GÉNÉRAL BUAT
(Photo H. Manuel.)
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devait avoir raison. En vain, lai montrait-on à quel point le principe d'autorité1 était ébranlé. Un jour vint où la défaite lui ouvrit les yeux. Ce jour là, il perdit la lèie Alors, de toutes parts, tout ajouta à son. égarement. L'immense et incomparable machine d'espionnage qu'il avait fait fonctionner dans l'univers entier, pays alliés, pays neutres, pays ennemis, se retournait contre lui brusquement, l'aflolaitet l'écrasait.
On l'a vu s'adresser, avec une insistance fébrile, au nouveau chancelier, le prince Max de Bade, choisi par le Reichstag (révolution monstrueuse aux yeux du
Haut Commandement), pour le supplier d'envoyer d'urgence une note au président Wilson. Il expédiait coup sur coup des lettres, des messages télégraphiques, des messages téléphoniques.
« A tout prix il faut que la note parte tout de suite. — Mais le gouvernement n'est pas encore constitué. — Qu'importe ! La note doit partir cette nuit même. »
Et il prononçait même ces irréparables paroles d'angoisse :
« Notre front tient encore aujourd'hui.
Mais on ne peut prévoir ce qui arrivera demain. »
Comme le nouveau chancelier paraissait incrédule, le Premier Quartier-Maître général répéta :
« L'armée ne peut plus attendre quarantehuit heures. »
Pour hâter l'envoi de la note au président Wilson, il allait jusqu'à dire :
« Je constitue une Commission d'armistice. M. le président Wilson fixera, dans sa réponse, le point du front où cette Commission pourra rencontrer les commissaires des Alliés. »
Enfin, dans un dernier coup de téléphone, pour que le président des États-Unis fût plus tôt en possession de la note, il s'écria : « Donnons à la Suisse, qui représente les intérêts allemands en Amérique, l'usage du poste de télégraphie sans fil de Nauen. »
Or, le lendemain même, cette agitation désespérée avait fait place à une agitation d'essence fort différente. Ludendorff exigeait qu'on lui soumît le texte exact delà note au président et il déclarait formellement :
— « Il faut que je prenne position à cet égard, car, si j'adopte les quatorze points de Wilson, c'est sous réserre qu'ils ne seront pas considérés comme des conditions imposées par l'ennemi. »
Que voulait-il dire ? Souhaitait-il que les quatorze points fussent présentés sous le voile du camouflage? S'im iginait-il que l'on pourrait, à force de mensonges, faire passer M. le président Wilson pour un neutre ? Tout cela était à la fois incohérent «t incompréhensible. Aussi, le représentant du ministère des Affaires étrangères au Grand Quartier Général écrivit-il à Berlin : « J'ai l'impression qu'on a perdu ici tout sang-froid. »
Le nouveau chancelier envoya au Grand Quartier Général un questionnaire sur
GENERAL DZGOLTTE.
iPholo H. Manuel.)
! 9 ' 4- LA. GUERRE DU t> Ru I T. I0Q»
la situation militaire. A ce texte, il ajoutait l'indication des principales conséquences probables de la demande qui allait être adressée au président Wilson : « les colonies, l'Alsace- Lorraine et les provinces polonaises de la Prusse, perdues ». Il reçut alors le télégramme suivant, signé Hindenburg et daté du 3 octobre : « Je m'en tiens à mon offre de paix immédiate. » Sans retard, il fit partir la note pour l'Amérique. Néanmoins il insista, auprès du Grand Quartier Général, pour avoir une réponse au quesiionnaire. De ce que pouvait encore valoir l'armée, dépendait l'étendue des sacrifices auxquels devait consentir le gouvernement de Berlin. Mais ce n'était plus uniquement à Ludendorff qu'il s'adressait pour être éclairé. Il demandait l'opinion des chefs de l'armée les plus compétents.
« Suspicion indigne ! Injurepersonnelle ! » Ludendorff indigné voulut répondre lui-même aux questions posées, dans une séance ministérielle du g octobre. De là ce dialogue: — L'armée peut-elle tenir longtemps, en défendant le terrain pied à pied, jusqu'à la frontière allemande? — Oui. Cependant les Alliés peuvtnt, à tout moment, percer les lignes — Peut-on s'établir tt s'organiser fortement sur un front plus court ? — Oui. Cependant, il est à craindre que ce répit ne soit pas accordé. — Que doit-on attendre de la levée en masse ?
