LE CHATEAU DE STIRLING
la guerre de 1914. Ce drapeau portait, suivant la coutume, les noms des victoires auxquelles le régiment avait contribué. Nous y lisions avec fierté les noms de Sébastopol et de l'Aima, qui sont aussi des victoires françaises. Sur cette soie jaune, pas l'ombre d'une bataille contre les Français! Dans le choix du régiment britannique qui arriva le premier en France, il y eut un tact chevaleresque. Du château de Stirling, on découvre la plaine où le Forth s'attarde en paresseux méandres, avant de devenir le fleuve immense qui aboutit à la mer près d'Edimbourg. Sur l'embouchure du Forth est jeté ce pont d'une admirable audace qui fut un des principaux objectifs proposés par l'Allemagne à ses sous-marins. Déjà, en 191 7, bon nombre de ces requins avaient été détruits. Pourtant l'ennemi était renseigné à fond sur toute la contrée. Chaque année, sur les bateaux de plaisance qui, pendant la belle saison, remontaient le Forth par centaines, il y avait des concerts donnés par des
musiciens nomades parmi lesquels se trouvaient des oificiers allemands.
Toute l'Ecosse a été cruellement éprouvée. Dès les débuts de la guerre, surtout aux combats de Lens, les Ecossais sont tombes par milliers. Les huit régiments de Gordon se montraient dignts de leurantique renom.
Autrefois, la duchesse de Gordon donnait un baiser àchaque recrue.
Pendant toute la guerre du Droit, chaque soldat britannique, en allant au combat, recevait le baiser de la gloire. A notre dernier entretien, en Ecosse, la grande ville d'Edimbourg avait donné le caractère d'une ardente manifestation de sympathie pour la France. Les personnalités les plus estimées de l'université, de la magistrature et de l'industrie insistèrent pour avoir des détails sur les persécutions et les atrocités allemandes. A la fin de cet entretien, lord Stathclyde, président de la Cour suprême de l'Ecosse, nous dit : — « Tout à l'heure vous verrez passer notre plus beau cuirassé. Nous l'avons lancé ce matin. C'est un navire de guerre supérieur à tout ce que les Allemands ont pu rêver de plus formidable. Devinez comment nous l'avons appelé? »
Nous avions deviné, mais nous laissâmes à notre hôte le fier plaisir de dire le mot : Verdun.