LE VIL' AGE DE DOMPIEPRE
la Meuse avec deux divisions poméraniennes très réputées, auxquelles l'ennemi avait confié la défense des positions de la côte Saint-Germain et de Murvaux. L'ennemi lut battu.
Le secteur de la Meuse avait pris une importan:e capitale.
Le p'an de Foch consistait à dégager entièremen. la trouée de Stenay- LX1X
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Montmédy; à longer la Meuse; à passer l'eau; enfin, à rejeter, sur l'inextricable massif des Ardennes, les armées allemandes, avec leurs unités rompues et l'encombrement de leurs convois.
Ici encore, nous allions revoir, dans la splendeur de la victoire finale, un terrain qui, en 1914, avait été pour nous uncalvaire.
Le 6 novembre, à la suite d'un bref entretien, le général Maistre et le général Pershing frappèrent avec ensemble un coup décisif.
Pour 18 heures, les Américains du général Liggett pénétraient à Sedan. Ils occupaient la partie neuve de la ville, qui se trouve sur la rive occidentale de la Meuse, et la gare ou, pour mieux dire, les ruines informes de la gare.
Résultat extrêmement important! La grande voie ferrée de l'ennemi, entre la Belgique et l'Allemagne, était tranchée net. Victoire à laquelle le nom seul de Sedan, aioutait, dans tous les cœurs français, un retentissement triomphal.
Désormais, ce n'est plus seulement par jour, mais par heure que se comptent pour les Alliés les victoires de ce genre.
Le 7 novembre, dès 6 heures du matin, les armées britanniques s'élancèrent à l'assaut, avec leurschars et leurs escadrons. Avant midi, elles avaient pénétré jusqu'au canal de Mons à Condé.
Elles occupèrent Bavay, se glissèrent le long de la Sambre, pénétrèrent à Hautmont, parmi les décombres des hauts fourneaux et des laminoirs.
Plus au sud, elles s'avançaient jusqu'aux environs d'Avesnes.
En liaison avec elles, les armées du général Fayolle avaient traversé la route d'Avesnes à La Capelle. Elles libéraient Effry et Origny-en-Thiérache, puis, longeant le Thon, arrivaient jusqu'à Leuze.
Au même moment, les armées du général Maistre avaient atteint les lisières méridionales de la forêt de Signy. Elles occupaient Wagnon, Mazerny, Saint-Aignansur-Bar. Enfin, elles s'établissaient sur les hauteurs illustres de la Meuse, au-dessus des ponts de Sedan et de Donchery.
Nos regards plongeaient, près des ruines de Donchery, dans la maison de l'ouvrier tisserand où, le 2 septembre 1870, Napoléon III était venu traiter de la capitulation avec Bismarck. Pour la première fois, nous pouvions regarder cette maison, sans avoir le cœur broyé de honte et de colère.
Le long de la Meuse dont les inondations s'étendaient à perte de vue, les autres collines étaient bientôt occupées, une à une, par les Américains. Ils tenaient déjà les faubourgs de Sedan.
D'autre part, sur la rive orientale de la rivière, le 7 novembre, ils libéraient le nord de la Woëvre, en s'avançant jusqu'à Lion-devant-Dun et jusqu'à Brandeville.
Leur butin se caractérisait par le nombre extraordinaire des mitrailleuses. Dans les six premiers jours de novembre, ils en prirent aux Allemands beaucoup plus que l'armée française n'en possédait pour son entrée en campagne.
Le 8 novembre, malgré la pluie, l'avance des Alliés continua. La boue argileuse, d'ordinairesi fataleà la marche, ralentissait à peine l'élan des libérateurs Cependant l'ennemi, dans sa fuite, trouvait encore le temps de vider les maisons et surtout de piller les étables.
Dans la journée du 8 novembre, les armées britanniques occupaient les faubourgs occidentaux de Tournai; franchissaient sur des passerelles le canal de l'Escaut, près d'Antoing ; s'établissaient à Condé, à Thulin, à Malplaquet. Le nom de Malplaquet,. illustré par un échec de Villars, en 1 709, et par une victoire de Pichegru, en 1 794» reparaissait dans l'histoire en une lumière toute neuve.
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Libération d'Avesnes, de Maubeuge et d'Hirson.
Au soir du 8 novembre 1918, nos alliés de Grande-Bretagne entraient à Dour (Belgique), pénétraient jusqu'aux portes de Maubeuge et libéraient Avesnes.
Un message par lequel ils donnaient le compte rendu de cette journée, fut rédigé à l'endroit d'où Ludendorff avait lancé ses derniers ordres de résistance à tout prix.
Au même moment, les armées américaines continuaient à libérer. la Woëvre et s'installaient à Damvillers, à Peuvillers, à Flabas.
Au même moment, les armées françaises parvenaient au pied du fort d'Hirson, qui protégeait l'admirable nœud de voies ferrées dont les Allemands avaient tiré tantde profit. Elles poussaient jusqu'à la rive méridionale du Thon, entre Orignyen- Thiérarche et Liart, puis, après un très voilent combat, réussissaient à jeter une têie de pont sur la rive septentrionale du Thon.
