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APRES LA REVOLTE

(Photo Chusseau-Flaviens.)

moins bon qu'en Russie, mais meilleur qu'en France. Aussi réussit-elle, au commencement de 1916, à soulever en Irlande une rébellion sanglante.

A peine l'ordre était-il rétabli en Irlande que la flotte allemande dirigea, contre la flotte britannique, une attaque qui permit un instant à'Guillaume II de répéter la devise trop fameuse : « Notre avenir est sur les eaux. »

D'après les rapports de ses espions, l'Allemagne estima qu'elle avait le champ

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libre. Sa flotte de haute mer quitta les rades où elle se tapissait, se déploya au nord de l'île d'Héligoland et glissa le long du Jutland.

Un groupe de dreadnoughts anglais, sous le commandement de l'amiral David Beatty, était posté à la hauteur de Scarborough.

Dès que l'amiral David Beatty eut vent de l'opération, il fit avertir son commandant en chef, l'amiral Jellicoë, puis, de son propre mouvement, se lança avec tous ses vaisseaux, à toute vapeur, dans la direction du Jutland. Son plan était

simple et magnifique : gagner de vitesse la flotte ennemie, s'insinuer entre elle et la côte, la tourner, puis, par une lutte sans merci, l'empêcher de regagner les abris qu'elle avait eu l'impudence de quitter.

Déjà, avec succès, il engageait la bataille contre les premières unités allemandes à sa portée. Mais d'autres unités allemandes arrivèrent en toute hâte et l'attaquèrent violemment sur sa gauche. Il se trouvait cerné et voyait chacun de ses bateaux en butte à une furieuse canonnade.

Tout à coup, quelques croiseurs anglais, plus légers que les dreadnoughts, vinrent au canon, attirèrent sur eux une partie des coups et sombrèrent avec tout leur équipage.

L'amiral David Beatty avait donné l'ordre de tenir jusqu'au dernier. « C'était, disait-il, le devoir et la victoire, puisque la grande flotte ne pouvait manquer d'arriver. »

L'arrivée de cette « grande flotte » fut annoncée par quatre grosses unités, à qui des appareils spéciaux donnaient une vitesse exceptionnelle. Bravement, les quatre se jetèrent dans l'action et, tout de suite, en changèrent l'aspect. L'ennemi, qui se croyait vainqueur, se troubla. Son trouble s'accrut soudain, quand, a l'horizon, apparut la « grande flotte ». Il s'enfuit. La nuit qui tombait lui permit de gagner l'ombre de la côte. En vain les bateaux anglais, malgré leurs blessures, s'épuisèrent à le poursuivre. Il réussit à ajouter aux ténèbres naissantes un voile épais de vapeurs et, par ce stratagème, atteignit ses repaires, où aucun coup ne pouvait le frapper et d'où aucun défi ne pouvait le faire sortir.

La flotte allemande avait subi des pertes plus importantes que la flotte anglaise et, de plus, s'était sans vergogne dérobée au combat. Mais, sur l'heure, l'Allemagne, conformémentà ses méthodes de guerre, communiquaaux innombrablesorganes dont elle disposait dans le monde, l'ordre de crier victoire. Ce cri, pourtant si injustifiable

LA FLOTTE ANGLAISE ARRIVE SUR LE LIEU DU COMBAT. (Photo Chusseau-Flaviens.)

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en sa plate témérité, produisit, dans l'univers, d'autant plus d'effet que la Grande- Bretagne n'annonçait rien de significatif au sujet du combat naval. Dans sa loyauté, elle attendait des renseignements complets et précis. Ce silence permit à l'Allemagne de triompher plus bruyamment que jamais. Quelques jours après, quand fut exposée, dans le détail, la victoire que la Grande-Bretagne avait remportée, il fallut que l'opinion publique, pour s'en rendre un compte exact, remportât une victoire sur elle-même. Mais c'est la consolation de 1 historien que les faits finissent toujours par l'emporter sur les mots.

Premièrement, la flotte allemande était forcée de renoncer à la mission qu'elle avait assumée pour rompre le blocus. Secondement, elle s'était enfuie, pour échapper à la destruction. Troisièmement, elle avait subi des pertes qui la diminuaient à jamais. Quatrièmement, la flotte britannique, malgré des pertes sérieuses, demeurait aussi redoutable qu'auparavant. Aussi la maîtrise de la mer, qui appartenait à la Grande-Bretagne, resta-t-elle assurée et consacrée par la bataille navale du Jutland.

L'Allemagne, sans reconnaître sa défaite, essaya de la réparer. Le combat sur la surface des mers ayant tourné contre elle, elle demanda une revanche aux torpilles de ses sous-marins.

