TORPILLAGE DE LA «LUSITANIA
i(ji4- — La guerre du DRoit. £,-3
magne accumulaient contre les Alliés des accusations de toutes sortes, sans le moindre souci de la vraisemblance.
Ils répétèrent, pour la millième fois, avec la même indignation feinte, le ridicule récit d'un avion Lançais bombardant Nuremberg et d'une automobile pleine d'officiers français pénétrant en territoire allemand, avant toute déclaration de guerre.
Vinrent, de la même source, l'annonce de nouvelles offensives formidables contre l'Italie, contre la Russie, voire contre la France : une armée de cinq cent mille Allemands devait sous peu arriver à Lyon en traversant la Suisse.
Au milieu de tous ces propos embrouillés à dessein, revenait, comme un leitmotiv, l'éloge du peuple allemand, pour qui la paix est l'idéal, et de Guillaume II, béni de ses sujets « puisqu'il est der Friedenskaiser, l'Empereur de !a Paix. »
« L'Empereur de la paix » fait la guerre sous-marine à outrance.
Pour bien prouver à quel point il méritait ce beau titre, Guillaume II donna à ses sous-marins l'ordre «de torpiller, sans avertissement préalable, les bateaux quels qu'ils fussent, même neutres, rencontrés à moins de vingt milles des côtes d'Angleterre, de France et d'Italie, pour lesquelles le blocus était prononcé (1) ».
Là-dessus Mackensen s'écria : « Guerre sous-marine à outrance, et dans quatre mois l'Angleterre sera à nos genoux.» Le peuple allemand, enivré à la pensée que l'Angleterre allait mourir de faim, répondait par un cri d'enthousiasme.
Ce peuple était pacifique à la manière de Bernhardi et de Hindenburg : « Pour que la paix se rétablisse plus vite et à notre profit, faisons la guerre aussi cruelle que possible. »
C'était la seconde fois que l'Allemagne lançait la menace d'une guerre sousmarine à outrance. Mais, même avant la première menace, elle avait toujours fait sur mer tout le mal qu'elle avait pu. Jamais les Allemands n'avaient hésité à jeter équipages et passagers dans de lrêles embarcations abandonnées aux flots, loin des côtes, dans la tempête. La plupart de ces naufragés étaient morts de faim, de soif ou de froid.
« Je torpillerai les navires-hôpitaux, déclarait l'Allemagne, parce que j'ai eu la preuve qu'ils étaient utilisés pour le transport des troupes et des munitions. » En vain les Alliés démontrèrent la fausseté de cette assertion. En vain, ils ajoutèient: « D'après les conventions de la Haye, les belligérants ont toujours le droit de visiter les navires-hôpitaux. Voilà un sur moyen de contrôle. L'Allemagne peut en user. »
— « A la menace allemande, que laut-il répondre ?s'écria M. Roosevelr, l'ancien président des Etats Unis. Rien! Absolument rien! Les États-Unis ne doivent pas plus répondre à l'Allemagne qu'un honnête homme ne répond au cambrioleur qui lui donne l'ordre de ne pas bouger pour s'enfuir avec le produit de son vol. En quoi consiste la politique mondiale de l'Allemagne sur les mers? A assassiner des non-combattants, femmes et enfants compris. Si le président Wilson a, sur la liberté des mers, une idée plus juste, il commencera par protéger les non-combattants contre l'assassinat et agira tout de suite contre l'Allemagne. »
(1) Un seul port français fut déclaré libre : le port de Cette, parce qu'il servait au ravitaillement de la Suisse et, indirectement, au ravitaillement de l'Allemagne, L1V
l() 14- — LA GUERRE DU DROIT.
Les Etats-Unis contre l'Allemagne.
Bloquer avec des sous-marins, des milliers de kilomètres de côtes, c'était en vérité, une entreprise irréalisable. Mais la cruauté et la rapacité inouïe des pirates allemands pouvait s'y donner libre cours.
Le commandant d'un de nos bateaux de guerre nous disait : « J'ai recueilli à mon bord des pêcheurs dont un sous-marin venait de couler la barque et qui erraient à l'aventure sur un canot. Les Allemands avaient arraché a ces pécheurs les pauvres anneaux d'or qu'ils portaient à leurs oreilles. »
Ainsi, suivant la parole de M. Roosevelt, le moderne Attila prétendait « étendre
son fléau dans les mers comme dans les cieux. »
Le président Wilson finit par s'en émouvoir. L'ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne lut rappelé.
L'Allemagne, dont la mauvaise foi devenait chaque jour plus criminelle, faisait l'union en Amérique comme elle l'avait faite en France et en Angleterre. Aussi bien, elle semblait s'être appliquée à se montrer aux États-Unis telle qu'elle est. Au moment même où elle multipliait à leur égard ses plus flatteuses protestations de dévouement, elle n'hésitait pas à offrir au Mexique une part du domaine appartenant aux États-Unis, pour que le Mexique s'alliât à elle. Mieux encore : elle tentait de faire entrer notre allié, le Japon, dans le complot. Les Japonais repoussèrent ces offres en déclarant :
« C'est une abomination. » Le Mexique, de son côté, promit de ne rien entreprendre contre la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, la Russie.
Quand le complot machiné par l'Allemagne fut révélé aux États-Unis par la Grande-Bretagne, un sursaut d'indignation les mit debout, en face de la nation de proie qui ne reculait ni devant les perfidies les plus abjectes, ni devant les plus monstrueux attentats. Le monde entendit le président Wilson affirmer qu'il n'avait jamais douté du côté où était le Droit et qu'il avait simplement voulu que l'opinion américaine fût éclairée par des faits évidents. Elle l'était.
Tout d'abord ces événements, malgré leur gravité inouïe, n'émurent pas l'Allemagne. Aveuglée par sa sanglanteidée fixe, elle pensait. « A quoi bon chercher sur qui retombe la responsabilité de la guerre ! C'est la carte de guerre qui importe seule. La responsabilité de la guerre retombera nécessairement sur le vaincu, la guerre étant le jugement de Dieu. D'ailleurs, l'Allemagne peut-elle avoir jamais aucune responsabilité? Elle est un peuple de maîtres (Herrenvolk). Ce sont les autres peuples qui ont une responsabilité envers elle. Croyez-nous sur parole. Glaubt uns »
Au milieu des protestations universelles, l'Allemagne trouvait, dans les résultats