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LE GENERAL SMUTS PASSE SES TROUPES EN REVUE

(Photo Roi.)

flottera sur toute l'Afrique du Sud ». Or, ses deux meilleures colonies lui étaient enlevées par deux fils du Transvaal.

Après la victoire, le général Smuts poursuivit les Allemands et les captura, en •dépit des contingents noirs qu'ils avaient levés, en dépit des épreuves que la contrée réserve aux assaillants : la soif,la fièvre, la mouche tsétsé.

Ce fut la fin de la colonie Ostafrika, dont le nom, pendant tant d'années, avait rempli la presse allemande. Dans ce territoire, cinq fois plus grand que celui de l'Allemagne, prospéraient le chanvre sisat, le caoutchouc, le coton, les graines oléagineuses. En 1 9 1 3, sur 3i355ooo marks représentant la valeur des exportations allemandes, près de vingt millions de marks étaient fournis par ces nouvelles plantations.

Le rêve' avoué de l'Allemagne était de constituer un immense Empire dans l'Afrique centrale, en ajoutant à ses colonies le Congo français, le Congo belge, l'Angola et le Mozambique portugais, une large portion des terres anglaises de l'Union sud-africaine : plus de huit millions de kilomètres : en somme, un territoire presque aussi vaste que l'Europe. On reconnaît « la fringale germanique ». Depuis dix ans, exactement depuis juillet 1906, le sous-secrétaire d'Etat Dernburg

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surexcitait ces convoitises. Peu à peu, tous les partis de l'Empire allemand s'étaient unis pour favoriser les projets du gouvernement. Les milliards ne leur coûtaient plus rien.

Quatre mille kilomètres de chemins de fer avaient été construits aux colonies africaines. Lorsque l'Allemagne eut réussi à nous enlever une partie de notre Congo, elle construisit la voie ferrée de Dar-es-Salaam à Kigoma, commença la voie ferrée du Cameroun et, par l'entremise d'un syndicat financier, mit la main sur la voie ferrée de l'Angola. Cette voie ferrée, grâce à des capitaux allemands, allait être continuée jusqu'à Ruwe, sur le Congo. Rejoignant Dar-es-Salaam, elle formait une ligne transafricaine de l'Atlantique au Pacifique.

L'Angola devenue la proie de l'Allemagne, c'était le triomphe de l'Allemand Karl Peters, fondateur de YOstafrika. C'eût été surtout le triomphe de la barbarie. Karl Peters n'est-il pas le théorie en de la cruauté, en matière de colonisation ? Il a pour devise : « Le nègre est une bête brute, ein brutales Vieil ». Ecoutez ses enseignements :

« — Mon expérience m'a prouvé que ces peuples ne s'en laissent imposer que par la virile énergie et à l'occasion par la violence aveugle. Si je m'avise de donner un bœuf à un chet nègre, il tentera de me voler tout un troupeau. Si je lui donne un coup de fouet, il m'offrira un troupeau de bœufs. Voilà la vérité sans phrases. »

Tel est sans phrases le secret de Karl Peters. Tel est le secret de toute l'Allemagne. Les pauvres noirs de l'Afrique orientale se félicitent de leur libération. C'est, sans phrases, le sentiment de l'humanité entière.

A ce propos, le Dr Wilhelm Soif qui, à Berlin, pendant la guerre, occupait le poste de sous-secrétaire d'Etat aux Colonies, déclara, dans une de ses nombreuses brochures contre la France et l'Angleterre :

— Les Français et les Anglais, en portant la guerre aux colonies, ont réveillé les instincts des indigènes. Par leur faute, la situation de la race blanche en Afrique est ébranlée jusqu'en ses fondements. Les Alliés ont foulé aux pieds le principe de solidarité entre Européens.

Propos admirables chez un ministre de cette Allemagne qui ne cessait pas de prêcher à l'Islam la guerre sainte !

Calme relatif des deux premiers mois de 1917. Les Britanniques à Bagdad.

Pendant le mois de janvier et le mois de février, on put constater sur presque tous les fronts une sorte de trêve suspecte.

Les armées russes firent quelques petites opérations, assez vaillantes et asseî heureuses, dans la région du Nord, près de Riga et dans la région du Sud, en Bukovine, près de Jacobeni.

En France, nous attaquâmes sur plusieurs points et nous eûmes à repousser des attaques allemandes particulièrement vives au Mort-Homme, au nord de Verdun, à Maisons-de-Champagne.

Les troupes britanniques étendirent énergiquement leur front, jusqu'à la Somme, puis jusqu'à Roye, et multiplièrent les coups de main pour aguerrir leursrecrues. Pour la fin de février, elles réalisèrent des progrès significatifs, sur les deux rives de l'Ancre du côté de Bapaume. En un mois, elles avaient capturé 3 000 Allemands dont 3go officiers. En mars, elles poussèrent jusqu'à Irles qu'elles enlevèrent brillamment. i

L'ennemi déclara, à la suite de toute une pédantesque argumentation, que son

repli avait été volontaire et calculé. Au vrai, la nouvelle artillerie britannique, fort bien organisée, fort bien dirigée, lui causait de graves pertes. A tout prix, il voulait se dérober à une nouvelle bataille de la Somme. Pour le 14 février, il avait abandonné la crête qui domine Bapaume à l'ouest.

