PRISONNIERS ALLEMANDS SUR LA ROUTE DE SAINTE-MENEHOULD
(Section Photographique de l'Armée.)
L'ennemi subissait de terribles pertes. De telle compagnie allemande, au fond d'une tranchée, il ne restait plus que sept vivants.
Inexprimable, la joie de nos hommes prenant possession de Bezonvaux et du Poivre 1 Citons un seul fait. Sur le Poivre, le sous-lieutenant René Berte était tombé, la cuisse fracturée. Il écrivit à sa mère : « Suis blessé, mais pas trop grièvement. » Le lendemain, l'infirmière qui le soignait écrivit de son côté : « L'état du souslieutenant Berte prend une gravité exceptionnelle. » Mais le sous-lieutenant traça, d'une écriture fébrile, une nouvelle lettre pour rassurer sa famille. Il terminait ainsi : ;< C'était chic, sur le Poivre. » Beau cri de jeunesse, de joie et de triomphe, poussé par un glorieux mourant ! La famille du blessé apprit « qu'on lui avait coupé la jambe et donné la croix de la Légion d'honneur». Mais, presque immédiatement, elle reçut cette dépêche : « Venir sans retard. » Le général Nivelle remit la croix de la Légion d'honneur au moribond qui, dans son agonie, trouva la force de lui sourire en lui disant : « Mon général, sur le Poivre, comme c'était chic! »
Qu'il nous soit permis de rappeler, à ce propos, un souvenir personnel. Dans
-qg [ Q I 4 . — LA GUERRE DU DROIT.
une conférence de guerre, nous venions de citer le mot de l'héroïque sous-lieutenant. Tout à coup, un de nos auditeurs releva son visage inondé de larmes et murmura : « C'était mon fils. » Fils de M. Eugène Berte, économe de l'Ecole normale de Vesoul, le sous-lieutenant d'infanterie René Berte était un étudiant du plus grand mérite. Boursier à la Faculté des lettres de Lyon, également intéressé par la philosophie et par l'histoire, il préparait avec succès sa licence. Ses maîtres aimaient en lui un esprit droit et délicat. C'était aussi un grand cœur. L'attention de nos lecteurs ne s'arrêtera pas à ce que ses paroles peuvent avoir de trop familier. Ce mot chic, qui nous répugnait avant la guerre et qui nous répugne de nouveau aujourd'hui, était alors sanctifié.
On se plaisait alors àappeler nos soldats « des saints ! » A vrai dire, ce mot n'était pas nouveau. Il avait été écrit pour la première fois, en 1860, par notre grand Alichelet. On lit, dans le premier volume de son Histoire du xixe siècle : « Si l'histoire générale ne m'eût dévoré jou^ par jour, j'avais un beau projet: écrire la Légende d'Or, celle des saints de la guerre, des héros de la paix, des apôtres de l'Armée française. Oui, des saints! Qui, dans l'histoire, mérita jamais mieux ce titre qu'un Desaix ou un La Tour d'Auvergne? Une chose bien remarquable, c'est que ce sont surtout les très grands militaires qui semblent les plus pacifiques : Kléber, Hoche, Desaix, Marceau, font penser à Marc-Aurèle. »
En vérité nos soldats de 1914, de 191 5, de 19 1 6, de 1917, de 1918 ont égalé ceux de l'An II, de l'An III, de l'An IV, de l'An V, de l'An VI. Ils les ont même surpassés. Mais combien le langage qui leur agréait différait de celui qui ravissait leurs aïeux ! Les grands mots ne leur faisaient plus grand plaisir. La grandeur ne les charmait que dans les actes. Pendant les mois les plus terribles delà guerre du Droit, quand nous les voyions « aller en permission », nous avions envie de faire dire à nos amis de l'arrière : — Prenez garde de les blesser par des expressions qui leur paraîtraient exagérées. Cette guerre a tué l'emphase, et ce n'est pas une grosse perte. Ne les appelez pas des héros. Ils vous répondraient que les héros doivent être héroïques à toutes les heures et que, au contraire, ils n'ont pas du tout cette prétention. Ne les appelez pas des martyrs. Ils vous répondraient que les martyrs avaient soif de tortures et que, au contraire, ils n'ont aucun goût particulier pour la souffrance. — Alors, comment les appeler ? C'est la question qu'un de nos plus grands chefs se posa, aux jours les plus formidables. Et un soldat qui l'entendit lui répondit tout bas: — Mon général, dites que nous sommes de « chics types! » Nous n'en demandons pas davantage.
