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RECONNAISSANCE RUSSE AU CAUCASE

voir d'hommes. Mais la modicité de ses diverses ressources ne lui permettait d'instruire et d'armer qu'un nombre restreint de soldats. Malgré certains secours que lui fournissait son dur maître, l'empereur allemand, elle comprenait fort bien qu'elle risquait d'être broyée, le jour où, d'une part, les Anglais venant de l'Egypte et du golfe Persique, d'autre part, les Russes venant de l'Arménie et de la Perse, lui donneraient ensemble l'assaut en Asie.

Entrée en lice du Portugal.

L'entrée en lice du Portugal eut une importance que le tumulte des gros canons allemands devant Verdun n'aurait pas dû faire oublier.

C'était la treizième nation qui prenait les armes dans cette guerre, et la neuvième qui se rangeait du coté de la Triple Entente.

Le premieracte d'hostilité du Portugal fut de décréter la réquisition des navires allemands immobilisés dans ses ports.

Les Allemands prétendirent que le Portugal, avec ses cinq millions et demi d'habitants, avec ses colonies de l'Atlantique, de l'Afrique occidentale, de l'Afrique orientale et de l'Asie, débris d'un si magnifique empire colonial, « ne formait plus lui-même qu'une insignifiante colonie anglaise ».

En réalité, l'aide matérielle que le Portugal apportait aux Alliés n'était pas à dédaigner. L'artillerie portugaise comptait d'assez bons canons tout récents. Quant aux soldats, ils passaient pour patients et sobres. « Vous les verrez, nous disait-on à Lisbonne, vous les verrez tous, vivre dans la tranchée, avec un oignon et deux sardines par jour. »

Mais la décision du Portugal devait produire surtout un effet moral.

Pas de plus éloquente réponse à la déclaration faite le 25 février 1916, c'est-àdire au quatrième jour de la bataille de Verdun, par le président du Conseil de Bulgarie, M. Radoslavoff : « La situation de l'Europe changera profondément, si l'offensive contre Verdun arrive au résultat que l'Allemagne annonce. C'est de cela que tout dépend pour les neutres. »

Cette déclaration, répétons-le, se résumait dans la vieille formule ironique : « Les neutres iront au secours de la victoire ». Et c'était la victoire du Droit.

Défaite diplomatique de l'Allemagne aux États-Unis.

La fortune de l'Allemagne n'était pas meilleure en Amérique qu'en Asie et en Europe. L'Allemagne avait le dessous dans une querelle avec les Etats-Unis au sujet de la guerre sous-marine.

Toutes ses ruses étaient déjouées, tous ses mensonges confondus. En vain, elle enveloppait sa défense d'un nuage de phrases où elle répétait :

— Les instructions que nous donnons à nos sous-marins ont toujours été irréprochables. Cependant, nous les rendrons encore meilleures, si vous obtenez de l'Angleterre la levée du blocus.

Le Président de la grande République américaine, M. Wilson, répondit :

— Vous vous engagez à changer vos instructions à vos sous-marins. Je prends acte de cet engagement. Bien entendu, je néglige votre tentative de subordonner le respect de la vie des neutres à une modification de la politique anglaise.

Ainsi d'un seul coup était anéantie l'étrange « forteresse de chantage » où prétendait s'en'ermer l'Allemagne. Et de quel ton le président Wilson parlait à l'empereur allemand! Déjà Guillaume II, qui, pendant plus d'un quart de siècle, avait tout bouleversé, dans l'univers, rien qu'en enflant sa voix, rien qu'en tendant son misérable poing crispé, tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, devenait une sorte d'épouvantail déchu qui n'épouvantait plus personne.

Victoire française au Maroc.

La campagne d'Orient que l'Allemagne avait annoncée avec tant de fracas et par laquelle elle prétendait frapper à mort l'Angleterre, se trouvait suspendue par la défaite des Turcs en même temps que par notre établissement à Salonique.

La nouvelle que les derniers postes allemands, au Cameroun, allaient être enlevés par les Alliés porta au comble l'inquiétude de l'autre côté du Rhin.

Ainsi s'abîmait l'empire colonial pour lequel Guillaume II avait sacrifié tant d'or et de sans.

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Au contraire, la France recevait de son empire colonial des nouvelles excellentes. En février 1 9 1 6, le général Lyautey, l'éminent résident général au Maroc, qui était de passage à Paris, nous disait :

— Quelle faute la France aurait commise si elle avait mal gardé le Maroc !

