UN ALBATROS DESCENDU PAR UN SPAD
front Bapaume-Péronne. En juillet 1917, à Hargicourt, les troupes britanniques n'ont subi presque aucune perte, en enlevant les premières lignes ennemies sur une profondeur de 700 mètres et sur une largeur de 1 5oo, pour s'emparer d'une colline formidablement défendue. Afin de rendre ces faits encore plus saisissants, nos alliés ont recours au cinématographe. Regardez d'abord l'assaut dirigé contre Beaumont- Hamel, en juillet 1916, c'est-à-dire à l'époque où les troupes britanniques attaquaient encore sans s'être assuré une parfaite protection d'artillerie. Vous voyez, au sortir des tranchées, les hommes fauchés par- les mitrailleuses. Regardez maintenant l'offensive de novembre 1916. Sous une voûte d'obus, les hommes progressent sans qu'aucun d'eux tombe mort. Quelle transformation ! Vous n'apercevez plus
RUINES D A.VOCOURT.
(Section photographique de l'Armée.)
trace des villages, des fermes, des points d'appui. Reportez-vous maintenant aux films de 1915. Tous les points d'appui y sont à peu près intacts. Vous reconnaissiez les villages fameux de Carency et d'Ablain. Vous reconnaissiez l'église d'Ablain, dressée au pied de la colline de Notre-Dame de Lorette. Points d'appui qui coûtaient des flots de sang! Désormais, nous n'attaquons que si l'emplacement d'un village ne se discerne plus guère que par lecroisement de quelques chemins.
Devant Verdun, pour l'attaque du 20 août, depuis le bois d'Avocourt jusqu'à Bezonvaux, le terrain avait été étudié, scruté, préparé à fond. Le temps redevenu serein favorisa nos avions qui renseignèrent notre artillerie. Tout de suite, nos gros canons, dont plusieurs de 400, achevèrent la plus salutaire besogne. Le général Franiatte, commandant l'artillerie de l'armée, ne négligea rien pour détruire les organisations défensives de l'armée du Kronprinz, sur un espace de 25kilomètres.
Par un travail de nuit, nos parallèles de départ avaient été soigneusement préparées, dans le terrain plein d'herbes et de broussailles qui séparait nos lignes des lignes ennemies. Jusqu'au jour, pour assurer la sécurité de nos travailleurs, nos patrouilles circulèrent sans bruit. Opérations difficiles et dangereuses, dans les- LVU
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quelles l'homme doit se glisser comme un serpent, l'oreille toujours aux aguets ; opérations pour lesquelles affluaient les volontaires.
Le jour se leva. A l'heure fixée, 4 h . 40, fut donné le signal de l'attaque. Dans les vallées flottait unie brume que la fumée des explosions continuelles rendait plus épaisse. Des éclairs ininterrompus illuminaient les sinuosités du terrain Bientôt traversant le bleu nacré du matin, les fusées annoncèrent notre marche en avant. Des ballons captifs télégraphiaient au poste de commandement les renseignements complémentaires. Des nuées d'avions tourbillonnaient en tous sens. Déjà, un kilomètre et demi, puis 2 kilomètres, étaient conquis en profondeur, sur un front de plus de 20 kilomètres, Déjà 45oo, puis 5 200 Allemands prisonniers, y compris 120 officiers, étaient conduits à l'arrière. De notre côté, quelques pertes, non pas insignifiantes, — la moindre goutte de sang français nous semble sortir de notre cœur déchiré, — mais des pertes très peu nombreuses.
Dans tous les premiers groupes de prisonniers, les soldats ont l'air déprimé ; les officiers, l'air anéanti.
