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LA POUSSÉE TRIOMPHALE JUSQU'AU RHIN

Libération de Cambrai.

Pour enrayer la marche du vainqueur, les Allemands recouraient à toutes les intrigues, à toutes les tergiversations, à toutes les ruses. Foch, qui devinait leur ,eu, poussait à fond son offensive.

L'attaque qu'il lança, le 8 octobre 191 8, sur un front de plus de 40 kilomètres, entre Cambrai et Saint-Quentin, eut un plein succès. La bataille ainsi engagée devait, le 4 novembre, se rallumer d'elle-même entre Escaut, Sambre et Meuse, et devenir la bataille suprême de la Guerre du Droit.

Le 8, le 9 et le 10 octobre, les troupes commandées par le maréchal Douglas Haig réussirent à percer les défenses, si puissamment renforcées par l'ennemi, entre Beaurevoir et Masnières. Elles s'établirent sur les grands plateaux du Cam-

brésis, s'emparèrent de Cambrai, entrèrent au Cateau, enlevèrent plus de 200 canons et firent plus de 10 000 prisonniers.

Le maréchal Douglas Haig annonça, avec une légitime fierté, que, depuis le 21 août, les troupes britanniques avaient, d'Arras à Saint-Quentin, enfoncé le système délensif d'Hindenburg et gagné 40 kilomètres en direction de l'Est, en faisant un butin de 1 10 000 prisonniers et de 1 200 canons.

En même temps, il remerciait l'armée française du général Debeney de l'appui si efficace qu'elle lui avait prêté, au sud, entre la Somme et l'Oise.

Cette armée venait de donner l'assaut en pleine ligne Hindenburg, à travers un redoutable terrain, sillonné de tranchées, hérissé de réseaux barbelés, troué d'entonnoirs, sans cesse fouillé de balles par les mitrailleuses. Et pourtant, dès le premier jour, elle avait enlevé Lesdins, Rerrioucourt, ômissy, Harly, Fontaine- Uterte.

Le général Debeney pouvait ainsi résumer le compte rendu de ses opérations : Du 8 au 10 octobre une avance de 8 kilomètres, 2 000 prisonniers et 1 20 canons.

Chaque péripétie de cette grande bataille contenait de précieux enseignements.

D'abord elle se livrait en rase campagne. L'ennemi, constatant qu'il perdait la supériorité du nombre et de l'armement, était, çà et là, agité par l'indiscipline et emporté par la panique. Là-dessus, les meilleurs témoins, c'est-à-dire les habitants des régions, abondaient en dépositions unanimes. Cambrai, entièrement évacuée, avait été prise, le 9, sans coup lérir. A 4 heures du matin, les Canadiens de l'armée commandée par le général Horne y pénétraient par le nord et, à cinq heures, les Angl as de l'armée commandée par e général Byngy pénétraient par le sud. Plusieurs maisons brûlaient. Dans sa tuite l'ennemi y avait placé des bombes à retardement.

Un des premiers habitants qui rentrèrent à Cambrai, après la libération, fut l'archevêque, Mgr Chollet, un vail ant Lorrain d'Avocourt, ancien évêque de V erdun. Nous l'entendons toujours nous dire son émotion, en voyant les ruines de la noble ville :

« Monuments, maisons, rues, n'étaient que décombres. Je ne retrouvais plus mon chemin. Personne pour me donner une indication. Je vis passer un soldat canadi n. Que lui demander? Je ne reconnaissais pas ma ville et il ne l'avait jamais connue. Il remarqua mes yeux pleins de larmes et me salua en silence. »

L'ennemi a perdu le massif de Saint-Gobain.

On sait que, au même moment, les attaques lancées par Foch dans l'Est refoulaient également l'ennemi de chaque côté de l'Argonne.

Le 8 octobie, sur la rive orientale de la Meuse, l'armée américaine, soutenue par les troupes françaises, avançait en délivrant le bois des Caures, le bois de Haumont, le vidage de Consenvoye, le village de Brabant, tandis que l'armée de Gouraud réalisait d'importants progrès sur le front de la Suippe. L'avance française et l'avance américaine se poursuivirent le 9 et le 10, vers Grandpré, en Argonne — et sur les deux rives de la Meuse.

Toutes ces actions, si bien combinées, eurent, à partir du 11 octobre, l'effet le plus caractéristique et le plus éclatant.

La date du 1 1 octobre doit rester gravée dans les cœurs. Elle est vraiment la date du salut définitif pour tout le territoire belge et pour tout le territoire français, y compris nos provinces de l'Est occupées depuis 1870.

Au centre, les armées de Berthelot et de Mangin achevaient de libérer la région

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de Laon. Par leurs succès au nord de l'Aisne, elles avaient libéré Craonne, la Fère, les environs du camp de Sissonne. L'ennemi se retirait derrière la Serre, vers laquelle les alliés se dirigeaient par Chéry-les-Pouilly et Monceau-le-Wasf. Le général Albricci dépassait le camp de Sissonne, avec ses unités italiennes. Notie 5e armée, l'armée de Berthelot, devenue l'armée de Guillaumat par le nouveau départ de Berthelot pour la Roumanie, s'établissait sur une ligne allant du nord de le Thour à Blanzy.