Au début de la guerre, certains propos imprudents avaient été tenus à ce sujet. On avait même écrit : « Le sort du Maroc se décidera en Lorraine. Contentonsnous de laisser quelques troupes sur la côte marocaine. » Ainsi, pendant la guerre deSept Ans,onavaitréponduàMontcalmqui demandaitdes renforts pourle Canada: « Eh! monsieur, s'occupe-t-on des écuries, quand la maison brûleî » Cette réplique a coûté à la France la moitié de l'Amérique du Nord.

En août 19 14, les Allemands, qui recueillaient précieusement l'écho de tous les mauvais bruits qui circulaient en France et dont ils étaient très souvent les inspirateurs, proclamèrent, dans toute l'Afrique : « L'empereur Guillaume II somme la France d'évacuer le Maroc : la France va obéir ! »

C'est alors que, belle et vaillante initiative, le général Lyautey prit sur lui de diriger une partie des garnisons de la côte vers les postes avancés. Il sentait bien que le moindre mouvement d'évacuation serait le signal d'une révolte générale : « Le Maroc nous coûtera beaucoup moins de peine à garder qu'à abandonner. »

Dès lors, les Arabes commencèrent à mépriser les forfanteries allemandes. Bientôt, quand ils virent arriver en foule les prisonniers allemands, ils éprouvèrent du respect pour la noble force française. Dans toute cette période difficile du début, il n'y eut qu'un incident sérieux : la surprise de Kenira, crime immédiatement puni. Justice ayant été faite, tous les grands travaux reprirent avec une énergique continuité. ,

Le général Lyautey ajoutait :

— Les 1 200 kilomètres de route qui devaient être exécutés en cinq ans seront terminés presque entièrement en décembre de la présente année. Les chemins defer militaires sont poussés, d'un côté, jusqu'à Taza et, de l'aut-e côté, jusqu'à Fez. Les voici même déjà parvenus à moitié chemin de Marrakech.

Pour résumer l'effet matériel et moral de si grands travaux, le résident général trouvait cette formule singulièrement expressive : « Un chantier vaut un bataillon. »

En pleine guerre, pendant les sept premiers mois de iç)i5, le commerce des ports marocains a été plus élevé qu'il ne l'av lit été pendant les sept premiers mois de 1914, c'est-à-.lire en pleine paix. Cependant le commerce allemand, qui constituait 12 pour 100 du total, avait été supprimé.

— Le Maroc expédie à la France un million de quintaux d'orge avec 200000 quintaux de blé de plus qu'en 191 3. L'impôt sur les récoltes et les troup aux, le terbib, produira, cette année, i5 millions. Le déficit prévu sera ramené pour le Maroc à 3 millions et peut-être, grâce aux plus-values, disparaît' a-t-il tout à fait. L'administration du Maroc, pour perfectionner son outillage, demande un nouvel emprunt de 71 millions. La France accordera sa garantie à cet emprunt. La prospérité du Maroc est une victoire française.

L'honneur de cette victoire, concluait le général Lyautey, revient à nos soldats qui, au Maroc, déploient tant de courage, et à qui on ne pense peut-être pas assez. Certes, on a raison de glorifier leurs camarades qui, sur le Iront français, accomplissent une tâche aussi indispensable que stoïque. Mais la tâche accomplie par nos soldats du Maroc n'est ni moins nécessaire ni moins pénible. Tandis que tel blessé de France, tombé le matin devant les lignes ennemies, se retrouve, Dieu • merci, le soir même dans un lit d'ambulance et voit une infirmière française à son

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chevet, le blessé du Maroc est obligé de passer rois jours en cacolet sur le dos d'un muW on d'un ch mcu.

En réalité, nous ne serons jamais assez reconnaissants à l'égard de tous nos soldats sans exception. A la sanglante lueur de la bataille de la Marne, de la bataille de l'Aisne, de la bataille des Flandres, de la bataille de Verdun, est remise en évidence une vérité que le monde et surtout la France avaient oubliée : le Français est le premier soldat du monde. L'Allemagne a rencontré devant elleles dignes petitsfils de ceux qui, un siècle auparavant, ont parcouru toute l'Europe en triomphateurs. Le soldat français, au courage le plus varié, ajoute les exquises vertus de sa race : bon sens, bon cœur, bonne humeur. Rire gaulois, fleur héroïque ! Prenez quatre soldats dans la tranchée. Celui-ci, on dirait un grognard de Napoléon Ier; celui-là, un volontaire de l'an II ; celui-là, un chevalier de Fontenoy ; celui-là, un de ces hardis bombardiers que Jeanne d'Arc mettait au-dessus de tout!

