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LE VILLAGE DE NOUVRON APRÈS LE BOMBARDEMENT

(Section photographique rie l'Armée]

L'histoire n'oubliera jamais les noms des premiers endroits où leur sang a coulé à flots, dans la gloire, sur le sol de France : Yeuilly-la-Poteiie, Bussières, Torcy, Belleau, Bouresches.

Près du bois Belleau, les marins américains chargèrent avec une ardeur magnifique à laquelle nos hommes applaudirent en connaisseurs.

Dans cette charge, ils poussaient des cris superbes. Les peuples jeunes aiment à crier. Et on sait avec quelle promptitude sympathique les petits garçons de Champagne, de Lorraine et d'Alsace « attrapaient » ces cris. Après le combat du bois de Belleau, les Allemands, irrités jusqu'à la rage, à la pensée que les Américains commençaient à savoir se battre et que, par surcroît, ils leur avaient fait 1 200 prisonniers, annoncèrent dans leurs journaux : « Les Américains, que l'eau-de-vie irançaise avaitgrisés, poussaient des cris d'anthropophages ». Là-dessus, les Amcii-

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cains simulèrent une grande indignation et déclarèrent : «Des anthropophages, nous! les Allemands se vantent. Nous les tuons, mais nous ne les mangeons pas; ils sentent trop mauvais ». Ce peuple jeunecrie pendant l'attaque et après l'attaque, rit, comme un enfant.

Après un moment de ralentissement et une halte, la troisième ruée allemande rebondit.

Le service de propagande allemande, organisé par Ludendorff, présentait, de la situation militaire, cette image triomphale : « Grâce à une triple avance en Picardie et au Chemin des Dames, les forces allemandes dessinent, au cœur de la France, un' immense croissant dont la pointe ouest est poussée à Montdidier; la pointe est, à Château-Thierry. Ce croissant va s'enfoncer jusqu'à Paris, après avoir fauché sans peine les armées françaises ».

Où les armées françaises se trouvaient-elles? Derrière les illustres rivièi es de France : Oise, Aisne, Ourcq, Marne; derrière les antiques forêts de France : forêt de Compiègne et forêt de Villers-Cotterets. L'invasion, pour s'étendre jusqu'à Paris, devait déboucher de ces forêts. L'ennemi cherchait donc à s'en rendre maître.

L'armée de von Hutier, qui formait l'aile droite des forces commandées par le Kronprinz, s'était établie devant nos lignes, depuis Montdidier jusqu'à Noyon.

Le g juin, à 4 h. 3o du matin, après un bombardement méthodique et complet, avec obus toxiques et vésicants, qui avait commencé à minuit précis, elle attaqua sur un front de 36 kilomètres dans la direction du sud.

Pour Ludendorff, Compiègne était l'objectif. Il pensait occuper cette ville le 10 juin au soir. Après Compiègne, Paris. Toute une incomparable perspective de pillage !

La méthode d'infiltrationemployée par l'ennemi, depuis l'offensive de Picardie, semblait favorisée par tous les détails du terrain, où une dépression centrale est encadrée, à l'est, par le massif de Lassigny et, à l'ouest, par le plateau de Méry.

Par la chute de Compiègne, le bois de Carlepont, la forêt de Laigue, le plateau de Nouvron, toutes les positions'françaises, entre l'Oise et l'Aisne, seraient tombées au pouvoir de l'ennemi : tout de suite ses feux se seraient croisés de Compiègne et de Soissons, le long de l'Aisne. Il s'agissait donc, pour lui, premièrement d'enlever le plateau de Méry, secondement de contourner à l'ouest le plateau de Lassigny.

Von Hutier, sans tenir compte des pertes, poussait, dans la direction du sud, ses quatorze divisions, sur une ligne passant par le nord du Frétoy, le sud de Rollot, Orvillers-Sorel, Canny-sur-Matz, le nord de Plessis-de-Roye et du Piémont, le sud de Cuy et de Suzoy, le mont Renaud. Son avance continua sur tout le front, particulièrement au centre. Ses colonnes étaient encore plus nombreuses et plus massives vers la dépression du Matz que sur les bords des plateaux extrêmes.

Mais l'armée française n'avait pas été surprise. Le temps était passé où les attaques foudroyantes nous prenaient au dépourvu. Dans la nuit même du bombardement préparatoire, nous avions répondu sans retard en frappant à coups redoublés sur les rassemblements d'assaut.

A gauche, nous ne cédions qu'un peu de terrain vers Rubescourt, Le Frétoy et Mortemer. A droite, repli plus sensible, nous abandonnions les premières pentes du massif de Lassigny. Mais, au centre, la masse de 65 000 hommes de troupes de choc, parmi lesquels se trouvaient une division de chasseurs venue d'Italie et une division de la Garde, pénétrait jusqu'au sud de Ressons-sur-Matz, à 16 kilomètres de Compiègne et jusqu'au sud de Mareuil-la-Motte, à 4 kilomètres de Ressons.

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BARRICADES ALLEMANDES A L'ENTREE DU VILLAGE DE RESSONS-SUR-MATZ. (Section photographique de l'Armée.)

L'ennemi comptait élargir en tous sens cette nouvelle poche formée du premier coup. Dans la nuit du 9 au 10, il s'empara du bois de Ressons, arriva au sud de Cuvilly, enleva le plateau de Bellinglise, se glissa dans le bois de Thiescourt.

Le 10, avec des forces accrues, il attaqua, en même temps, au sud-est, le long du Matz, et, au sud-ouest, sur le plateau de Belloy. Il n'occupa le plateau de Méry- Belloy-Saint-Maur qu'après une lutte acharnée. Au centre, il ne parvint que jusqu'à Marquéglise et Elincourt. Mais, à droite, il mit àprofitle double avantage du terrain et du nombre.

Des couverts, des pentes à pic et des ravins entrecoupés lui permettaient de s'infiltrer dans nos lignes et de cerner, un à un, les îlots de notre défense.

Depuis la veille, il attaquait avec obstination le Piémont que gardaient nos

cavaliers. Au quinzième assaut, il y entra.

Bientôt, il occupa la cote 166, à l'est d'Elincourt, la ferme de Bellassise, la ferme d'Attiche, puis, sur les hauteursqui dominent la route de l'Oise, Dreslincourt, Montigny, Antoval. Le massil'de Lassigny était en son pouvoir.

Nous nous retirions sur le Matz inférieur. A huit heures et demie du soir, il entra à Ribécourt, à 14 kilomètres de Compiègne, sur la route de Saint-Quentin. Pour l'arrêter, nous engageâmes des corps-à-corps dans les rues de Machemont et de Béthancourt. Mais, dès lors, il put prendre à revers le saillant Carlepont-Mont de Choisy sur lequel, depuis quatre jours,il multipliait ses tentatives.

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