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LE BOIS DES CHAMBRETTES

(Photo " l'Illustration ".)

la cote 378 en moins de 45 minutes, parvenions jusqu'à la ferme des Chambrettes. Vers l'est, nous prenions en partie le bois de la Vauche, le bois d'Hardaumont, l'ouvrage d'Hardaumont. L'ennemi avait reçu l'ordre de résister jusqu'au bout. Certains officiers allemands essayèrent en vain de remplacer leurs mitrailleurs tués.

Trois jours plus tard, nous nous emparions du village de Bezonvaux, en faisant 600 prisonniers.

La ferme des Chambrettes, prise par nous le i5, avait dû être évacuée le même jour. Elle avait une réelle importance, parce qu'elle permettait d'observer non seulement le bois des Caurières et le bois du Chaufour, mais Douaumont. Le régiment de zouaves qui l'avait prise et perdue, voulut la reprendre définitivement. Au lieutenant-colonel Richaud qui le commandait, le colonel Priou disait : « Vos hommes sont horriblement fatigués. Je vais vous faire envoyer des troupes fraîches. — Non pas, s'il vous plaît. Nous suffirons à la besogne.— Prenez garde, Richaud. L'affaire

7g6 | Q l 4. — LA GUHRRË DO DROIT.

est grave. Refléchissez encore. Vous avez cinq minutes. — Je n'ai pas besoin d'une seconde. Un régiment à fourragère ne se déshonore pas. Nous donnerons l'assaut à quinze heures tapant. » En vérité, les hommes étaient brisés de fatigue. La boue qui les couvrait, delà tète aux pieds, leur donnait une mine de déterrés en rupture de tombeau. Le commandant Pouzergue, qui marchait à dix pas devant eux, leur cria gaiement : « Allons donc! En avant, tas d'éclopés! » Les éclopés éclatèrent de rire et donnèrent l'assaut. Quelques-uns d'entre eux s'appuyaient sur deux fusils en guise de béquilles, mais avaient au dos un troisième fusil, le bon ! La ferme des Chambrettes fut enlevée.

Aux pages de pure épopée se mêlent, suivant la tradition française, des traits héroï-comiques.

Voici un sergent du 4e zouaves qui revient avec un butin qu'il a fait à lui seul :

il l'évalue à deux cent douze pièces, qu'il classeainsi: deuxeents soldats, six officiers, six mitrailleuses. Voilà un colonel allemand qui, surpris dans son abri « comme la pie au nid », sort en tenant, d'une main, sa culotte insuffisamment bouclée ; del'autre, ses molletières, et répète à tue-tête ce mot qu'il croit un talisman :

« Chef de corps ! Chef de corps!» Voilà un commandant prussien qui dit, à un de nos capitaines en lui remettantsesarmes:« Vos ho m mes sont les pi us beaux soldats que j'aie vus de ma vie (Mein Leben tang) ». Et le capitaine de répondre, avec toute la correction possible : « Das glaub' ich leicht (Je le crois aisément) ». Le lieutenant-colonel du 4e régiment de zouaves nous décrit ainsi les premiers Allemands courant vers son poste pour se rendre : « Bras en l'air, bouche bée, yeux hagards! Un peu de calme leur revenait, quand ils apercevaient des visages blancs. Ils avaient été affolés par l'apparition des noirs. A nos bons noirs, ils tendaient leurs cigarettes, leur pipe, leur montre. D'un mot, j'ai fait cesser ce manège. Bien que très occupé par mon commandement, j'ai trouvé une minute pour interroger un chef de bataillon. Ce hobereau prussien, effondré sur un banc, suait à grosses gouttes. « Debout devant le lieu- « tenant-colonel ! » crièrent nos hommes. Il se leva en sursaut, demanda pardon et salua d'abord le lieutenant-colonel, puis tous les officiers, puis tous les soldats qui lui riaient au nez. Il soupirait: « Quelle guerre! » Pendant ce temps, deux médecins et un capitaine prussiens s'inclinaient très bas devant un de nos adjudants, et lui offraient leurs porte-cigares ornés de la croix de fer. Un autre officier, à qui revenait, avec la certitude d'avoir la vie sauve, un peu de l'impudence germanique, se plaignit d'être mal logé. Le général Mangin à qui ces doléances furent rapportées, répondit: «Que ces Messieurs veuillent bien m'excuserf Certainement, je les attendais. Mais, sur l'honneur, je ne les attendais pas si nombreux.»

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