UN COIN DU VILLAGE DE MONTFAUCON
(Section photographique de TArméc.)
Varennes de trois kilomètres et descendaient la Meuse jusqu'à Dannevoux. Enfin, Montfaucon était arraché à l'ennemi ! Au butin figuraient 8000 prisonniers et 100 pièces d'artillerie.
La prise de Montfaucon avait coûté cher à nos magnifiques compagnons d'armes. Ces soldats de haute stature, athlètes accomplis, oubliaient trop souvent, en gravissant les pentes les leçons qu'on leur avait données pour échapper aux projectiles. Ils étaient abattus par centaines, par milliers. Cette vision à la fois superbe et déchirante nous obsède, chaque fois que nous visitons le cimetière de Romagne, près de Montfaucon. Vingt-cinq mille croix blanches portent toutes des noms d'Américains. Une vaste cité de deuil, disposée en un ordre parfait que jamais rien ne troublera, escalade le coteau et le déborde.
Après la prise de Montfaucon, restait à nettoyer la rive droite de la Meuse, dans la région de Verdun.
Les troupes françaises, unies auxtroupes américaines, prirent Brabant, Haumont,le bois d'Haumont, le bois des Caures, et parvinrent à la ligne d'où, le 21 février 191 6, l'ennemi avait commencé, contre Verdun, l'offensive sans pareille dans l'histoire.
Bientôt, cetteligne était dépassée.
Dès lors, l'ennemi ne devait plus interrompre son recul. Dans la région de Verdun, depuis le 26 septembre 1918, il avait dû abandonner, aux mains des vainqueurs, 21 000 prisonniers, 170 canons, 900 mortiers de tranchées et 3 000 mitrailleuses. La forteresse du Droit restait inviolée. En fuyant, il laissait, sur notre sol ravagé, le sang de ses meilleurs soldats et l'espoir brisé des Hohenzollern. Le général allemand von Ardenne écrivait alors une phrase qui a été souvent reproduite : «Quelle est donc cette force mystérieuse qui tire constamment en arrière les armées de l'Empereur? » En vérité, les armées de Guillaume II étaient refoulées par la force la moins mystérieuse du monde : celle du courage le plus pur, au service du droit le plus incontestable.
En Champagne, le 26 septembre, en même temps que les troupes américaines, les troupes de Gouraud avaient attaqué, de Reims à l'Argonne, sur un front de 36 kilomètres. Du premier coup, elles enlevèrent 5 kilomètres d'un terrain où, dans les tranchées les mieux fortifiées, résistaient les troupes prussiennes les plus glorieuses. Notre infanterie, notre artillerie, notre aviation et nos tanks en eurent raison. En quelques jours, l'ennemi refoulé nous abandonna 12 000 prisonniers.
Cependant, les réserves allemandes arrivaient. L'armée de Gouraud fut arrêtée, sur la gauche, dans un terrain marécageux .
Le Ier octobre, par des contre-attaques furieuses, l'ennemi essaya de rattraper