Pendant que le général Lyautey nous parle, nous observons sa haute figure de cavalier lettré. Ses cheveux blancs, drus et courts, dessinent la iaie en leur coquette épaisseur. Sous des sourcils noirs, ses yeux ont une étrange nuance violette. Sa moustache encore blonde dissimule une bouche un peu oblique. Sa voix légèrement voilée a beaucoup de force prenante. On y reconnaît notre Lorraine, à la façon de prolonger les e'à la fin des mots. Il nous parle de Nancy, de Lunéville, de Saint- Clément, de Ménil-Flin, de Baccarat. Nous le iélichons de combat re l'Allemagne en si bon Lorrain.

— Oui, dit-il, l'Allemagne! C'est bien l'Allemagne que je combats. Il n'y a qu'un front.

« Au Maroc non plus, la lutte ne s'interrompt pas ! Voici les chiffres du mois dernier. Ils sont des moins élevés : bi morts, 1 80 blessés. Maintes fautes ont été commises par les Alliés en Orient, aux Balkans, en Egypte, en Syrie. Nous payons ces fautes. Les coups qui nous frappent sont des répercussions. Les Musulmans s'étaient peu à peu persuadés que partout, ils devaient vivre sous l'autorité chrétienne. En Asie comme en Afrique, ils avaient perdu toute indépendance. Il ne restait qu'un seul Etat musulman sur lequel les chrétiens ne pouvaient rien: la Turquie. Fn 191 2, la guerre balkanique éclata. La Serbie, la Bulgarie et la Grèce attaquèrent laTurquie. Ces petits pays, les Musulmans les considéraient comme une poussière d'insurrection et s'attendaient à les voir écrasés une lois de plus. Ce fut la Turquie qui succomba. Dès lors, les Musulmansse répétèrent que c'était écrit. Aussi, en iqi5, quand ils apprirent que la France et l'Angleterre marchaient vers Constantinople, ils pensèrent : « Constantinople est perdue. » Ce que les petits Balkaniques avaient presque réussi à faire, devait n'être qu'un jeu pour ces deux grandes puissances d'Europe. Or, l'attaque iranco-britannique échoua. Certes, la situation n'était pas la même. En 19 12, les pays balkaniques avaient lancé sur Constantinople des forces considérables. Au contraire, en 191 5, les Français et Anglais, pour leur attaque, ne disposaientque de 40.000 hommes. Et la Turquie étaitextraordinairement soutenue par l'Allemagne. Quoi qu'il en soit, les Musulmans relevèrent la tète. Ce qui les inquiète et les irrite le plus, c'est le projet de donner Constantinople à la Russie. Quoi ! les Russes à Constantinople, les Russes aux Lieux Saints ! Impossible de se représenter cela sans frémir. La domination russe est la plus autoritaire du monde. Rappelez-vous ce qu'elle a fait en Pologne. Aujourd'hui, le Gouvernement, à Paris, et le Grand- Quartier Général, à Chantilly, refusent d'examiner la question. « C'est tranché! » dit-on. En tout cas, on est persuadé que seul le front français importe. Cependant, les événements les plus décisifs se produiront peut-être en Orient. »

Cela dit, le gencra! Lyautey se rendit au ministère et au grand Quartier Gêné-

unirai SIR JOHN JELL1COI

rai à Chantilly. Alors, notre ami M. Henri Lichtenberger, professeur à la Sorbonne, dont on connaît les beaux travaux sur l'Allemagne, commenta les paroles du général et déplora les imprudences qui nous avaient brouillés avec la Turquie.

— Au bout du compte, les Turcs sont les plus ioyaux des Balkaniques. N'oublions pas qu'Enver-Pacha lui-même a été contraint de s'opposer à l'entrée de Guillaume II àConstantinople. Les Musulmans ontpour les Français une sympathie admirable. En revanche, ils prétendent ne pas pouvoir souffrir les Anglais. Certes, les Anglais leur apportent une administration excellente et des travaux im| osants. Mais les Musu1mans les croient hautains et méprisants à leur égard. Les Français, au contraire, passent pour faire des travaux médiocres et pour avoir une administration insuffisante. Mais les Français, qui ont tant de cœur et de raison, réussissent toujours à se faire aimer, malgré tout.

Bataille navale du Jutland.

Contre la Grande-Bretagne, l'Allemagne employait les mêmes armes que contre la France et la Russie. Or, elle trouvait en Grande-Bretagne un terrain beaucoup

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