A ces succès que nos alliés remportaient sur le front français, s'ajouta t la joie d'une revanche en Mésopotamie. Le corps indien, commandé par le général Masson, infligea aux Turcs une sanglante défaite à Kut-el-Amara, s'accrocha à eux sans répit et les poursuivit sur la route de Bagdad. En ne les lâchant qu'après leur avoir arraché presque toute leur artillerie, il vengeait le général Thownshend et ses soldats qui, à Kut-el-Amara, avaient été vaincus par la famine.

Enfin, le 1 1 mars 1917, après un magnifique raid de cavalerie, sous un soleil de

ARTILLERIE ANGLAISE TRAVERSANT LE DESERT POUR SE RENDRE EN MESOPOTAMIE.

1 Photo Branper.)

feu, à travers des tourbillons de sable, il occupa Bagdad. Son entrée dans la ville où convergeaient tant de convoitises allemandes, était une délaite personnelle pour Guillaume II. Ainsi s'abîmaient d'un seul coup les immenses projets élaborés, en Orient, par les industriels et les ingénieurs que l'Empereur traînait à sa suiie.

Ajoutez que les effets militaires de cette victoire avaient leur importance. La Turquie, attaquée en Mésopotamie et en Syrie par les forces britanniques, en Perse et en Arménie par les forces russes, se sentait perdue.

Manœuvres allemandes pour une paix brusquée.

L'offensive de propagande pour la paix que déclenchait l'Allemagne avait été préparée et conduite avec la même méthode que l'attaque contre Verdun. Mais elle était d'une envergure infiniment plus vaste.

Il s'agissait de faire admettre au monde que la guerre pouvait finir « sans qu'il y eût de vainqueur, ni de vaincu », et de lui faire croire que, si la guerre continuait, c'était « parce que la France avait soif de conquêtes ».

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L'Allemagne priait sans cesse les nations neutres de demander aux Alliés quels « buts de guerre » ils se proposaient. « Vos buts de guerre ! Dites-nous vos buts de guerre ? » Peu à peu, cette expression Kriegs\iel, forgée par les Allemands et répétée par eux avec une persistance systématique, déterminait partout une sorte d'obsession dont l'Allemagne triomphait secrètement.

A la fin, le gouvernement des Etats-Unis consentit à poser la question aux belligérants : « Quels sont vos buts de guerre et vos conditions de paix î » Il ajoutait que, « en écoutant parler les adversaires, il était frappé par l'analogie de leurs déclarations générales ». M. de Bethmann-Hollweg avait osé, en effet, s'exprimer, sur la paix, de la même façon que les ministres de l'Entente et prétendre, comme eux, lui, l'homme au chiffon de papier, « qu'il défendait les droits des petits peuples » 1

Et pourtant le gouvernement des États-Unis savait bien que l'Allemagne et l'Autriche avaient foulé aux pieds les droits de la Belgique et de la Serbie; que l'Allemagne avait commis les plus monstrueux attentats; qu'elle avait réduit au pire esclavage les jeunes filles, les femmes, les vieillards du nord et du nord-est de la France.

Le gouvernement suisse imita celui des États-Unis. Mais sa note eut, à l'endroit des AlliéSj un étrange caractère de froideur. En leur conseillant défaire la paix, il n'eut pas un mot de blâme pour les envahisseurs et les bourreaux de la Belgique. Gouvernement d'un pays neutre, il faisait silence sur la violation de la neutralité Une seule chose semblait le préoccuper : son commerce entravé par la guerre qui se prolongeait. Au bout du compte, il témoignait la même amitié aux assassins qu'aux victimes. Quoi! les petits-neveux de Guillaume Tell qui avait retusé de saluer le chapeau de Gessler, se seraient inclinés devant le casque à pointe de Guillaumell!

Et quel moment ces neutres choisissaient-ils pour nous presser de faire la pa;x à tout prix? Le moment où la France commençait à être prête à faire la guerre, et où l'Angleterre allait mettre en ligne cinq millions d'hommes, tandis que l'Allemagne, ayant donné tout son effort, s'épuisait.

Aussi bien, en entendant demander ainsi: « Vos buts de guerre? » à la France et à la Belgique, on croyait entendre demander à un passant attaqué par un bandit et se débattant pour échapper à l'agression : « Pourquoi vous battez-vous? » Des « buts de guerre » l'Allemagne seule en avait !

Les Alliés, surmontant leur légitime indignation, répondirent par une note collective pleine de noblesse et de dignité. Leur but de guerre, puisque « but de guerre » il y avait, était de mettre l'agresseur hors d'état de recommencer une agression si criminelle.

Tous les honnêtes gens du monde applaudirent la réponse adressée au président Wilson par les peuples unis dans la lutte contre la barbarie. Réponse rayonnante de bonne foi et de confiance. Avec la plus absolue clarté, les Alliés indiquaient leurs conditions : restitution de l'Alsace et de la Lorraine, ainsi que des territoires conquis par la force ou contre le vœu des populations ; libération des Italiens, des Slaves, des Roumains, des Tchéco-Slaves, opprimés par l'Autriche- Hongrie; reconstitution de la Pologne. En face de l'Allemagne qui refusait de révéler ses buts ailleurs que dans une conférence, les Alliés apparaissaient, une fois de plus, comme l'incarnation de la loyauté.

Comme réplique, l'Allemagne adressa aux neutres une nouvelle note, pleine de grossières calomnies. Elle affirmait que la Belgique avait violé elle-même sa neutralité; que la Russie aspirait à s'annexer l'Empire ottoman; que l'Italie, en proie à la passion des conquêtes, voulait mettre la main sur une partie de l'Afrique.

La presse allemande et tous les services de propagande aux gages de l'Aile-

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