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AUX ABORDS DU FORT DE VAUX

( Photo " l'Illustration ".)

franchi le fossé du fort et mis le pied sur la tourelle de l'Est. En même temps, à droite de la division Guyot de Salins, le caporal Barranger, du bataillon d'infanterie coloniale, sous les ordres du commandant Croll, entrait aussi dans le loi t.

Une escadrille, dont le chef était le lieutenant René Doumer, avait inauguré une méthode spéciale de combats d'aéroplanes contre l'infanterie. Elle volait à cinquante mètres à peine destroupes ennemies que ses mitrailleuses de bord criblaient de balles.

Avec le fort de Douaumont tombaient entre nos mains le village de Douaumont, le bois de la Caillette, le bois de Vaux-Chapitre, le bois du Chênois, la batterie de Damloup. Dès 14 heures 3o, la ligne ennemie était crevée sur une profondeur qui, au centre, atteignait trois kilomètres. Nous avions, entre nos mains, plus de 6 000 prisonniers dont 1 38 officiers, et un immense matériel de guerre : 144 mitrailleuses, 5i canons de tranchées, 1 1 canons de campagne, 5 canons de gros calibre.

Notre ami le général Ancelin, qui commandait une brigade opérant sur la gauche, avait été mortellement atteint par un éclat d'obus, au moment où il dictait un rapport commençant ainsi : « L'enthousiasme des hommes est émouvant. » Simplicité de forme, mille fois plus riche que toutes les somptuosités oratoires! Qui pourrait relire ces mots si discrets, sans avoir une larme au bord de ses paupières? Ancelin est tombé, souriant à ses hommes et tout enveloppé par la victoire.

Le soir de ce beau jour devait être assez froid. La boue est plus pénétrante que la neige. Un officier qui regardait des chasseurs blottis les uns contre les autres, leur cria : « Il fait froid, les petits. — Un peu tout de même, mon lieutenant. Mais de penser qu'on a repris Douaumont, cela réchauffe. »

Vu de toutes parts, voyant de toutes parts, Douaumont semble un miraculeux belvédère. Désormais, nos regards plongeaient dans les lignes ennemies.

Le général Nivelle félicita dignement nos hommes : « En quelques heures d'assaut, vous avez enlevé à votre puissant ennemi ce qu'il avait mis huit mois à arracher, lambeau par lambeau. »

I Q I 4 . — LA GUERRE DU DROIT. 7y3

Le lendemain, nos hommes reçurent leur courrier. L'un d'eux, aux cheveux grisonnants, avait devant lui une enveloppe et un paquet. Avec un évident délice, il savourait la moindre ligne de la lettre et la moindre bouchée du colis. « C'est de ma femme », nous dit-il. Nous l'avions deviné. Il ajouta. « Elle me donne des nouvelles du petit. Lisez. » Nous lûmes : « André est arrivé dans la Somme. 11 m'écrit que tout va bien là-bas, quoique ce soit assez dur. Je lui envoie naturellement un paquet, tout pareil au tien. »

Dans une batterie, au milieu du bombardement, nos hommes se rangèrent en carré. Les pièces furent pointées sur les positions ennemies. Un commandant entra dans le carré, sabre au clair: « Garde à vous ! Batteries, ouvrez le ban ! » Quadruple détonation! Quadruple bouquet de flammes! Là-dessus, le commandant lut d'une voix vibrante de glorieuses citations. Un lieutenant et un canonnier s'avancèrent pour recevoir la croix de guerre. Le commandant les embrassa : « Batteries, fermez le ban. » Les pièces obéirent. Le cœur des hommes débordait.

Cette bataille, gagnée par le général Mangin, devait être le premier grand i etour offensif des Français, dans la seconde partie de la guerre. La bataille du Kronprinz était Unie.

Restait à prendre le fort de Vaux. Le général von Hindcnburg, au nom de l'armée allemande, avait affirmé dans une retentissante interview: « L'armée allemande ne reculera pas d'une semelle. » Tous les prisonniers allemands disaient : « Vous avez pris Douaumont. Vous ne prendrez pas Vaux. » Nous prîmes Vaux

Ce fort permettait à l'ennemi d'agir à sa guise dans les ravins de Fumin, des

LES ABORDS DU FORT DE VAUX APRÈS LE COMBAT. (Photo Tlllusiration".)

Fontaines, de la Gayette; de plonger ses regards dans Tavannes et dans Souville; de se couviir du côté de la Woëvre.

