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FORT DE LA POMPELLE

iPhoto Champagne.)

notaire, nous disait de ces damnés prospecteurs : « Ils trouvaient les cachettes comme si Dieu lui-même les y menait. Leurs chefs veillaient impitoyablement à ce que la plus minime parcelle de nourriture ne fût pas détournée. Un jardinier avait donné à ses poules quelques grains d'avoine. Fusillé! Autant de balles que de grains.» En saccageant tout sur le tenitoire français, l'ennemi avait deux buts qu'il ne perdait jamais de vue : ruiner la France et l'humilier. Si, par exception, il était forcé de choisir entre ces deux buts, il cessait de détruire ou de piller pour que l'humiliation fût plus forte. Ainsi, lui qui enlevait, pour les fondie, tous les monuments de bronze, jusqu'aux plus modestes bustes, buste de Taine à Vouziers, buste de Rimbaud à Charleville, il a laissé intact à Sedan le monument qui rappelle la bataille, c'est-àdire notre grande défaite de 1870. Le régime d'exploitation auquel les campagnes étaient soumises est un chef-d'œuvre du genre. L'Allemagne avait laissé aux agriculteurs les instruments et les animaux nécessaires à la culture des champs. Elle ne

négligeait rien pour que les champs fussent bien cultivés. Avec le même soin, elle tâchait que la récolte se lit dans les meilleures conditions. Puis, cette récolte, elle se l'appropriait, jusqu'au dernier épi de blé, jusqu'à la dernière pomme de terre, jusqu'à la dernière grappe de raisin. De quoi vivaient nos agriculteurs? Du ravitaillement américain. L'Allemagne ne l'empêchait pas. Elle n'avait donc rien à se reprocher. Et même, miséricordieuse Allemagne! à chaque personne qui travaillait pour elle, elle comptait trente-deux sous par jour : sommes prises, bien entendu, sur les impôts qu'elle levait.

En revenant des pays martyrs que nous venions de traverser avec l'armée de Mangin, nous avions les yeux si brouillés de larmes, l'âme si brûlante de haine, le cœur si serré d'angoisse, la mémoire si obsédée de visions funèbres, que nouscroyions entendre autour de nous le murmure qu'a entendu Dante : « Voilà celui qui revient de l'enfer ». C'est l'enfer, en réalité, et un enfer dont les tortures n'ont été méritées en rien. Si nous étions tenté de craindre que nos descriptions parussent exagérées, nous n'aurions qu'à regarder nos chaussures. Elles sont toutes blanches d'une poussière -faite des plus humbles foyers et des chefs-d'œuvre les plus sublimes, tous atrocement broyés par l'infernale barbarie allemande.

Partout, au jour de la libération, les hommes et les femmes, ranimés par la joie, levaient vers nos soldats leurs bras exténués. A Laon, la sublime cathédrale, demeurée intacte, arborait notre drapeau. Mangin était porté en triomphe par les 6000 habitants restés à leurs foyers, qui, de toutes leurs forces revenues, chantaient la Marseillaise en pleurant de joie.

Foch pouvait annoncer, comme butin des troupes franco-britanniques, depuis le 18 juillet jusqu'au 3o septembre, 1 5oo canons et 260000 prisonniers, dont 3 000 officiers.

Les quatorze propositions du Président Wilson et le Grand Quartier Général allemand.

En présence de tant de revers, au milieu de ses troupes où le découragement et la démoralisation se propageaient, Ludendorff, en apprenant les événements de Macédoine, sembla perdre soudain toute volonté de combattre. Il pria le ministre des Affaires étrangères de venir immédiatement à Spa. Pourquoi attendre que la Turquie et l'Autriche tombent comme la Bulgarie ? Les conditions de la France et de l'Angleterre seraient alors beaucoup plus dures. D'ailleurs, n'y avait-il pas M. Wilson?

Le 28 octobre, il décida Hindenburg à demander qu'une démarche fût faite auprès du président des États-Unis, pour lui rappeler sa promesse de traiter « sur la base de ses quatorze articles ».

Nuit et jour il relisait, soulignait, annotait, commentait, non seulement le texte des quatorze articles, mais le discours qui les encadre et les explique.

Ce discours, trop peu connu en France, avait été prononcé, le 8 janvier 1918, devant le Congrès, c'est-à-dire devant les deux chambres des États-Unis. Il importe de rappeler en quelle occasion. Les quatorze propositions se rattachent directement à la révolution russe. Le tsar avait abdiqué, le 1 5 mars 1 91 7 ; le grand-duc Michel, son frère, désigné par lui comme son successeur, avait renoncé au pouvoir, le 17 mars; un gouvernement provisoire qui s'était organisé ensuite, et qui avait été reconnu par les États-Unis, le 22 mars, battu en brèche par les partis de droite

et de gauche, avait été renversé, le 7 novembre 191 7, par les bolchevistes à la tête desquels était Lénine. Ce nouveau gouvernement demanda à l'Allemagne un armistice qu'il signa, le i5 décembre.

Les bo'chevistes, réunis à Brest-Litovsk avec les Allemands pour discuter les conditions de la paix, invitèrent l'Entente « à dire à quelles conditions la paix lui semblerait possible ». On sait la réponse de l'Entente. Le président des États-Unis répondit dans son discours au Congrès. Tout en adhérant loyalement à la déclaration de l'Entente, il exprima « une profonde sympathie pour le peuple russe » et développa, sur les conditions de la paix, des idées qui lui étaient entièrement personnelles.

Dans la première partie de ce discours, on lit: « Les représentants de la Russie

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