Cette dernière question visait le projet suprême de Ludendoifî.
— Plus rien maintenant. — Que faire, alors î — Trouver un moyen de ressusciter l'élan national.
Quelques jours après, le projet de réponse à la première note du président Wilson fut soumis à Ludendorff. Il ergota sur différentes phrases ; exigea des délais pour l'évacuation de la Belgique et de la France ; refusa de céder quoi que ce fut dans l'Est, excepté la Roumanie.
Le gouvernement de Berlin, qui ne pouvait plus attendre, demanda : « Oui ou non, acceptez-vous en principe l'évacuation? » A quoi Hindenburg repondit « Moi et le général Ludendorff, nous donnons notre approbation. »
Le 14 octobre, seconde note du président Wilson. « L'évacuation devra èire réglée par des experts militaires. Des garanties seront exigées par les Alliés, pour que la guerre ne puisse plus recommencer. L'Allemagne devra se débarrasser de tout pouvoir capable de troubler, par lui seul et secrètement, la paix du monde. »
Le gouvernement de Berlin, au moment où lui arrivait cette note, apprenait, d'autre part, que les conditions des Alliés seraient tout au moins « l'occupation de Metz et de plusieurs têtes de pont sur le Rhin ».
N'impone quelle solution différente était-elle possible? Au Parlement et même au ministère, on réclama violemment « la comparution d'autres généraux ». Scheidemann déclara : « Ce n'est pas d'hier que les centres ouvriers n'ont plus confiance en Ludendorff. »
Alors, Ludendorff, une fois de plus, menaça de donner sa démission et assura que le maréchal Hindenburg ferait de même.
Ludendorff remplacé par Grœner.
L'idée d'une telle crise dans le Haut Commandement fit reculer le chancelier.
Au Conseil des Ministres qui se' tint le 17 octobre, des questions plus précises furent posées à Ludendorff : « La situation militaire de l'Ouest peut-elle être rétablie, en faisant appel aux forces demeurées dans l'Est et à tous les renforts de l'intérieur ? » Après mainte léponse évasive, Ludendorff se confina dans sa conclusion :
«Un seul moyen de salut: remonter le moral du peuple». Par quel moyen cette résurrection pouvait-elle être opérée? Ludendorft ne le disait pas.
Après l'effondrement de l'Autriche-Hongrie, il continua à tergiverser. Il conseillait de parler ierme au président Wilson. Mais les ministres savaient bien que, seuls, les journaux payés par le Grand Quartier Général approuvaient un tel conseil. Le peuple allemand se disait: «Plutôt la fin avec la désolation que la désolation sans la fin.»
Le 23 octobre, arriva la troisième note de M. Wilson. Le président acceptait de traiter de l'armistice. Dans sa loyauté, il appelait l'attention de l'Allemagne sur la sévérité de certaines conditions : « L'Allemagne allait être réduite à l'impossibilité de reprendre les aimes ; l'abdication de l'Empereur et celle du Kronprinz devenaient des nécessités. » — « Propositions déshonorantes ! Nous devons les rejeter sans discussion», s'écria Ludendorft. Mais il n'indiquait rien qui put faire espérer une meilleure situation militaire.
Le représentant du ministre des Affaires étrangères au Grand Quartier Général écrivit à Berlin: «Ne pas ajouter loi aux promesses du général Ludendorft. La situation est aussi désespérée qu'il y a trois semaines.»
