LA CHUTE DE L'AUTRICHE-HONGRIE
Défaite de l'ennemi sur tout le front des Alpes. — Le drapeau italien à Trente et à Trieste. — Armistice de Padoue (30 octobre).
Les victoires éclatantes des A liés, en Palestine, en Syrie et dans les Balkans achevèrent d'abattre le gouvernement austro-hongrois, si fortement ébranlé par des troubles intérieurs et, plus encore, par les défaites de l'Allemagne sur le front français, c'est-à-dire sur le front principal.
Le 6 octobre 191 8, l'empereur Charles adressa une requête à la République des Etats-Unis. Il la priait d'intervenir « pour faire conclure un armistice et faire ouvrir des négociations de paix, fondées sur les déclarations du président Wilson ».
Déjà, le mois précédent, l'Autriche-Hongrie avait tenté, en France, une démarche pour obtenir que, dans un pays neutre, il y eût une réunion préparatoire en vue de la paix. Entretien secret. Manœuvre clandestine. M. Clemenceau se contenta de répondre d'un mot, à la tribune du S:nat : « Pas de transaction possible entre le Crime et le Droit ».
Pour hâter le dénouement par les armes, le général Diaz, commandant en chef des forces italiennes, était allé à Senlis où se trouvait le grand quartier général français, et avait préparé, avec Foch, une offensive sur le front des Alpes.
Il avait, sous ses ordres, 5i divisions italiennes, 3 divisions britanniques, 2 divisions françaises, une division tchéco-slovaque.
Le 24 octobre, il attaqua. Après de violents efforts, l'île de Grave di Papadopoli fut occupée en partie. La 4e armée italienne donna vigoureusement l'assaut, dans la région du montGrappa, et s'empara du mont Pertica.
Le 25, les combats recommencèrent. La brigade d'Aoste s'empara du mont Valderca.
L'ennemi, malgré les pertes que lui infligeaient l'infanterie et l'artillerie italiennes, aidées de l'aviation britannique bombardant les baraquements, leschemins de fer et les routes, essayait de contre-attaquer. Tentatives impuissantes. Une armée composée de troupes italiennes et de troupes britanniques, sous les ordres du général anglais lord Cavan, achevant d'occuper l'île de Grave di Papadopoli, élargissait l'offensive.
Bientôt, entre l'embouchure du Soligo et les crêtes rocheuses de Valdobbiadene, la 12e armée, composée de troupes françaises et de troupes italiennes, sous les ordres du général français Graziani, et la 8e armée italienne, sous les ordres du général italien Caviglia, se portèrent en avant.
Durant la nuit du 26 au 27 octobre, ces deux vaillantes armées traversèrent le Piave, malgré la crue des eaux et la violence du bombardement. Au point du jour, elles progressèrent sur la rive orientale.
Pendant ce temps, l'armée de lord Cavan gagnait du terrain en faisant 9000 prisonniers.
Les armées Graziani et Caviglia réalisèrent une avance semblable. Mêmes succès, pour le 14e corps britannique, commandé par le général Babington; pour le 11e corps italien, commandé par le général Paolini; pour le 18e corps italien, commandé par le général Basso. En moins de trois jours, l'ennemi lut contraint de céder la rive oiientale du Piave, depuis le chemin de fer Trévise-Oderzo jusqu'aux hauteurs de Valdobbiadene.
Graziani pénétra dans la plaine de Sernaglia. Caviglia s'empara de Susegana, près de la route de T révise à Conegliano. Lord Cavan s'empara de Conegliano.
« Toutes les armes italiennes doivent collaborer à la victoire suprême », ordonna le généralissime.
La 3e armée, qui formait l'aile droite, se joignit en hâte à l'armée de lord Cavan. Le lendemain, depuis la mer jusqu'à la Brenta, presque toutes les forces italiennes, la 23e division française, le 14e corps britannique et le hardi 332e régiment américain rivalisèrent d'ardeur.
Graziani s'empara du mont Cesen ; Caviglia, de Vittorio ; lord Cavan, d'Oderzo. A son tour, la 3e armé.; italienne, dans un impétueux élan, passa le Piave.
Ces succès, attestés par un butin de guerre où se comptaient plus de 33 000 prisonniers, remplit l'Italie d'un enthousiasme que les villes et les villages délivrés rendaient toujours plus ardent, par l'écho de leurs acclamations.
Les tètes de colonnes arrivaient à la Livenza. La 6e armée battait l'ennemi devant Asiago, où pénétraient les troupes britanniques.
Poursuite inouïe! Flux irrésistible, depuis la Suisse jusqu'à la mer! Les vainqueurs sont à Rovereto. La retraite de l'ennemi étant enfin coupée, ils sont à Trente, ils débarquent à Trieste et à Lissa, ils pénètrent à Udine, ils occupent les côtes de l'Istrie et les ports de la Moyenne Adriatique, ils s'établissent à Fiume. Depuis le
24 octobre, l'ennemi leur a livré « 416 1 1 5 soldats, 10 65g officiers et 6819 canons ».
L'unité italienne est consacrée. Plus une ombre d'italia irredenta.
Le 3o octobre, l'Autriche envoyait, à Padoue, le général von Weber demander un armistice. Le général Diaz se mit, sur l'heure, en relations avec M. Orlando qui se trouvait à Paris.
Les clauses de l'armistice de Padoue, qui devait entrer en vigueur le 4 novembre, furent, au nom des Alliés, dictées à von Weber, ayant mandat des Conseils nationaux de Vienne et de Pesth. Les Tchéco-Slovaques et les Yougo-Slaves s'étaient, par avance, placés aux côtés de l'Entente.