Contre un de ses sous-marins, un capitaine au long cours, l'Anglais Friatt, osa se défendre, conformément à son droit. L'Allemagne, ayant réussi à s'emparer de lui, le fit exécuter. Cette exécution était un assassinat.

Impatience et inquiétude en Allemagne.

Tous les Etats allemands se plaignaient de la misère croissante, discutaient avec amertume sur les causes et sur les buts de la guerre, songeaient à leurs morts et à leurs blessés dont les combats devant Verdun augmentaient démesurément le nombre.

Quelques personnalités allemandes commencèrent à abdiquer toute espérance de conquête. Le socialiste Haase qui, depuis la mort de Bebel, était le chef le plus autorisé de la social-démocratie, déclarait :

— On ne peut prévoir la fin du grand massacre humain. Tout permet de croire que, en dépit de tous les succès, il n'y aura ni vainqueurs ni vaincus. Nous devrions donc offrir une paix avec le statu quo pour base.

Comme le Reichstag éclatait en protestations, Haase ajouta : « La guerre, nous socialistes, nous l'exécrons. Mais les capitalistes exigent l'extension de la puissance de l'Allemagnedans lemonde. » Laplupart des socialistes s'indignèrent contre le langage de Haase. Le socialiste Scheidemann lui cria : « Je ne vous connais plus. » Le socialiste David : « Votre politique prolonge la guerre. » Le ministre des finances Helfferich conclut : « Un tel homme est à jamais indigne du nom d'Allemand. » Pourtant, c'était le même homme qui, le 14 août 1914, comme président du groupe socialiste, avait déclaré, à la tribune, que son parti était résolu à voter les crédits pour la guerre. Ce jour-là, Haase fut applaudi frénétiquement par le Reichstag tout entier. Couvert d'outrages pour ce qu'on appelait sa trahison, il ne groupait plus autour de lui que quelques indépendants: dix-huit socialistes sur deux cents, parmi lesquels on remarquait Cari Liebknecht et Bernstein.

Helfferich, ministre des Finances, avait dit au Reichstag, pour justifier le troisième emprunt de dix milliards de marks : « L'Allemagne, pendant la première année de guerre, a dépensé trente milliards, deux milliards par mois, somme qui dépasse d'un tiers tout ce qu'a coûté la guerre de 1870-71. »

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Mais île! fferich ne s'inquiétait pas des dépenses, quelles qu'elles fussent. Pour le règlement des comptes définitifs, il se déchargeait sur le traité de paix :

« L'avenir de noire peup e doit nécessairement dans la mesure du possible, s'affranchir de l'énorme fardeau que la guerre grossit sans cesse. Il est juste qu'à travers les routes de l'avenir, le boulet des milliards soit traîné par les fomentateurs de cette guerre et non par nous. »

Il concluait en mettant la Grande-Bretagne et la France au défi de tenter un emprunt régulier. Selon lui, la résistance économique de l'Allemagne était in miment supérieure à celle de la France.

Le professeur Delbrûck applaudit ce langage et ajouta: « La France est hors d'état de subvenir à ses besoins, sans le concours de l'Angleterre et de l'Amérique. »

La France a répondu. Au moment où la piopagande allemande répandait paitout ses plus habiles mensonges, quatorze milliards étaient apportés à la Fiance, afin de hâter la victoire du Droit. Rappelons, pour faire apprécier l'énormité de cette somme, que la Banque de France n'avait en circulation que quatorze milliards de billets de banque et trois milliards de numéraire. La souscription de l'*emprunt devait se faire en billets ou en numéraire, hormis pour la conversion de la rente 3 % et de bons ou obligations de la Défense nationale. Considérons aussi le nombre inouï des souscripteurs. Magnifique manifestation de confiance. Or, la confiance est une arme de guerre irrésistible. En vain, l'Allemagne accumulait ses forfanteries et ses menaces. Le boulet des milliards, on était en train de le river à ses pieds.

Le gouvernement de Berlin, pour affirmer son autorité et se venger des déceptions, frappa sans merci sur les populations de France et de Belgique qu'il tenait sous le joug.

Dans la malheureuse Belgique, envahie presque tout entière, la résolution de combattre jusqu'à la victoire n'était pas moins ferme qu'en France où les Conseils généraux exprimaient, à l'unanimité, leur foi absolue dans le dévouement patriotique et la victoire finale de nos soldats.

En avril 1916, le gouverneur général de la Belgique, von Bissing, fit amener dans son bureau, à Bruxelles, M. Henri Pirenne, professeur d'histoire à l'Université

de Gand.

— Monsieur le Professeur, je vous nomme recteur de l'Université de Gand.

— Je ne puis accepter, monsieur. C'est du gouvernement belge que je relève. Je ne reconnais qu'à lui le droit de procéder à une pareille nomination.

— Vous refusez donc?