Alors, Ludendorff envoya, directement, aux grands journaux d'Allemagne des télégrammes où il affirmait, contre toute vérité, que «Hindenburg n'avait pas exigé l'offre de paix immédiate», et où il déclarait inacceptables les conditions de M. Wilson. En même temps, les commandants des régions militaires recevaient de lui des dépêches analogues, avec ordre de les communiquer aux journaux de leur province. Enfin, le 24, un peu avant minuit, il adressait aux troupes un ordre, signé Hindenburg, où il répétait: «La Direction de la Guerre n'a pas la première demandé la paix; ceux qui le prétendent, en ont menti.» Cet ordre se terminait ainsi : «Ce que Wilson exige, c'est que l'Allemagne se soumette sans condition et qu'elle capitule militairement. Nous ne pouvons accepter. L'ennemi qui a déchaîné la guerre en 1914 veut nous anéantir. Les mots «paix de conciliation», qu'il a à la bouche, ne sont faits que pour nous abuser et avoir raison de notre résistance. Poursuivons cette résistance jusqu'à la dernière limite de nos forces, jusqu'à la mort! Quand notre adversaire verra que, malgré tous ses sactifices, il ne peut pas rompre notre front, il se résoudra à la paix, et cette paix assurera l'avenir de l'Allemagne, c'est-à-dire l'avenir de toutes les classes de notre nation.»
Dès que le gouvernement eut connaissance de cet ordre, il le fit retirer en toute hâte. Mais, beaucoup de régiments en avaient été touchés. Le Reichstag, indigné, pesa de tout son poids sur le gouvernement, qui, pour en finir avec un tel conflit, obtint de l'Empereur le départ de Ludendorff. Le 26, ce vaincu quitta le Grand Quartier Général où il fut remplacé par le général Grœner.
Divers grands journaux allemands n'avaient plus hésité à annoncer (25 octobre 1918): «L'Entente, par un énorme effort, a obtenu des succès considérables au centre, entre l'Escaut et la Sambre. »
Quand ces journaux parvinrent à Ludendorff, il venait de quitter le poste de Premier Quartier-Maître Général. Son successeur fit signer par Hindenburg ce nouvel ordre aux troupes: «Soldats allemands, pesez vos mots! On a entendu le mot d'armistice courir dans vos tranchées. Beaucoup d'entre vous semblent considérer leur tâche comme terminée. Gardez-vous de vous relâcher de vos devoirs.» Ainsi le langage du Grand Quartier Général restait incohérent et incompréhensible jusqu'à la fin.
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Désastre allemand entre l'Oise et la Sambre.
Le maréchal Foch, dès le 10 octobre, avait donné les indications les plus claires et les plus logiques :
i° Le groupe d'armées des Flandres poussera droit devant lui en Belgique. 2° L'armée britannique débouchera sur le front Solesmes-Wassigny et poussera vers l'est, en faisant sentir son action, à la fois, sur Mons et sur Avesnes; en liaison avec elle, la ire armée l'étaiera en remontant l'Oise. 3° Les armées francoaméricaines, entre l'Aisne et la Meuse, s'avanceront dans la direction du nord.
Ces trois attaques convergeaient. Le résultat final, que voulait en obtenir le grand chef, était le refoulement complet et définitif de l'ennemi vers le massif forestier des Ardennes où, la circulation étant impossible, les armées modernes, nous ne le savions que trop, ne peuvent pas tenir.
En de nouvelles indications, non moins lumineuses et pratiques, le maréchal Foch rappelait que les troupes, lancées ainsi en avant, ne devaient connaître qu'une direction d'attaque. « En réalité, écrivait Foch, elles opèrent non pas sur des lignes indiquées a priori d'après le terrain, mais bien contre un ennemi qu'elles ne lâcheront plus une fois qu'elles l'auront saisi. »
Pendant que Foch indiquait si nettement les objectifs, Pétain, d'accord avec Foch, organisait méthodiquement la poursuite et en réglait l'allure. 11 répétait aux commandants des armées : « Dès que la poursuite commence, la vitesse devient le facteur principal du succès. L'idée de direction doit primer toute autre notion dans l'esprit du chef. L'ennemi étant saisi, il ne faut pas lâcher prise. A ce moment, chaque unité n'a plus à connaître que la direction d'exploitation qui lui est assignée et sur laquelle il importe de pousser hardiment. »
Dans tous ces ordres de Foch et de Pétain, passe un pur reflet de la pensée napoléonienne, cette pensée que le Haut Commandement allemand avait prétendu s'annexer en 1870.
Le 14 octobre 19 18, un des replis les mieux dirigés par Ludendorff avait ramené les armées allemandes vers une nouvelle ligne entre l'Oise et l'Aisne.
Les points principaux de cette nouvelle ligne étaient le plateau de Renansart, les positions qui protégeaient la Serre, les marais de la Souche et la Hunding Stellung, que le général Guillaumat appelait: une longue et puissante fortification formant éperon, sur l'Aisne, jusqu'à Blanzy.