Aucun de ces Allemands ne pouvait plus débiter la fameuse fanfaronnade en trois points dont beaucoup d'interprètes ont eu les oreilles rabattues : « L'Allemagne est absolument certaine de la victoire. Et cela, pour trois raisons. Premièrement, les Allemands sont plus nombreux que les Français ; tous les ans, les statistiques de la natalité témoignent que la France s'enfonce dans l'abîme. Secondement, l'armement et la puissance militaire de l'Allemagne lui assurent une incontestable supériorité ; sans doute, la France a beaucoup travaillé pour rattraper le temps perdu, mais l'avance de l'Allemagne est trop grande. Troisièmement, la France a les nerfs trop sensibles et le caractère versatile. L'Allemagne, au contraire, a les nerfs solides et le caractère inébranlable ; son moral, grâce à sa discipline, se maintiendra sans défaillance jusqu'à la victoire, laquelle, suivant votre Napoléon, appartient au plus opiniâtre ». Successivement, les deux premiers points de la fanfaronnade germanique avaient été démolis comme deux tortins par des 400. Avec le concours des alliés, la France a la supériorité du nombre et la supériorité de l'armement. Restait le troisième point : « Vos nerfs s'ébranlent. Vous perdez patience ». Or, voici que ce troisième point subit le sondes deux premiers. En voyant nos hommes aller si vaillamment au combat, la France entière, la grande France, raj'onnante d'espoir et consciente de sa force, crie : « Vivent les vainqueurs ! »
Mais retournons à nos Boches. Pour beaucoup de leurs officiers l'avancement est visiblement anormal. Voici d'anciens sous-officiers de carrière qui, certes, même en leurs nuits de beuverie démesurée, n'avaient jamais rêvé de porter la dragonne. Voilà un assez grand nombre d'israèlites nommés capitaines. Quelle nouveauté, ou, pour mieux dire, quelle révolution dans les traditions sacro-saintes du militarisme allemand ! « Nécessité n'a pas de loi », disait Bethmann-Hollweg. « Nécessité n'a pas de culte», dit Hindenburg.
Cependant, avouons-le, si aujourd'hui aucun de ses officiers ne croit plus à la victoire de l'Allemagne, aucun d'eux ne croit encore à sa défaite. Tousse disent: « L'Allemagne a tant de ressources et d'inventions en matière d'intrigues internationales, qu'elle se tirera d'affaire, fera une paix blanche et noire, c'est-à-dire une paix prussienne ; acquerra pour toujours la gloire d'avoir tenu en échec presque toute l'humanité; profitera de cette situation sans précédent pour assurer le triomphe de son industrie; enfin, à la prochaine belle occasion, recommencera une guerre où ni la Marne, ni PYser, ni Verdun ne seront pour elle des obstacles. »
Tout en se raccrochant à cette suprême illusion, les officiers prisonniers nous déclarent qu'ils admirent la France pour le sang magnifique qu'elle a versé et pour
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certaines vertus qu'ils croyaient mortes en elle. L'un d'eux nous vante l'habileté avec laquelle nos ouvrages sont exécutés. «Les soldats allemands, dit-il, fournissent un travail plus consommé et d'une exécution plus complexe. Mais combien les Français sont plus lestes et plus pratiques! C'est aussi une grande surprise.» Voilà, parmi les soldats prisonniers, un grand nombre de jeunes gens de la classe 17. En voila encore davantage de la classe 18. De leur côté, nos alliés de la Grande-Bretagne nous communiquent les chiffres suivants: «Sur cent prisonniers allemands, il y en a plus de vingt qui n'ont pas vingt ans». Remarquons à ce propos que, dans l'armée allemande, cet âge n'a rien d'anormal. D'après la loi allemande tout homme valide est soldat de 17 h 60 ans. Aussi en Allemagne, on n'a pas besoin d'appeler les classes. Ces lamentables petits drôles, face blême sans une ombre de moustache, yeux ronds derrière de grosses lunettes, inspirent de l'étonnement aux Français. Mais eux ils ne sont nullement étonnés d'être à l'armée. C'est leur
place. Ils savent tal, leurs camarades sont déjà désignés et seront préparés à jours plus formida- Un prisonnier besicles archidoctod'une institution juçendivehrgesell- «l'association de la fense de la patrie».
le jeune Allemand les villes et dans les enfants traverser en bliques, sous la conciers ou de lieuteles voit faire l'exerqui font le poids brouettes qui ont le poids des mit railtranchées, à ramper sur le sol, à s'inà accabler l'adversaire. Ceux de ces tions particulières sont désignés pour peu, et reçoivent une culture inten-