AVION ALLEMAND ABATTU DANS LES LIGNES FRANÇAISES
(Photo Meurissc.)
libre accès à la mer; son indépendance politique et économique, son intégralité territoriale devront être garanties par des conventions internationales ;
140 II faut qu'une association générale soit lormée entre les nations, en vertu de conventions formelles, aux fins de procurer à tous les Etats, grands et petits également, des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégralité territoriale.
Les propositions de M. Wilson, trop nombreuses et trop longues, avaient premièrement ce grave inconvénient d'offrir une ample matière à la sophistique de l'ennemi. De plus, par leur imprudente candeur, elles lui suggéraient les artifices et les stratagèmes propres à le soustraire à la responsabilité de ses crimes. C'étaient
prêtaient à leur roi par cette phrase : « Je jure d'être fidèle et de porter une sincère allégeance à Sa Majesté. » Ce serment a été introduit en Angleterre par Jacques Ier, en 1606. Dans le temps des troubles religieux, on y ajoutait un second serment qui avait pour but «de condamner comme impie la doctrine q.ue les princes excommuniés peuvent être déposés ou tués par leurs sujets ». Une telle expression, empruntée à l'Histoire du Droit par le savant professeur qu'est M. Wilson, donne assurément plus de prestige que de clarté à sa proposition.
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surtout ces passages que soulignait Ludendorff. Leur ensemble a servi de base aux Allemands pour toutes les discussions qui ont précédé et suivi non seulement l'armistice, mais la signature de la paix.
Ces quatorze propositions étaient développées, sinon tout à fait élucidées, dans la seconde partie du discours. M. Wilson s'écriait : « Nous nous sentons étroitement solidaires de tous les gouvernements et de tous les peuples ligués ensemble contre l'impérialisme. On ne pourra faire que nos intérêts divergent ou que nos desseins se contrarient. Nous demeurerons fermement unis jusqu'à la fin. Pour de tels arrangementset de telles conventions, noussommes prêtsà combattre et nous continuerons de combattre jusqu'à ce qu'ils soient réalisés. Notre unique mobile, c'est le désir de voir le droit l'emporter, le désir de fonder une paix juste et durable, celle qu'on ne pourra obtenir qu'en supprimant les principales causes de conflit, comme notre programme les supprime ». En ce qui concernait l'Allemagne, il prononçait ces mots sur lesquels Ludendorff devait sans cesse revenir, dans sa correspondance avec le gouvernement de Berlin : « Nous ne sommes point jaloux de la grandeur allemande. Il riy a rien dans ce programme qui tende à la ruiner ; nous ne dénigro)ts pas l'œuvre réalisée par elle, sa haute culture scientifique, la prospérité qu'elle doit aux travaux de la paix, tout ce qui donne à son histoire un éclat brillant et enviable ; nous ne désirons ni la léser, ni entraver en aucune manière son influence et sa jouissance légitimes ; nous ne désirons pas la combattre par les armes ou par des combinaisons économiques hostiles, si elle est prête à s'associer arec nous et avec les autres nations pacifiques du monde par des conventions justes, légales et loyales ; nous désirons seulement qu'elle se résigne à n'être que l'égale des autres nations du ?noude, du monde nouveau dans lequel nous vivons maintenant, au lieu de prétendre les dominer", pas davantage nous ne songeons à lui demander de changer ou de transformer quoi que ce soit dans ses institutions. » Mais M. Wilson concluait en des termes étrangement énergiques et qui contrastaient avec l'indulgence alfichée à l'endroit des institutions allemandes : « Il est nécessaire, nous devons le dire franchement, nécessaire comme condition préalable à toute négociation qui pourrait se produire, entre l'Allemagne et nous, sans risque de malentendu, que nous sachions au nom de qui nous parlent ses représentants : si c'est au nom de la majorité du Reichstag ou bien au nom du parti militaire et des hommes qui ont pour programme l'impérialisme et la tyrannie. Un principe évident domine tout. C'est le principe qui assure la justice à tous les peuples et à toutes les nationalités, qui proclame leur droit à vivre sutpied d'égalité dans la liberté et la sécurité, à côté des autres nations, qu'ils soient forts ou faibles. Si ce principe n'en devient pas le fondement, l'édifice de la justice internationale s'effrondrera de toute part ».
Tel est le programme dont la paix du Droit est sortie, avec tout ce qu'elle a d'obscur et de lumineux, de confus et de précis, de précaire et de solide.
L'avenir, sans nul doute, admirera les sentiments qui ont inspiré le président Wilson, lorsqu'il a écrit : « Le peuple des Etats-Unis est prêt à consacrer, à la défense de ces principes, sa vie, son honneur et tout ce qu'il possède. » Et pourtant, même dans ces dernières lignes si pathétiques, l'obscurité reparait soudain. Les États-Unis engageaient assurément, dans la lutte, tout ce qu'ils possédaient et même leur vie. Mais leur honneur n'était-il pas absolument hors de cause, puisque les États-Unis combattaient pour le Droit, avec nous ?
Dans le texte des quatorze propositions, certaines formules ont, dès la première minute, donné lieu à des controverses inextricables. Que signifiaient exactement, dans la première proposition, ces mots : « plus d'ententes particulières » ; dans la troisième « toute la mesure du possible » ; dans la quatrième, « le minimum corn-
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patible avec la sécurité intérieure » (tout de suite, l'Allemagne y a vu le moyen de rester armée) ; dans la cinquième, « les intérêts des populations en cause » ; dans la huitième, « le tort fait à la France par la Prusse, en ce qui concerne l'Alsace- Lorraine, doit être réparé » ? Déjà les Allemands s'apprêtaient à épiloguer sur les modalités de cette réparation. Les Alsaciens-Lorrains ont aperçu le danger et, d'une commune voix, ils ont déclaré : « La seule réparation possible, c'est la restitution de l'Alsace et de la Lorraine à la France. » Leur voix a été entendue par M. Wilson, qui a approuvé sans réserve cette interprétation, en un mouvement d'enthousiasme qui l'honore grandement.
Ce qui, en octobre 1918, dans les propositions de M. Wilson, inspirait le plus d'espoir à l'Allemagne, ce n'étaient pas les obscurités, dont elle ne tirera parti que plus tard, mais la promesse trop claire de traiter avec elle. M. Wilson avait dit : « On ne cherchera plus à entraver l'influence de l'Allemagne, dès qu'elle aura rompu avec le militarisme et l'impérialisme ». Les chefs du militarisme allemand, parlabouche de Ludendortf, affirmèrent donc, sur-le-champ, que cette rupture était consommée.
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L'Allemagne, grâce à une miraculeuse métamorphose, devenait immédiatement une démocratie, voire une république. Les Alsaciens ajoutaient, avec leur humour si pleine de sagacité: « L'Empereur est prêt à jurer que cette conversion est aussi générale que profonde. Volontiers, il se proclamerait le citoyen Guillaume, syndicaliste conscient et organisé. Simple travestissement de plus, dans sa garde-robe aux mille et un costumes 1 »
Quant à Ludendorff, avec toute l'autorité que lui conférait son titre de Premier Quartier-Maître Général des armées allemandes, il se ralliait à la doctrine que le président Wilson résumait ainsi « Volonté commune de l'humanité se substituant à celle des États, droits égaux de tous les peuples, pas d'accord particulier dans la Ligue des nations, pas de combinaison économique préjudiciable à un Etat, publication des traités secrets ». En somme, l'âge d'or, succédant sans transition aux pires épreuves de l'âge de fer.