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LES FÊTES DE LA VICTOIRE : PLACE DE LA CONCORDE PENDANT LE DÉFILÉ

(Photo Mcurisse.)

neux, la foule enthousiaste et respectueuse, tout formait une harmonie que la piété vouée aux blessés et aux morts rendait sublime.

Quel était le principal invité de cette fête, l'hôte de marque, le spectateur illustre, à qui la place d'honneur se réservait ? C'était le peuple de France. Sur tout le par. cours du défilé splendide, le peuple de France a été maître chez lui. Il s'est installé comme il l'a voulu, pour mieux voir. Trottoirs et toits étaient également remplis. Des grappes humaines se suspendaient à des échelles, à des échafaudages, aux arbres du boulevard, aux grands canons allemands prisonniers. Ni désordre, ni incident. Une patience sans bornes. Un émerveillement sans réserves.

A huit heures et demie du matin, le canon retentit, les trompettes sonnèrent, les baïonnettes brillèrent. Sous l'Arc de Triomphe s'allongea une lumineuse colonne en bleu horizon. Le ciel semblait descendre sur la terre.

C'était ce que nous attendions depuis quarante-huit ans, ce que nous avions hâté par tous nos efforts, ce que tant d'entre nous payaient de tout leur sang.

En tête de toutes les armées alliées chevauchaient Joffrc et Foch : Joffre à

I g I 4- — LA GUERRE DU DROIT. 1187

gauche, Foch à droite. Suivant toute justice, les deux Victoires de la Marne conduisaient le triomphal défilé.

En tète de l'armée française, selon toute justice, chevauchait Pétain. Quani Pétain passa devant le Président de la République, il salua du bâton d'azur étoile, comme on salue du sabre. Ce bâton étoile, Foch l'avait tenu appuyé sur sa hanche, avec la correction d'un portrait d'aïeul. Quant à Joffre, il l'avait mis sous son bras gauche, sans doute pour le mieux serrer sur son cœur.

Le canon qui faisait parler la poudre, au matin du 14 juillet 1919, était un canon français placé sur l'Arc de Triomphe. Ce même canon retentit à maintes reprises, pendant la fête de la Victoire, et Paris continuait à l'entendre avec ravissement. Seuls, les pigeons, nichés dans la robe delà A/a7-se///t?zst' ou dans la couronne de Napoléon Ier ontdabord manifesté une vague épouvante. Mais bientôt ils se sontrassurés. C'est le canon de la paix Un 75? Non. Un 65 de montagne, élégante pièce que nos artilleurs avaient gaiement hissée là-haut.

Premièrement, honneur aux morts.

C'est la grande loi patriotique. Nos morts ont droit aux souvenirs les plus tendres et aux fleurs les plus fraîches.

M. Poincaré, président de la République, leur offre une merveilleuse couronne d'hortensias mauves. Même geste de M. Deschanel, président de la Chambre; de M. Dubost, président du Sénat ;

de M Clemenceau, président du Conseil. Successivement, tous trois, la tête inclinée, accrochent de leurs mains leur couronne au monument funèbre élevé à droite de l'Arc de Triomphe. Pourquoi faut-il que ce cénotaphe sans croix, en plâtre doré, soit d'un goût si contestable? A le voir, avec ses pleureuses qui ont l'air de Walkyries, on le dirait emprunté à quelque Sedautag-. Après tout, c'en peut-être un trophée allemand, capturé avec les canons qui l'entourent.

Après les morts, les mutilés. La cohorte des mutilés, précédés par plusieursgrands blessés traînés dans des voiturettes, s'avance, claudicante, douloureuse, superbe. De toutes ses blessures, de toutes ses plaies, de toutes ses mutilations, monte, dans le silence, cette chose surnaturelle, un cri muet : « Debout les morts ! » Debout les vainqueurs! La foule jette des fleurs aux mutilés. L'un d'eux, qui a perdu les deux bras, regarde mélancoliquement les fleurs pleuvoir. Son camarade, un blessé à la face, ramasse le plus bel œillet rouge et le lui met dans la bouche, en souriant. A un autre de ces mutilés, souffrant toujours de sa blessure, son médecin dit : « Tu vas te fatiguer ». Le mutilé répond : « Au contraire, je prends des forces. »

Viennent, derrière les mutilés, les vieux officiers de 1870. La victoire leur a

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