‹ 1914 (volume 2)Chapitre 7 sur 161 · L UNIVERSITE DE LIEGE OCCUPEE PAR LES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

L UNIVERSITE DE LIEGE OCCUPEE PAR LES ALLEMANDS

(Photo Brangcr.)

Tilman, en des endroits que le feu des forts ne pouvait pas atteindre, canonnaient Bressoux et Liège. Des obus atteignirent la citadelle. Le colonel qui en avait le commandement fut frappé de folie et fit déployer le drapeau blanc. On dut l'enfermer.

Un^parlementaire allemand, ancien attaché militaire de l'ambassade allemande à Bruxelles, demanda que la ville et les forts se rendissent. Le général Léman répondit:

— Vous pourrez occuper la ville puisqu'elle n'a pas d'enceinte. Mais les forts ne se rendront pas.

— Tout ou rien! répondit l'Allemand. Liège va être bombardée et un zeppelin lancera des explosifs sur la ville, particulièrement sur les bâtiments de l'étatmajor.

Immédiatement, le bombardement commença, à . raison de trois obus par heure. On sut plus tard que ce parlementaire avait eu surtout rhissiori

,p6 10 1 4 • — LA GUERRE [)U DROIT.

de reconnaître la situation militaire de la place. Il continuait son rôle despion.

Un zeppelin qui avait quitté Cologne à 8 heures du soir, fit tomber sur la ville treize bombes qui' toutes éclatèrent, à l'exception d'une seule.

Ce bombardement suscita un mouvement de surprise indignée dans le monde entier. Un professeur de philosophie de l'Université de Turin, M. Michel Angelo Billia, adressa cette protestation au philosophe allemand Rudolph Euckcn, à qui le prix Nobel venait d'être décerné :

« Le bruit du canon me rappelle le souvenir de votre lettre de novembre 191 1 . En votre conscience d'Allemand, vous condamniez alors la violence des Italiens qui avaient osé prendre Tripoli : vous jugiez injuste qu'un peuple civilisé s'imposât de la sorte à « une peuplade de civilisation inférieure ... Le jour est venu de vous demander, à vous, professeur et moraliste, ce que votre conscience dit du bombardement de Liège. »

La perfidie germanique se révélait, tou- /ours plus scélérate et plus lâche. Les Allemands couraient vers les tranchées belges, en arborant un drapeau blanc. Les Belges se levaient sans méfiance et recevaient une formidable décharge de mousqueterie.

A Liège, chaque jour, des dépôts de munitions, de fusils et de mitrailleuses étaient découverts dans des maisons de commerce, dont les directeurs semblaient fidèlement dévoués à la Belgique.

Malgré la surveillance de l'ennemi, un sous-officier belge parvint à s'échapper avec le trésor de la place et alla le porter à Anvers.

Le 7 août, à 4 heures et demie du matin, les Allemands entraient dans la ville, en passant entre les forts qui ne s'aperçoivent pas de l'un à l'autre. Ils s'établirent tout d'abord au Palais du Gouvernement provincial.

En même temps que l'entrée des troupes ennemies à Liège, le monde apprenait que la flotte allemande occupait la principale île de l'archipel d'Aland, dans la Baltique, à l'entrée du golfe de Bothnie. Cet archipel appartient à la Russie; mais, conformément au traité qui terminait la guerre d'Orient, les Russes n'y avaient construit aucune fortification.

Au nom de l'Académie des Sciences morales et politiques, M. Bergson qui présidait la séance du 7 août salua la Belgique, « ce petit peuple à la grande âme qui tient en échec depuis quatre jours les masses allemandes ». Il concluait :

— La lutte engagée contre l'Allemagne est la lutte même de la civilisation contre la barbarie. Tout le monde le sent. Mais notre Académie a une autorité particulière pour le dire. Vouée en grande partie à l'étude des questions psychologiques, morales et sociales, elle accomplit un simple devoir scientifique en signalant, dans la brutalité et dans le cynisme de l'Allemagne, dans son mépris de toute justice et de toute vérité, une régression à l'état sauvage. Nous avons appris, par la philosophie et par l'histoire, quelle force les peuples puisent dans la conscience de leur droit. C'est

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(Photo Bcrthelo

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pourquoi nous sommes sans crainte. Avec une inébranlable confiance nous irons jusqu'au bout de la lutte! « Vive la France! Vive le Droit! »

A Liège, le comte Lammsdorf, chef d'état-major du Xe corps d'armée allemand, qui avait pris le titre de chef de l'armée de la Meuse, pénétra à l'hôtel de ville, somma le bourgmestre, M. Kleyer, de l'accompagner à la citadelle. Là, il demanda de nouveau que les forts fussent remis entre ses mains.

— Sinon, ajoutait-il, le bombardement de Liège continuera.

Il autorisait les délégués belges à traverser les lignes allemandes, pour conférer soit avec le général Léman qui s'était rétiré dans un des forts, soit même avec le roi des Belges.

Le bourgmestre réunit en hâte des conseillers communaux, des députés, des sénateurs. Quelques voix s'élevèrent pour la continuation de la résistance :

— Chaque jour d'arrêt devant Liège sera une défaite pour l'envahisseur.

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