C'est sur cet endroit de notre avance que certains grands journaux allemands, pour décider le gouvernement de Berlin à agir vite, insistaient le plus. Ils sentaient à quel point une retraite ainsi imposée, fragmentée et sanglante, démoralisait les troupes. Le Haut Commandement allemand avait juré de ne jamais abandonner le

CANON QUI BOMBARDAIT ni'NKFPQME.

v Section photographique de l'Armée.)

massif de Saint-Gobain, enveloppé par l'Oise, par la forêt de Saint-Gobain, par îe plateau de la Malmaison, par le Chemin des Dames, par les pentes du plateau de Craonne, par l'Aisne : position formidable que ce Haut Commandement fortifiait sans cesse depuis cinquante mois et qu'il appelait « son grand bastion en terre française ». Les Alliés menaçaient de trop près ses communications vers Rethel et vers Guise. « Le grand bastion français » lut abandonné.

De son côté, le Kronprinz, à qui Gouraud avait arraché le plateau de Montcheutin et les abords de Grandpré, s'était retiré derrière la Retourne. Le 1 1 octobre, Gouraud était arrivé sur la route de Vouziers à Rethel, et, le i 2, la 120e division, commandée par le général Mordacq, était entrée dans les ruines de Vouziers. L'infortunée ville, tant de fois prise pour objectif parce qu'elle formait le principal nœud de communications entre la Meuse et la Champagne, était libérée enfin, avec toute la boucle de l'Aisne.

Cette libération de Vouziers et la défaite complète de l'armée de von Einem avaient, pour la première fois, permis à Reims, la grande Martyre, de respirer librement.

. g I914. LA GUERRE DU DROIT.

Attaque du plateau de Thielt.

«Toujours plus avant et toujours plus vite, jusqu'au Rhin ! » Ce mot d'ordre de Foch s'exécutait partout. Le champ s'ouvrait devant notre cavalerie, heureuse de voir ses entraves brisées.

Dans les Flandres, le 14 octobre, le groupe des armées belges et françaises que commandait le roi Albert, guidé par le général Dégoutte, recommença son offensive avec une énergie nouvelle.

Rappelons que le plan général était le refoulement de l'ennemi, au delà de la Lys et de l'Escaut, en trois étapes: i° Thourout-Roulers-Menin; 20 Bruges-Thielt- Courtrai ; 3° région de Gand et frontière hollandaise.

Le i3 octobre, le général Dégoutte, dont l'armée était devenue autonome, lança cet appel: « Soldats de l'armée des Flandres, après tant d'héroïsme, la France vous demande un nouvel effort. Il ne s'agit pas seulement de libérer du joug allemand une nouvelle partie du territoire de la noble Belgique. Si vous enlevez le plateau de Thielt, si vous ouvrez les portes aux vingt mille chevaux de nos divisions de cavalerie, vous iorcerez l'ennemi, au sud, à se replier sur l'Escaut et même au delà. Votre avance victorieuse aura chassé l'Allemand des départements du Nord dont nos compatriotes et nos parents subissent depuis quatre ans l'esclavage. L'aurore de la victoire définitive embrase l'horizon. »

Mais à l'horizon apparaissait, comme une barrière, le plateau de Thielt.

— La route du Rhin passe par ce plateau, disait le roi des Belges.

— Oui, Sire, répondait Dégoutte. D'ailleurs, aujourd'hui, c'est au Rhin que toutes les routes nous mènent.

La parole du bon chef eut son écho dans tous les cœurs. L'obstacle allait être surmonté. Aussi bien, tout était prêt. Le maréchal Foch connaissait les difficultés inouïes qu'avait rencontrées l'armée des Flandres : plaines transformées en marécages, routes transformées en fondrières, voies terrées entiirement détruites; ravitaillements à peu près impossibles. Il venait d'envoyer au général Dégoutte des renforts et des armes nouvelles : trois divisions du 3oe corps, un bataillon d'artillerie d'assaut, un groupe de trente chars Saint-Chamond. Notre 3oe corps avait relevé les divisions belges trop iatiguées. Les sapeurs, français, britanniques et belges, réparaient des routes, des voies ferrées, construisaient des abris, des garages, et même établissaient, avec des madriers assemblés, des pistes de plusieurs kilomètres.

Le général von Arnim, qui commandait les forces ennemies, avait d'abord reçu un ordre de retraite générale. Mais, pour l'exécuter, le temps lui avait manqué: il cherchait donc à improviser un repli par échelons. Pour soutenir le choc, il mit en ligne huit divisions et appela, en toute hâte, les sept divisions de réserve dont il disposait.

Chaque jour, il procédait à des reconnaissances ; chaque nuit, à des tirs de contre-préparation.

Le signal de l'attaque fut donné par le général Dégoutte, le lundi, 14 octobre, à 5 heures 35 minutes. Pas de préparation d'artillerie. Ce furent nos avions qui, par des bombardements de barrage, préparèrent l'attaque.

Le soleil se leva dans un ciel assez pur. Secours imprévu des éléments: depuis près de trois jours, la pluie était tombée sans interruption !

Au centre de l'attaque, l'armée Dégoutte, lançait, en première ligne, quatre divisions: la 5e et la 41e du 7e corps, commandé par le général Massenet ; la 70e et la

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77e du 34e corps, commandé par le général Nudant. Elle avait l'ordre d'avancer, entre Roulers et Nichtervelde, vers le plateau de Thielt.

Au nord, trois divisions belges, commandées par le général Biebuyck, avaient l'ordre d'avancer vers Thourout.

Au sud, trois divisions belges, commandées par le général Michel, avaient l'ordre d'avancer vers Courtrai. Plus au sud, la 2e armée britannique, commandée par le général Plumer, avait l'ordre de marcher vers la Lys.

Derrière les unités de première ligne, le corps de cavalerie français et une division de cavalerie belge attendaient l'instant de se précipiter à la poursuite de l'ennemi.

Enfin, trois divisions françaises, que Foch avait placées sous les ordres directs

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