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OFFICIERS FRANÇAIS ET SERBES DANS UNE RUE DUSKUB

oui avaient franchi le Vardar près de Krivolak, ivres de joie en replantant leur drapeau sur chaque secteur de leur pays libéré, ils faisaient des merveilles.

La journée culminante fut celle du 22 septembre. L'avance des Alliés devenait rapide comme la foudre. Une division serbe « glanait en un jour cinq mille fusils ». Le prince Boris et le général allemand von Scholtz faillirent être pris au collet. Partout, la tâche paraissait surhumaine. Plus d'eau potable. Plus de nourriture pour les chevaux. Impossible pour les hommes de se ravitailler. Le ravitaillement devenait impossible. Mais il y avait pour eux quelque chose de plus impossible encore, c'était de renoncer à la poursuite.

Prilep fut enlevé par nos cavaliers. Istip et la barrière du Belès furent occupés.

Coupée net, l'aile droite de l'armée bulgare que talonnaient nos cavaliers et

même nos fantassins, s'efforçait de gagner l'Albanie. Les Serbes prirent possession de Kotchanna et de Velès.

Pour la défense de Velès, le 12e bataillon de chasseurs allemands avait été sacrifié en vain. L'armée serbe, à marches forcées, longeait le Vardar, vers Uskub et Kumanovo, d'où partent la route de Belgrade et la route de Bulgarie. Du même élan, elle se précipitait vers Egrée Palanka et la route de Sofia. A Uskub, elle fut devancée par nos cavaliers. Le général Jouinot-Gambetta, qui les commandait, entra dans la ville, le 29 septembre au soir. A la même heure, le général Henrys capturait 72 000 hommes. C'était le moment exact où la Bulgarie signait l'armistice.

Le général Franchet d'Esperey avait reçu du général bulgare Todorof une demande de suspension d'armes. Le 29, à 17 heures, il vit arriver à Salonique les deux plénipotentiaires bulgares, le général Loukof et le ministre Liaptchef. Les conditions qu'il dicta, au nom des Alliés, ne furent discutées que pour la forme. Le roi Ferdinand de Bulgarie abdiquait en faveur de son fils Boris. Toute l'aile droite de l'armée bulgare se constituait prisonnière : 90000 hommes capturés, avec 2000 canons. La Serbie ressuscitait.

Les hostilités étaient finies à l'endroit de la Bulgarie. Mais elles continuaient nécessairement à l'endroit des divisions allemandes et autrichiennes, lesquelles d'ailleurs ne cherchaient plus leur salut que dans la fuite.

La nouvelle de la capitulation bulgare fut un coup mortel pour la coalition dont l'Allemagne était l'âme. Le principal journal socialiste d'Allemagne, le Vonvàrts, déclara: «Ainsi, la Bulgarie fait la paix. Et nous, Allemands, nous restons seuls en face des Français, des Britanniques et des Américains, le dos au mur et la mort près de notre visage. »

Tout de suite, l'univers entier devina les conséquences que devait avoir, pour la Guerre du'Droit, cet événement auquel restera glorieusement attaché le nom de Franchet d'Esperey.

Le général allemand Scholtz, malgré son expérience et son opiniâtreté, n'avait pas réussi, avec ses trois divisions, à endiguer le torrent qui dévalait vers le*Danube ou se répandait vers Sofia. Il a écrit à ce sujet, non sans quelque finesse: « La percée stratégique n'était possible que dans un pays dépourvu de voies de communications. >>

Ludendorfl esquissa alors en Orient des plans désespérés. Il projetait d'exécuter militairement les Roumains, avant qu'ils eussent entrepris le moindre acte d'hostilité. Mais l'Autriche, qui n'avait nulle envie de se mettre un adversaire de plus sur les bras, refusait avec une netteté dont elle n'était pas coutumière.

Pour mettre obstacle à la défection autrichienne qui le menaçait, Ludendorff s'appliquait à constituer un front nouveau qui devait s'appuyer sur le Danube. Il faisait venir des troupes de l'Ukraine et du Caucase ; il envoyait vers les Balkans un certain nombre des divisions en route vers la France; il stimulait, en Autriche, les derniers partisans de l'Allemagne; il détachait un corps alpin du front ouest, pour le lancer vers la Serbie ; enfin, aux trois divisions de Scholtz, il ajoutait sept divisions qu'il voulait masser à Sofia et à Nich. Mais le front balkanique n'était plus qu'un rêve de fiévreux. Au lendemain de l'arm'stice bulgare, les troupes austro-allemandes avaient dû refluer vers le Danube. Un immense effondrement s'annonçait.

Le prince Alexandre voyait s'ouvrir la route de la Vieille Serbie! Français et Serbes, s'élançant d'Uskub vers Vranja, passaient, le 5 octobre, sur le ventre des Autrichiens. En Albanie, le général italien Ferrero s'emparait de Bérat, traversait le Devoli et entrait à El Bassan. D'autre part, l'armée grecque enlevait Cavalla et

Drama. Bientôt l'infanterie serbe, précédée de la cavalerie française, occupa avec elle Nich et la route de Nich à Pirot. L'infanterie française occupa Prizrend et Mitrovitza. Les vainqueurs s'avançaient vers le Danube. L'avant-garde française l'atteignit, le 19 octobre, près de Vidin et de Lom-Palanka. Les Yougo-Slaves occupaient le Monténégro et les Italiens pénétraient à Scutari. Enfin, le Ier novembre, après quarante-quatre jours d'une marche triomphale, la délivrance de la Serbie se couronnait par l'entrée de la ire armée serbe à Belgrade.

A la Chambre française des députés, cette entrée des Serbes à Belgrade eut le

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