COLMAR. — LA GARE
( Vér jsoope Richard.)
vallée de Munster, la ruine de Pfixbourg, les Trois-Épis et au loin le Hohneck. L'ennemi pensait accabler le 3" bataillon qui se cramponnait à Ingersheim; mais les autres bataillons accoururent et l'ennemi, lâchant pied à Logelbach, gagna en désordre Colmar.
Si, de ce côté, nos troupes n'avaient pas pu atteindre leur but, elles avaient du moins rendu un grand service en couvrant la-droite de la Première Armée qui reculait en Lorraine.
Notre communique officiel du 22 août répondit enfin aux mensongesallemands.
« L'ennemi a annoncé que 1 échec subi par nous en Lorraine, le 20 août, s'était transformé en une déroute au cours de laquelle nous aurions perdu 10 000 prisonniers et 5o canons. Ce sont là des exagérations ridicules. Aucun élément de nos troupes n'a, au cours de la retraite, franchi la Meurthe. Nos forces sont restées au nord de Nancy. Ce recul momentané, consécutif à un vigoureux mouvement en avant, n'est qu'un épisode d'une lutte qui entraînera nécessairement de nombreuses alternatives de flux et de reflux. Nos troupes de Lorraine restent pleines d'ardeur, de volonté de vaincre, et n'aspirent qu'à venger leurs morts. » Langage très digne et suffisamment véridique.
L'opinion ne fut troublée que le surlendemain, 24 août, lorsque le Matin publia un article du sénateur Gervais intitulé : « La vérité sur l'affaire du 21 août». « Une division du 1 5e corps, composé des contingents d'Antibes, de Toulon, de Marseille et d'Aix, a lâché pied devant l'ennemi. Toute l'avance que nous avions prise au delà de la Seille a été perdue. Tout le fruit d'une habile combinaison stratégique a été momentanément compromis. Malgré les efforts des autres corps d'armée dont la tenue a été irréprochable, la défaillance d'une partie du i5c corps a entraîné la retraite sur toute la ligne. Le ministre de la Guerre, avec sa décision coutumière, a prescrit les mesures de répression immédiates et impitoyables qui s'imposaient. »
En cette série d'assertions déconcertantes, la principale était une déplorable erreur. La retraite de nos troupes n'avait nullement un caractère de retraite générale et de défaite. Aussi, le Haut-Commandement crut-il devoir, le 20 août, dans un communiqué, féliciter le 1 5e corps, fortement éprouvé, pour son énergique reprise offensive. Un régiment de Toulon, le 1 1 2e, perdait 48 officiers sur 9 1 , avec le tiers de ses soldats. L'année suivante, le général Galliéni, ministre de la Guerre, rendra hommage au courage du 1 bc corps : « Ce corps, auquel appartenaient les braves qui se sont sacrifiés pour assurer le succès dont dépendait l'issue d'une terrible journée, mérite d'être à l'honneur, car il a été à la peine dans les circonstances les plus dures ».
En réalité, l'ennemi, au prix de lourdes pertes qui, de son propre aveu, « s'élevaient pour certaines unités à cinquante pour cent, sans jamais descendre audessous de vingt-cinq pour cent », pouvait enregistrer une avance plutôt qu'une vic-
iENATEUR.
(Photo Henri Manue
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