CANON DE 280 PRIS AUX ALLEMANDS PAR LA 4" ARMÉE BRITANNIQUE
(photo Meurisse.)
Pommereuil, Forest, Romeries, la ferme Gimbremont, près de Catillon, à dix kilomètres à l'est du Cateau.
Bientôt, une attaque, habilement soutenue par les tanks, les rendit maîtres de Beaurain. Dans la matinée ils passèrent la Harpies et entrèrent à Vertain. Dans l'après-midi, ils prirent Bousies et Vendegies ; dans la soirée, Neuville, Salesches, Biudignies, et, enfin, passèrent l'Ecaillon.
Le 24 au point du jour, l'assaut fut largement donné à tous les passages fortifiés de l'Ecaillon et aux positions qui défendaient la Sambre. Ors était pris. La forêt de Mormal était abordée à Poix-du-Nord et à Robersart.
Après de nouveaux succès à Ruesnes et à Monchaux, les trois armées britanniques de Rawlinson, de Byng et de Horne dénombraient plus de 10000 prisonniers. Les jours suivants, leur avance continua par Sepmeries, le Mont-Carmel, Englefontaine.
L'armée Debeney, peniant la nuit du 27 au 28, s'avançait vers Guise. Elle en occupa les premières maisons, l'hôpital provisoire et la gare,
IOSS ÏÇM1 — LA GUERRE DU DROIT.
Au nord de la Sambre, les Britanniques avaient à refouler de très fortes contreattaques, particulièrement à Artres et à Englefontaine. L'objectif des Alliés était la Rhonelle. Quant à l'ennemi, à l'abri de sa Hermànn Stellwia;, il travaillait à sauver le plus possible de ses approvisionnements et de son matériel.
Le Ier novembre, àbheuies du matin, l'offensive rebondissait. Foch avait prononcé un seul mot: Valenciennes.
Les armées de Horne et de Byng enlevèrent les passages de la Rhonelle, prirent d'assaut Maresches et Aulnoy, combattirent jusque dans la nuit en direction du chemin de fer de Valenciennes à Bavai.
Le lendemain, 2 novembre, les Britanniques occupaient les crêtes au sud-est de Valenciennes et de Preseau. Au même moment, les Canadiens, commandés par le général Currie, s'élançaient à travers Valenciennes, Marly et Saint-Saulve.
Du coup, l'ennemi lâcha pied. Les Britanniques pénétraient à Villers-Pol, h Curgies, puis à Onnaing, entre Valenciennes et Blanc-Misseron, dernière station française sur la ligne de Bruxelles.
En entrant à Valenciennes, ils avaient poussé un cri de colère et d'indignation devant les dévastations systématiques des admirables usines et de la gare. En entrant au Cateau, ville en partie ruinée, ils découvrirent, sous l'hôtel de ville, une masse de cordite qui n'avait pas explosé. L'ennemi, en abandonnant le Cateau, dont le nom marque une de ses plus cruelles défaites, avait voulu détruire ce vieil hôtel de ville, véritable bijou de la Renaissance, avec beffroi et carillon, qui est l'àma exquise de la vaillante cité industrielle. «
Où en est le haut commandement allemand.
Chaque jour, en France, débarquaient près de i3ooo Américains. Us nous assuraient ce qui est particulièrement indispensable à la fin d'une guerre: des réserves.
Chaque jour, notre matériel de guerre s'enrichissait d'avions, de canons, d'obus, de chars d'assaut plus rapides et plus résistants. Ces chars d'assaut et ces avions, mis en œuvre toujours plus habilement, supprimaient les longues prépatations d'attaque.
Au contraire, chaque jour, le matériel allemand s'amoindrissait de toutes les façons. Sur les 21000 bouches à feu que Ludendorft possédait en juillet 1918, près de 7000 lui avaient été enlevées. Les munitions commençaient à lui faire défaut. 11 était foi ce de rappeler, dans ses ordres, «la nécessité de diminuer et même de supprimer les tirs de barrage».
