RENTRÉE TRIOMPHALE DU ROI ET DE LA REINE DES BELGES A GAND
par rapport aux forces qui lui restaient à l'est. Cette proportion, l'ennemi ne pouvait plus la modifier que très lentement : une division à peine par jour !
Nous avions donc tout à espérer d'une concentration sur le front Nancy-Avricourt et d'une irruption en Lorraine.
Dans ses lettres à Péiain, Foch répétait : « L'attaque doit être préparée le plus rapidement possible et s'effectuer avec un nombretrès important de divisions. »
Le 25 octobre, il apporta au plan d'attaque quelques nouvelles indications :
— C'est surtout à l'est de la Moselle qu'il faut agir. L'instant le plus favorable est venu. L'essentiel n'est plus d'attendre que toutes les troupes soient prêtes. C'est d'agir vite. Coup de massue en Lorraine, catastrophe en Allemagne.
L'état-major de Foch, qui travaillait, à Senlis, jour et nuit, sous la direction du majoi -généial Weygand, si expérimenté, si ferme et si modeste, se tenait en relation
fI0S IC714. LA GUERRE DU DROIT.
continue avec Provins, où le Grand Quartier de Pétain travaillait de même sous la direction également excellente du général Buat.
Le 27 octobre, le général Mangin, avec son état-major de la Xe armée, avait quitté Laon. En secret, il préparait la trouée vers la Sarre, tandis que le général Bullard, commandant la II0 armée américaine, préparait l'attaque vers Longwy-Luxembourg. Metz devait ainsi êtredébordée à lafoispar l'ouestet par l'est.
Le commandement de l'offensive en Lorraine étaiteonfié au général de Castelnau. Sous ses ordres, Castelnau avait, à gauche, la Xe armée qui comprenait quatorze divisions (général Mangin); à droite, la VI 11° armée qui comprenaii six divisions (général Gérard).
— Nous allons donc pouvoir venger les morts de Sarrebourg et de Morhange, disait à son Grand Quartier de Champigneulles, près de Nancy, le général Mangin, le Sarrebourgeois.
Pour alimenter l'attaque, particulièrement vers Sarrebriick, Foch disposait, comme on sait, de 200 divisions en ligne et de io5 divisions en réserve.
L'ennemi n'avait plus, entre Metz et Belfort, que 18 divisions en ligne et 18 en réserve. Or, ses 18 divisions en réserve ne pouvaient plus arriver à temps sur le iront menacé.
Déjà, le Haut Commandement allemand avait abandonné Thionville. Il abandonna de même le camp retranché de Metz, forteresse sans pareille, parce qu'il sentait qu'il n'y pourrait plus combattre.
Pour lui, aucun moyen de nous arrêter avec un matériel délabré et des divisions de secteur, sans secours, sans cohésion, sans ressort, vaincues d'avance!
La retraite elle-même lui devenait impossible. L'énorme et prodigieuse m ichine de guerre qu'avait été l'armée allemande, si violemment serrée entre la pointe sud de la Hollande et les rives de la Sarre, s'effondrait.
Effondrement, encombrement, désordre désormais irréparables. Après l'armistice du 11 novembre, le Haut Commandement allemand, bien qu'il ne lût plus talonné par nos troupes, bien qu'il disposât de tous les chemins depuis la Suisse jusqu'à la Hollande, bien qu'il laissât sur place tout son matériel, se vit obligé de se jeter dans le Limbourg hollandais.
Si l'offensive de Lorraine, fixée à la date du 14 novembre, n'avait pas été empêchée par l'armistice, quel n'eût pas été son effet!
Au même moment, toutes les forces britanniques s'élançaient vers l'Est.
Au même moment, Dégoutte, avec sa puissante armée des Flandres, se rabattait en foudre sur Bruxelles, sur Tirlemonr, sur Liège.
Au même moment, les avions britanniques et français qui, depuis un mois, s'exerç dent a faire, en circuit, la traversée de Nancy à Berlin, allaient apprendre à Berlin c; que valait enfin notre aviation de bombardement. Le chef de l'expédition avait une carte indiquant les points de Berlin à bombarder. Chacun des avions, muni d'un viseur, portait des bombes de 1600 livres. Au même moment, une seconde expédition aérienne également prête, également pourvue, partait de Bulgarie et franchissait la frontière allemande près de Prague (1).
Le signal de la grande offensive fut en vain attendu par l'aviation franco-britannique; en vain, par la nouvelle armée américaine, qui venait d'être constituée sous les ordres du général Dickmann ; en vain, par toutes les admirables troupes de Castelnau : 600 000 hommes avec plus de 3ooo pièces d'artillerie et plus de 3oo tanks .
(1) Au Musée national de la Guerre, à Londres, est exposée une des bombes destinées à Berlin «lie pèse 3ooa livres. C'est la plus forte bombe qui ait jamais été fabriquée.
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Foch, dans son cours de V Ecole de guerre, avait dit :
« L'attaque décisive, c'est l'argument suprême de 1 a bataille m Dderne-. Laréserve chargée de l'exécuter est ménagée avec là plus extrême parcimonie, afin que le coup puisse être aussi violent que possible. La poursuite, par laquelle le vainqueur taille en pièces et annihile les troupes dispersées qui ne peuvent plus être commandées, c'est l'acte central delà guerre. »
Le meilleur commentaire de cette théorie a été noté, sur les lèvres de Foch, par le colonel Repington, critique militaire anglais: « Je les attaque. Bon. Je dis: Allez à la bataille I Tout le monde va à la bataille. Bon. Je ne les lâche pas. Ils ne savent que faire. Moi, je sais. J'attenis les événements. Bon. Vient l'événement. Je l'exploite. Ils sont poursuivis, l'épée dans les reins. Bon. Ils cèdent. Le champ de bataille s'élargit. Bon. Ils sontattaqués partout. Ça chauffe. Jecontinue.Jelespousse. Partout on tape. C'est le moment de l'effort maximum. Allons-y. » Notation excellente. Phrases laconiques, hachées de gestes brefs. Nous croyons entendre la voix même du grand chef, sûr de son fait.
Ce que Foch appelait l'acte central de la guerre allait être accompli avec une ampleur et une efficacité que l'histoire n'avait jamais connues.
« Tout était prêt pour l'offensive infaillible », ont pu affirmer Foch et Pétain.
L'Allemagne ne le savait que trop bien. Aussi, après avoir, en 1914,10m mis en ceuvre pour une attaque brusquée, elle mit tout en œuvre, en 1918, pour une paix brusquée.
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