Du jour où nousavons occupé la côte du Poivre et Bezonvaux, l'ennemi ne pouvait plus bombarder Verdun que par ses canons à longue portée. Et nous, déjà, nous entrevoyions le bassin de Briey.
Les journaux allemands avaient sans cesse répété : « L'armée que l'Allemagne a devant elle à Verdun c'est le dernier débris des forces françaises ; quand ce débris aura été anéanti, la France sera entièrement désarmée; alors l'Allemagne ne rencontrera plus sur sa route que des Anglais et des Belges, c'est-à-dire un million d'hommes n'ayant rien de militaire, sans instruction, sans organisation, sans commandement; misérable chair à canon dont le canon allemand aura raison en se jouant. »
A ces fanfaronnades de l'ennemi, il n'y avait eu qu'une réponse à faire, celle qui est inscrite sur le socle de la statue de Kléber, à Strasbourg : « Soldats, à de telles insolences, on ne répond que par des victoires. » La victoire de Verdun a dû illuminer d'un sourire triomphal la figure immortelle du héros strasbourgeois.
De quel espoir notre avance remplissait "le cœur de nos compatriotes d'Alsace et de Lorraine ! Le canon de Verdun résonnait au cœur de Metz !
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Metz, en sa Cathédrale, adorable merveille Que, depuis quarante ans, mutile l'ennemi, A, pour cloche, la Mule à la voix sans pareille, Dont toute son histoire héroïque a frémi.
Sur les flancs de la Mute, une phrase est inscrite : « Je suis là pour crier justice ». Où donc trouver Devise plus divine en une heure maudite? C'est celle que tout homme en son cœur doit graver.
Quand l'ennemi menteur ose crier victoire :
« Je suis là », dit la Mute. Et, dans l'air plus serein,
S'élève, balayant tout bruit blasphématoire,
Un souffle d'espérance aussi fort que l'airain.
Quand sort, de tout un peuple innocent au supplice, La plainte où sont mêlés tant de deuils inconnus, La Mute dit : « Je suis li pour crier justice », Et déjà les captifs ne sont plus des vaincus.
Quand le canon françaisj ce fier briseur de chaînes, Le compagnon que Metz nuit et jour appela, Retentit à longs coups sur les marches lorraines, La Mute dit : « Grand frère, approche, je suis là » :
Et, quand luira le jour sacré de délivrance, Sur nos tilleuls trempés de pluie ou de soleil, Et qu'enfin de retour, notre drapeau de France Viendra dire à la Mute : « Allons, sonne au réveil I »
Ce sera, dans notre air qui sait si bien répandre Les ondes de Ja cloche en leurs douces ampleurs, Un triomphe, à la fois, si sublime et si tendre Que les astres auront l'éclat des yeux en pleurs.
En ce jour d'immortelle fête, La cloche du beffroi messin Annoncera : oc Justice est faite De tout un empire assassin. »
11 voulait, tourmenteur de femmes.
Bourreau de prêtres et d'enfants, Avec la peur dompter les âmes Comme avec des gaz étouffants.
Il rêvait d'asservir la terre Par l'appui sanglant de son dieu :
De forcer les places de guerre Aux lueurs des temples en feu, De tout piller, de tout détruire, Défouler aux pieds tout serment :
On l'a mis hors d'état de nuire, Et c'est son premier châtiment.
Songez à Paris 1 dit la Cloche.
Il risque trop d'être surpris, La frontière en étant si proche.
On ne peut déplacer Paris,
Ce Poème de M. Emile Hinzelin a été récité par lui (Cérémonie patriotique en l'honneur de Metzi.
On peut déplacer la frontière.
Prudence pleine de bienfaits !
Dès lors, la France reste entière Et l'Europe entre dans la paix.
Ah 1 si la justice a son heure Et, si le triomphe du droit Fonde enfin la paix qui demeure, C'est à vos soldats qu'on le doit.
Les fleurs, toutes les fleurs du monde, Sur tous leurs noms doivent s'unir.
Car leur gloire est la plus féconde Que le monde puisse bénir.
De toutes ces fleurs qui, par gerbes, Pour eux tous se multiplieront, Les plus pures, les plus superbes, C'est à nos morts qu'elles iront.
Les chers morts tombés sous les armes Sont toujours jeunes dans les cœurs.
La rosée exquise des larmes Rajeunira sans fin leurs fleurs.
-même à la Comédie Française le 2 août igiô.