Son «matériel humain» n'avait pas moins souffert. Depuis juillet 191S, il avait eu 600000 hommes hors de combat. Sur ses 5o divisions en réserve, plus une seule de fraîche! Chacune de ses divisions qui, l'année précédente, comptait 67S0 fusils, n'en comptait plus qu'un millier. Et c'était toujours les plus suies de ses divisions qu'il envoyait sur la brèche. Il les sacrifiait ainsi parce qu'il craignait trop que de moins sûres, par leur défaillance, ne donnassent le signal de la débâcle. Mais elles-mêmes, en voyant revenir sans cesse leur tour de combat, se démoralisaient et devenaient aussi peu sûres que les aunes. Beaucoup de soldats permissionnaires refusaient de rentrer dans la bagarre. Presque tous les soldats venus du front oriental offraient les pires exemples de démoralisation et d'indiscipline. Les officiers eux-mêmes arrivaient presque tous à un degré de tension neiveuse qui, Ludendoiiï le sentait, «ne pouvait pas se prolonger».
Refusant encore de s'avouer personnellement vaincu, le Premier Quartier-
Maître général revenait obstinément à sa fameuse proposition de la levée en masse. « Appelons la nation aux armes », répétait-il. Et, dans cette terrible crise, Hindenburg, qui, en somme, était sa créature, l'appuyait avec fidélité, sinon avec confiance.
Le 20 octobre, au matin, Guillaume II lui fit connaitie sa décision souveraine. « Le projet de la levée en masse n'est pas seulement dangereux, mais inexécutable : je le repousse absolument. »
A quoi Ludendorff répliqua parla menace de sa démission. En même temps, il murmurait à Hindenburg :
« L'Empereur nous fait connaître son avis. Eh bien! mon avi?, à moi, c'est que dans quinze jours, nous n'aurons plus d'Empereur. »
A propos de cette suprême proposition, le général Buat, le distingué collaborateur du maréchal Pétain, en nous parlant de Ludendorff, avec un constant souci d'impartialité, faisait cette pénétrante remarque : « Ludendorff ne pouvait pas admettre la disparition de la foi dans le peuple allemand. 11 croyait cette foi seulement en sommeil, toujours prête à se réveiller avec exaltation quand résonnerait la voix divine. Pour Ludendorff, ceux qui avaient charge de faire entendre la voix divine trahissaient leur devoir le plus saint. Lui continuait à agir comme si ceux-là accomplissaient entièrement leur tâche. Au fond, il gardait l'espérance d'être entendu quand même. Le peuple, qui ne le comprenait plus, lui obéit, parce qu'il était le maître, jusqu'au jour où ce peuple, sentant que ses prêtres le trompaient et que l'abîme était proche, se révolta. Cependant, la foi d'un Lucendorff reste illimitée. Toujours il comptera sur le temps pour faire violence à la réalité. Sa conviction profonde est que l'Allemagne se ressaisira et qu'elle ne permettra jamais à des Polonais ou à des Lithuaniens de faire reculer la culture germanique. « Jamais d'ailleurs, se dit un Ludendorff, le peuple allemand ne voudra abandonner son armée qui, pendant quatre ans, a tenu tête au monde entier. Ce serait pour ce peuple un suicide. »
Après l'évacuation de Lille et de Douai, Ludendorff avait ordonné à ses 6* et 17e armées de tenir bon sur le front Avelghem, Tournai, Valenciennes. Depuis le 20, elles y étaient vigoureusement attaquées. Tournées par le nord, elles se replièrent vers la nouvelle ligne Anvers-Meu^e. Pour expliquer ce recul, Ludendoi ff atnrma que les habitants du pays « recommençaient à prendre part aux actions des troupes régulières ». Explication d'une absurdité misérable. En admettant même l'affirmation dénuée de toute preuve, qu'est-ce que de pauvres fusils, maniés ça et là par des civils, auraient ajouté à l'irrésistible poussée de nos armées victorieuses ?
En vérité, jusqu'à ce moment de la Guerre du Droit, Ludendorff n'avait voulu écouter aucun avis. Tout le monde avait tort, sauf lui. Certes, il constatait, comme tout le monde, la démoralisation croissante de l'armée et les progrès de la propagande bolcheviste, sur le front comme à l'intérieur, mais il refusait d'y apercevoir un péril mortel. C'étaient, suivant lui, de simples accidents dont une direction ferme