A leur droite, le même jour, nos troupes s'étendirent le long de la Meuse jusqu'à Bazeilles. Là, elles saluèrent pieusement la Maison des Dernières Cartouches et l'ossuaire où dorment nos morts héroïques de 1870.
La journée du 9 novembre fut encore plus remplie d'éclatants succès.
Les Britanniques libéraient Tournai, Antoing, Peruwelz, Maubeuge, où ils entraient avec nous.
Les Belges atteignaient le canal de Gand et s'établissaient à Terneuzen.
Nos troupes franchissaient l'Escaut, puis, du même bond, libéraient VVelden et Melden.
Notre cavalerie harcelait furieusement l'ennemi en fuite.
Nous entrions à Glageon. Nous entrions à Fourmies, où tout lequartier de la gare était anéanti. Nous entrions à Hirson, dom l'ennemi avait lait un de ses repaires les plus pratiques et où il s'était efforcé de ne plus laisser que des ruines. Nous entrions à Anor, à travers nos pauvres iorêts dévastées. A la nuit tombante, nous entrions à Saint-Michel.
Noire front se jalonnait par Momignies, Macquenoise, Forge-Philippe. Nous occupions Signy-le-Petit et Blombay. Nous atteignions la Sormonne. Nous cernions Mohon et son faisceau de voies ferrées. Nous cernions Mézieres, le grand but de Foch.
La belle journée du 10 novembre.
En traversant la Meuse à Lûmes, nous avions rendu notre victoire entièrement définitive.
Foch qui se trouvait alors à Rethondes, près de Compiègne, dans son train où le wagon-restaurant était transformé en cabinet de travail, écrivit cette dépèche :
« L'ennemi est désorganisé par nos attaques continuelles. Il cède sur toute la ligne. Nous devons donc, sans relâche, entretenir et précipiter nos actions. Je fais appel à l'énergie et à l'initiative des commandants en chef et de leurs armées, pour rendre décisifs tous les résultats obtenus. »
Sur la table de Foch affluèrent tout de suite des rapports qui prouvaient combien son appel était entendu.
Nos aviateurs observaient de près, de toutprès, l'ennemi en déroute. Aussi décrivaient-ilsles routes encombrées, à la fois, par le matériel de guerre et par le butin que l'ennemi traînait pêle-mêle vers l'Allemagne; le lugubre défilé des jeunes Français emmenés en otages; la frénétique agitation qui bouleversait les renions allemands
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accumulés dans les dépôts ; les magasins d'approvisionnement pillés par les mutins, les officiers menacés, frappés, dégradés; enfin, la désertion achevant partout l'œuvre de l'indiscipline.
A quoi se réduisaient les réserves de l'ennemi? A 18 maigres divisions au plus. Quant aux 186 divisions, que le nouveau Premier Quartier-Maître Général Grœner prétendait avoir encore en ligne, elles s'épuisaient et se disloquaient à vue d'œil.
Quelle joie, au matin du 10 novembre, éprouva Foch en faisant le compte exact des forces qu'il avait réellement en réserve : io5 divisions alliées sur 207. Soit, pour le détail, 2 divisions italiennes, 1 2 belges, 3o américaines, 6:> britanniques, io3 françaises!
Confirmant et complétant les rapports de nos aviateurs, les commandants d'armées signalaient certains faits nouveaux. Par exemple, entre Anor et Momignies, nous avions recueilli une masse de canons, de voitures, de trains, dont l'abandon devenait de plus en plus significatif.
Dans la soirée du même jour, les armées que commandait le Toi Albert I*% arrivées à l'Escaut, avaient foncé au centre et à droite; elles gagnaient, à droite, 9 kilomètres et au centre 1 5.
Les Britanniques avaient libéré Renaix. Ils entraient à Leuze et parvenaient aux portes d'Ath. Enfin, ils avaient cerné Mons. Leurs bulletins notaient « la prise
d'une vingtaine de trains entiers, sur les voies ferrées au nordest de Maubeuge ».
Les Italiens avaient enlevé le Tremblois er Rimogne. Ils avançaient vers Bourg-Fidèle.
Les Américains continuaient à s'établir dans ' la plaine de Woëvre. Leurs bulletins signalaient l'occupation de Gibercy, d Abaucourt, de Grimaucourt, de Marcheville, de Saint-Hilaire.
Quant aux troupes françaises, elles avaient dépassé Eppe-Sauvage. et avaient eu de durs combats à livrer dans les bois de Signy-Ie-Petit. Elles remportaient de glorieux succès à Maubert et sur les collines de Sévigny-la-Forét. Belle journée du 10 novembre! L'armée de Gouraud s'installait à Mézières; l'armée de Guillaumat, à Charleville. Français et Américains occupaient Sedan. L'armée Debeney, qui, fïère des obstaclesrompus, «avaitcouvert24kilomètres depuis le 9 à 8 heures jusqu'au 10 à 20 heures », passait la frontière belge et occupait Chimay. Les Belges, en plein délire, libéraient à fond Gand et la région gantoise. Enfin le maréchal Douglas Haig, en installant ses troupes britanniques à Mons, saluait, « en ami, le terrible Mons de 1914 ». Et ce simple mot disait tout.
LE MOULIV DE CHIVBY.
iPhoto Champagne.)
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