec lesquelles l'histoire vous a liées. »
Cette déclaration, chaleureusement applaudie par la France et l'Angleterre, devait soulever de vives protestations dans le parti conservateur russe.
PrèsdeGumbinnen, le 20 août, Rennenkampf rencontra trois corps allemands qui évoluèrent pour tourner la droite des forces russes. Il les refoula et leur enleva un assez grand nombre de prisonniers avec du matériel. Insburg tomba entre ses mains. Au même moment, l'armée de Samsonof occupait Ortelsburg. La marche des Russes sur Kœnigsberg semblait sur le point de réussir. •
Pour l'Allemagne, si la France est le principal ennemi, la Russie semble l'ennemi le plus intime. Le canon répercuté par les échos de la Prusse orientale ébranlait Berlin.
Entre les Allemands et les véritables. Russes, la haine s'était accrue depuis des siècles. Au xvme siècle, Georges Krijanitch s'écriait : « Aucun peuple sous le soleil n'a été aussi injurié que le peuple slave par l'Allemagne. » Cependant, par de continuelles intrigues et des obsessions de toutes sortes, les Allemands exerçaient un ascendant toujours plus fort sur le gouvernement russe. Un jour, le Tzar Alexandre Ier, ayant résolu de récompenser le dévouement du général Jermolov, lui demanda :
— Dites-moi quelle récompense vous souhaitez?
— Sire, repondit Jermolov, faites-moi nommer Allemand.
De tous les pays du monde, la Russie était le plus atteint par l'infiltration allemande. De nouveaux faits mis en lumière par les premiers combats n'ont que trop confirmé ce que nous avons dit à ce sujet.
Une grande partie de la noblesse russe dans les provinces baltiques : Esihonie, Ingrie, Livonie, Courlande, est allemande de race et d'esprit. Depuis un demisiècle, l'Allemagne, favorisée par la complicité de la bureaucratie russe, établissait des colonies dans la Russie tout entière, jusque dans le sud. Avec l'impudence d'une nation de proie qui se croit désormais tout permis, elle enregistrait triomphalement cette invasion ou plutôt cette occupation systématique. Regardez l'atlas de Stieler, publié en Allemagne à la veille de la guerre du Droit. Vous y verrez (aux pages 54
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1 m 1 j . — I.A GUERRE IilJ DROlt.
et 55) la carte du territoire russe toute marquée de plaques roses. Que signifient ces taches suspectes? De quelle maladie secrète sont-elles le signe ? Elles signalent les groupements germaniques en Russie.
Les innombrables colonies allemandes établies dans l'Empire des Tzars conservent leur langue, leurs traditions, leur religion, leurs coutumes. Mieux encore : elles sont régies par le Code allemand. Mieux encore : leurs habitants sont dispensés du service militaire. Toutes, elles respirent la haine de la France plus encore que l'amour de l'Allemagne. Voici une preuve saisissante de cette haine constamment en éveil et se satisfaisant par une continuelle manifestation symbolique. La plus importante de ces colonies, celle de Bessarabie, a donné à ses principales villes les noms de Borodino, Arcis, Paris. Pourquoi Borodino? Parce que c'est le