Le général Debeney, dont la gauche progressait sur le canal de la Sambre à l'Oise, en liaison avec les Britanniques, reçut l'ordre de faire manœuvrer son aile droite vers le plateau de Renansart.
Le général Mangin reçut l'ordre de retenir, par des attaques continuelles, le plus possible des forces ennemies.
Le général Guillaumat reçut l'ordre d'enlever la Hunding Stellung, vers la région du Porcien.
Le 16 octobre au soir, l'armée de Guillaumat s'était déjà em arée de Liesse. Le 18 au matin, elle s'empara d'Anguilcourt.
A ce moment, l'armée Debeney parvenait au canal de la Sambre à l'Oise.
Le 19 au matin, l'armée de Mangin donna l'assaut à la Hunding par le sud. Elle enleva Verneuil, Fay-le-Sec, Missy.
De son côté, l'armée de Guillaumat gagnait la route de Sissonneà la Selve el
s'établissait à Bethancourt. Elle put alors donner l'assaut à la Hunding et sYmparer Je la hauteur si redoutable, au nord de Saint-Germainmont
Le 22, l'arrrée de Mangin enlevait Cha'andry et Grandlup'. Le feu continuel des nombreuses mitrailleuses allemandes l'empêcha de passer la Serre et la Souche. Mais le surlendemain, elle réussit à avancer entre Froidmont et Pierrepont. Le 24, elle passa la Serre entre Crécy et Mortiers, passa la Souche entre Vesles et Pierrepont, puis, par un superbe effort, pendant la nuit du 25 au 26, en'eva Moniers.
Le 25 au soir, l'armée de Guillaumat avait remporté un succès éclatant. Soutenue par les chars d'assaut, el e gagnait un terrain de 7 kilomètres de long et de 3 kilomètres de lai ge, dans les positions ennemies les plus formidablement orga nisées depuis Banogne-Recouvrance jusqu'au moulin de Herpy : là, elle capturait
600 mitrailleuses. 12.
canons, 2 700 hommes.
Dès lors, nous pouvions attaquer de flanc et à revers, au nord de l'Aisne et de Rethel, les défenses du Prrcien qui barraient larou te à l'armée de Gouraud.
L'ennemi vit quel danger nouveau le menaçait. Le 26, il tena une opération assez habile pour se dégager. Mais nos récents avantages le dominaient et le serraient
SA.INT-GOBWN.
(Photo Mcurisse.)
trop.
D'ailleurs, l'armée D beney s'é ait remise en marche, r.vec ses meilleurs chars d'assaut. Elle enleva, le 26 et le 27, Pleine-Selve, Parpeville, Chevresis-les-Dames, Mont-d'Origny, Origny-Sainte-Benoite, Courjumelles, Chevresis-Monceau. Ces quatre dernières positions furent emportées dans des combats nocturnes.
Au matin, Debeney passa le Féron, en liaison avec Mangin qui passait la Serre près d'Assis.
Désastre pour l'ennemi! Désastre singulièrement caractéristique. Depuis le commencement de la guerre, il avait toujours tenu, enfoncée en pleine France, une énorme pointe qui visait Paris. C'est sur Noyon qu'avait le plus longtemps porté cette pointe. « Les Allemands sont à Noyon », répétait Clemenceau à ceux qui s'endormaient dans la guerre. Cette pointe avait porté ensuite sur Montdidier, sur Saint- Gobain, sur Craonne. En dernier lieu, très ébréchée et très émoussée, elle portait. sur .Marie. Restait à la briser là, pour couronner la délivrance du pays.
Pendant la journée du 27 octobre, le front de l'ennemi s'était replié sur un espace de près de 28 kilomètres. L'armée Guillaumat s'acharnait à la poursuite. Dans la région de Guise, elle enlevait Boheries, Proix, Macquigny, le bois de Bertaignemont, et s'établissait, sur des hauteurs, à Landifay, à Monceau-le-Neuf, à Montigny-sur-Crécy. Au même moment, l'armée de Mangin, par une même avance rapide, pénétrait à Crécy- sur-Serre.
Pour nos armées, la victoiie de l'une semblait un signal à la victoie de l'autre,
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