— Je refuse.

— C'est un refus définitif ?

— Définitif!

— En ce cas, je donne des ordres pour votre déportation en Allemagne. Pendant que M. Pirenne était conduit en Allemagne, von Bissing fit venir un

autre professeur de Gand, M. Paul Frédéricq ..Mêmes sollicitations. Même réponse. Même arrêt de déportation.

Mais les vexations de ce genre avaient beau être publiées avec éclat en Allemagne, elles n'apaisaient pas longtemps l'impatience publique. Le grand journal allemand le Tag, dans un article rédigé par des hommes de guerre, critiquait l'immobilité des troupes allemandes:

« Que la guerre de positions démesurément prolongée ne puisse pas obliger l'adversaire à s'avouer vaincu, c'est clair comme la lumière du jour! »

En B>e.mf temps, dans un article visiblement inspiré par le gouvernement

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de Berlin, la Gazette de Francfort, oigane des intérêts industriels, allumait : « Le peuple allemand désire une décision. Il est résolu à combattre. Nous sommes convaincus de la supériorité de nos armes. L'heure est venue d'enfoncer cette conviction dans l'esprit de nos adversaires. »

— « En ce cas, répondait le Tag, pourquoi l'inertie de l'armée allemande sur le front français ? »

La Galette de Francfort répliquait : « Notre renonciation temporaire à toute action de grande envergure indique simplement que nous préparons quelque chose de particulièrement sérieux et violent. »

— « Sur le iront lrançais! insistait le Tag. Bien. Mais ce serait peine perdue que de chercher la décision sur le Iront russe. Rappelons-nous l'exemple de Napoléon icr et d'Alexandre le Grand. »

Les Allemands auraient pu ne pas remonter si haut. Certaines aventures non moins édifiantes étaient beaucoup plus près d'eux. Le Tag exposait ainsi son plan de campagne:

— « Quand les Français auront épuisé leurs forces devant nos fils de fer, 'e moment viendra de transformer les dispositions qu'ont imposées à nos armes des circonstances imprévues. Ce sera l'épreuve suprême. Hommes et chevaux pousseront l'ennemi devant eux. Hommes et chevaux le lorceront à combattre, avant qu'il ait trouvé le temps de s'enterrer plus loin. »

Dans ce plan de l'ennemi, on a remarqué le trait sur les circonstances imprévues qui avaient déterminé les positions des armées allemandes. Ces circonstances imprévues s'appellent de leur vrai nom : la victoire de la Marne. Un a remarqué aussi le trait sur la prétendue tendance des Français « à s'enterrer ». Fn vérité, aucune tendance ne nous est plus étrangère. C'est l'ennemi qui avait introduit chez nous ces pratiques de « bètes puantes » qui nous lont horreur. Mais l'avenir devait démontrer que, si l'ennemi a eu tort d'entrer dans des trous, il a commis une faute plus grave encore en les quittant.

L'offensive russe arrêtée, en plein succès, par le gouvernement

de Pétrograd.

L'ennemi avait été obligé d'enlever beaucoup d'hommes et de canons au front de Russie', pour soutenir ses attaques sur le Iront français et sur le front italien. Le roi d'Italie, toujours menacé dans le Trentin par de grandes forces autrichiennes, demanda au tsar Nicolas II d'opérer une diversion.

Trois groupes d'armées russes occupaient alors, en Europe, un iront qui, de la Baltique à la Roumanie, s'étendait sur douze cents kilomètres. Le tsar, qui gardait la direction suprême de ses troupes, avait pris comme chef d'étatmajor général le général Alexeïef. Le groupe du Nord, établi depuis Riga à Dvinsk, lut confié au général Kouropatkine, ancien commandant en chef de la Mandchourie pendant la guerre russo-japonaise. Le groupe du Centre, depuis Dvinsk au Pripet, fut confié au général Evert. Venaient ensuite, du Pripet au Dniester, sous le commandement en chef du général Broussilof, l'armée du général Lœsch, l'armée du général Kalédine, l'armée du général Sakharof, l'armée du général Tcherbatchef. Une autre armée, dans la région du Dniester, opérait sous les ordres du général Letchitzki, qui avait pour mission d'attaquer en Bukovine.

Le haut commandement allemand, informé, comme toujours, de tout ce que préparait la Russie, ava:t établi ainsi les forces dont il disposait souverainement : au

sud, les troupes autrichiennes et allemandes confiées à l'archiduc Joseph-Ferdinand; au centre, les troupes allemandes confiées au prince Léopold de Bavière ; au nord, les troupes allemandes confiées au maréchal von Hindenburg.

L'offensive générale des Russes se déclencha le 3 juin. Elle fut conduite avec une vigueur incontestable, particulièrement dans la région du sud où commandait le

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