‹ 1914 (volume 2)Chapitre 73 sur 161 · IX · texte numérisé non relu

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toire. Ses masses quittaient des positions où elles se sentaient invincibles, pour un terrain où elles cessaient d'être invulnérables. Quant à nos armées, il devait les voir; quelques jours après, prendre une première revanche.

Devant l'invasion, comme devant une inondation, s'enfuyaient les pauvres gens des campagnes et des villes. C'était un autre interminable défilé de véhicules qui encombrait les routes. A peine y distinguait-on quelques camions de déménagement remplis par les mobiliers les plus riches. Mais, là encore, que de tristesse ! Parmi les objets empilés en hâte, étaient assises des femmes au teint terreux, aux cheveux défaits. Ces camions suivaient pêle-mêle les charrettes où ■s'entassaient matelas, meubles, sacs de linge. Venait une voiture d'enfant que surchargeaient d'humbles ustensiles de cuisine. Qui la poussait? Un enfant. Le père, la mère et les aînés marchaient tout autour, pliant sous le poids des fardeaux. Venait un long chariot rustique garni de foin, sous lequel s'ensevelissaient à demi deux enfants tout jeunes et deux vieillards tout cassés. Les enfants pleuraient. Les vieillards essayaient de les apaiser, hélas ! en leur souriant. Attachée à l'arrière, quelque vache, boitant de fatigue, en ralentissait encore la marche. Où allaient ces fugitifs? Le savaient-ils? Ils s'en allaient.

Gomment ne nous rappellerions-nous pas la description que le plus grand poète de l'Allemagne, Goethe, dans Hermann et Dorothée, faisait d'un exode pareil. Il montrait les misérables, voitures des fugitifs, pleines des « derniers objets, cages d'oies et cages d'oiseaux ». En 19 14, les Allemands ne laissèrent à personne le temps de songer à de pareilles bagatelles. »

A travers ces impedimenta si poignants, tant bien que mal, l'armée se frayait un passage. Oncraignaitd'abord que le spectacle de tant de misères ne déprimât le moral de nos soldats. Au contraire, ce fut pour eux une nouvelle raison de combattre ssns défaillance etde vaincre. « Cela se paie », disaient-ils. Nos soldats avaient vu le feu, les blessures, la mort, l'invasion. Ils ne chantaient plus, comme dans les trains fleuris qui les transportaient à la frontière, mais ils n'en avaient que davantage de sangfroid et de vaillance vraie.

Retraite de la Seconde Armée

Après l'échec de la Seconde Armée sur la Seille, le 1 5e corps s'était retiré dans

la région d'Haraucourt, de Serres et de Beauzemont. Le 20e corps passa la

3Ieurthe : 09e division, sur le pont de pierre de Rosières-aux-Salines; 1 ie division,

sur un pont construit à la hâte près de Laneuveville devant Nancy. Le 4e bataillon

de chasseurs avait couvert la retraite.

En voyant la 3ge division se replier en si bon ordre, un vieux Lorrain de Moyeu vre s'écria : « Ils marchent comme à l'exercice. C'est encore à la victoire qu'ils vont. »

Le 16e corps, à Lunéville et à Gerbéviller, entrait en liaison avec la Première Armée dont le 8e corps se trouvait près de la Vezouze.

Ce 8e corps, après avoir arrêté l'ennemi sur le canal de la Marne au Rhin, s'était replié en partie vers Igney (Avricourt français), en partie vers Repaix. 11 venait d'occuper, au nord de la Vezouze, les collines qui s'étendent de Blàmont à Reillon.

La Vezouze devait servir de premier fossé pour arrêter l'ennemi. Nous pouvions compter également sur trois autres fossés du même genre : la Meurthe, la Mortagne. la Moselle.

Retraite de la Première Armée

Après la bataille indécise de Sarrebou'rg, la Première Armée se préparait à continuer l'offensive. Mais le repli de la Seconde Année la découvrait sur la gauche. Mlle dut aussi se replier.

Entre les deux années, l'ennemi avait aperçu une brèche, résultat de la distance

mise entre elles par les étangs. Il essaya de se glisser entre Blàmont et Lunéville, dans un espace de quelque Jokilomètres.Son plan, conforme à toutes ses traditions militaires, consistait à attaquer par les deux ailes. Tandis que son aile droite pénétrait par la Belgique vers Reims, son aile gauche tentait de s'avancer par la Lorraine vers Troyes. Il avait pour lui le nombre, l'armement, le succès. « C'est l'achèvement de la victoire :

la paix prochaine », répétait le Kronprinz de Bavière.

Joffre et ses généraux devinèrent ce pi an.

Ordre fut donné à la Seconde Armée d'attaquer depuis les crêtes du Grand Couronné jusqu'aux collines situées au sud de la Meurthe. Ordre à la Première Armée d'interdire à l'ennemi la zone comprise entre le col de Saales et Charmes.

Notre Haut Commandement savait déjà que, dans le Luxembourg belge, nos troupes avaient dû battre en retraite. Il pressentait en outre que la lutte engagée près de Charleroi ne tournerait pas à notre avantage. Mais il connaissait la valeur de nos soldats et le dévouement de leurs chefs. Rien n'était compromis.

Le i3e corps (Première Armée), ayant conservé son ascendant sur les troupes allemandes, se repliait à regret. Une de ses divisions, la 26e, à laquelle n'était pas parvenu l'ordre de la retraite, demeura en l'air près du village dePlaine-de-Walsch. Elle ne s'échappa qu'en sacrifiant plusieurs de ses batteries.

Le 21e corps occupait toujours la région du Donon. .11 infligeait même un échec à l'ennemi dans la vallée de la Bruche, près de Grandfontaine. Quand il reçut l'ordre de se replier, il livra encore de sanglants combats. L'ennemi, grâce à de nouvelles pièces d'artillerie lourde et. à de nouveaux renforts, arriva au sommet du Donon, le 2 1 au soir. Nous nous retirions par la vallée de la Plaine. La perte du Donon, la montagne à double croupe, le Fousi- Yama lorrain, nous déchira le cœur. Le 14e corps, épuisé par des efforts ininterrompus et menacé par d'impor-

HAFAUCOURT.

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