Devant Vaux, il possédait des lignes de défense qu'il croyait inexpugnables. Notre artillerie commença à les ébranler. Fuis, noue infanterie enleva le bois de Fumin. Puis, le feu de nos canons redoubla

Le 2 novembre, à dix heures trois minutes du matin, nos aviateurs annoncèrent que l'ennemi évacuait le fort de Vaux, où se succédaient des explosions. Etait-ce possible?

Vers la nuit, une compagnie du 298' partit en reconnaissance. Dans le fort, tout était fermé hermétiquement. A force de chercher, on découvrit une étroite embrasure de mitrailleuse. Le sapeur Poulain, grâce à sa maigreur, put s'y glisser. Du dedans, il tira à lui le lieutenant Biot qui avait enlevé son équipement. Le souslieutenant Lefèvre prit le même chemin. Nos trois compagnons explorèrent l'intérieur du fort, à la lumière des incendies où grenades et cartouches éclataient. Tout était désert. A chaque pas, ils se heurtaient à un butin qui, par son désordre, révélait une panique : mitrailleuses empaquetées, monceaux de cartouches, de boîtes de conserves, de provisions diverses, de bouteilles d'eau minérale. Pourquoi ces bouteilles? Le commandant Raynal, qui avait défendu Vaux du 7 mars au 7 juin, ne l'avait rendu que parce que ses hommes mouraient de soif. A Vaux, ce ne fut pas la soif qui eut raison des Allemands.

Après la prise du fort, nous occupâmes tout de suite les villages de Vaux et de Damloup. Ainsi se passa, pour nous, la nuit des morts. Pendant toute cette nuit, dans tous les villages de Lorraine, les cloches sonnent en l'honneur des chers trépassés qui dorment aux cimetières voisins. Désormais, chaque année, les cloches du 2 novembre sonneront aussi en l'honneur de nos frères, morts vainqueurs devant Verdun. Dans les rues de la ville défilèrent plus de six mille prisonniers, en tête de qui marchaient 140 de leurs officiers, dont huit commandants de bataillon.

Aux forts de Douaumont et de Vaux, nos soldats conservèrent les inscriptions placées par l'ennemi. Tels mots barbares, multipliés à profusion, les amusaient au plus haut point. En abandonnant le fort de Vaux, l'arrogant et féroce ennemi confessait son impuissance.

Nos trophées matériels et moraux.

Nous avions repris toutes les fortifications permanentes de Verdun. Ce n'était pas assez. Le général Nivelle prépara une autre offensive, pour enlever les observatoires puissamment organisés par l'ennemi : la côte du Poivre, la cote 341, la cote 378, trois villages armés : Vacherauville, Louvemont, Bezonvaux. L'attaque lut menée par quatre divisions dont deux avaient pris part à l'offensive du 24 octobre : division Passaga, division Guyot de Salins.

Pour mettre en état un terrain labouré, ravagé, émietté par un bombardement de plus de neuf mois, il avait fallu un profond labeur. Une voie carrossable en madriers, vingt-cinq kilomètres de route et dix kilomètres de chemin de fer Decauville, permirent le transport de l'artillerie. Un soldat lorrain qui avait participé aux travaux et à l'attaque s'écriait, après l'avance : « Cela ne pouvait pas manquer. Notre division était fin prête. » Admirez ce mot où la Lorraine met son plus pur accent. Il exprime à ravir le fini dans la perfection.

La préparation d'artillerie avait duré de 1 1 au 14 décembre, sans interruption.

Quelques jours avant le 1 5 décembre, deux généraux avaient dit au général Nivelle :

Il, I .J.

« Le sol va devenir une mer de boue. Nos hommes seront-ils jamais capables d'avancer là-dedans? » Le général Nivelle avait répondu : « Nos hommes l'espèrent. Moi j'en suis sûr. » Quelques heures après le signal de l'attaque, nos hommes avaient avancé de six kilomètres en profondeur.

Ce signal fut donné le i 5, à dix heures six minutes. L'attaque commença sur un front de g kilomètres, du ravin de Vaux à Vacherauville.

D'un seul élan, Vacherauville fut emporté en 11 minutes; le Poivre, en 2g minutes. La hauteur du Poivre, par son organisation, était considérée comme imprenable. Les carrières et le bois d'Haudromont, puis le camp du Heurias, furent occupés par la brigade du Maroc. Nous entrions au village de Louvemont, enlevions

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