ATTAQUE PAR LIQUIDES ENFLAMMES
(Seclion photographique de l'Armée.)
lèvent vers le ciel. Des fusées. Des gerbes de fusées multicolores! C'est, en plein jour, un feu d'artifice féerique. Sur le délicat azur lorrain se déroulent ou se nouent des zigzags verts, jaunes, rouges ou bleus. « Voilà la plus belle 1 » On dirait la fusée légendaire qui, pendant les feux d'artifices du 14 juillet, sur la place Chevert de Verdun, arrachait aux enfants lorrains le traditionnel cri d'extase : « Oh 1 la bleue ! » Ces bariolures lumineuses qui s'évanouissent lentement ont un langage que notre artillerie a tout de suite déchiffré. Elle le traduit par un concert de détonations qui fait trembler la terre et sourire nos hommes.
Alors, sur la Voie sacrée, les camions se mettent à chanter. Ils ne chantaient pas, l'année dernière, les camions qui ont aplani, poli, lustré cette Voie! En février, mars, avril, juin 1916, les soldats amenés à Verdun pour empêcher l'ennemi de passer, restaient silencieux et graves. Suprême, poignant espoir de la patrie ! Et voici que ceux d'août 191 7 chantent, en allant à Verdun pour attaquer. Leurs camions retentissent de voix sonores, d'accordéons, de tlûtes : musiques de fêtes
ûtô I9I4. — LA GUERRE DU DROlî.
populaires. Ces Français, exaltés par le souffle étincelant de la victoire, pourquoi n'auraient-ils pas chanté ?
Tous sentent le changement accompli à leur bénéfice, dans l'art de la guerre.
Jusqu'à la fin de 1 9 14, cet art avait consisté dans la manœuvre. Des deux parts, les chefs manœuvraient pour déborder l'adversaire. Ces grands mouvements stratégiques, conformes aux enseignements classiques, remplissent les quatre premiers mois. Mais, pour le cinquième mois, les deux adversaires avaient couvert leur front d'ouvrages défensifs, et chacun d'eux s'appuvait a une infranchissable barrière : vers l'ouest, la mer; vers l'est, la Suisse. Dès lors, une seule entreprise semblait possible : enfoncer le front, malgré les défenses dont il se couvrait. Nous avons tenté cette entreprise en Artois et en Champagne. Tout d'abord nos succès furent magnifiques. Mais l'ennemi se replia à quelques kilomètres et nous arrêta devant des positions plus solides, établies à contre-pente des collines. Bientôt on s'avisa d'un procédé nouveau : écraser sous un bombardement prolongé les positions à conquérir. C'est ai Dsi qu'en usa l'ennemi, dans son oflensive contre Verdun, en 1916. Ce procédé, perfectionné par la France et la Grande-Bretagne, fit ses preuves sur la Somme. Le 24 octobre 1916 et le i5 décembre 1916, nos vagues d'assaut progressèrent, précédées d'un barrage d'artillerie se déplaçant avec elles. C'est ce que nos hommes appellent le barrage roulant. En 1917, ce procédé se perfectionna encore, surtout en ce qui concerne à la fois le barrage roulant, l'artillerie d'accompagnement et l'intervention des avions comme éclaireurs, bombardiers ou mitrailleurs. De la, les victoires de Vimy, le 9 avril, et de Messines, le 7 juin. Dans ces victoires, les pertes subies par l'infanterie diminuaient de plus en plus. L'ennemi essaya d'opposer une parade nouvelle au nouveau genre d'attaque. Il abandonnait sa première position, disposait des noyaux de résistance entre sa première et sa seconde position, s'appliquait à rompre nos vagues d'assaut, et, quand elles semblaient rompues, lançait sur elles une masse de troupes fraîches. Pour déjouer cette combinaison, il nous suffit de nous arrêter aux premières lignes conquises et d'attendre que l'ennemi ait lancé ses troupes fraîches : notre tir de barrage en avait raison.
Désormais, dans le combat, nous faisons en sorte que sans cesse la science vienne en aide au courage. Jamais science française n'a été plus inventive; jamais courage français plus réfléchi. Chaque jour, la science met des armes plus redoutables et plus nombreuses aux mains de nos soldats. Chaque jour, leur courage s'adapte mieux aux nécessités de la guerre moderne.
Le combat se développe par les phases suivantes : Phase de l'artillerie. Nos pièces préparent l'attaque, en détruisant les tranchées, les ouvrages, les batteries de l'adversaire. Phase de l'aviation. Nos avions indiquent exactement à nos pièces ce qu'elles ont à détruire. Ils permettent de dresser des cartes révélant, jusque dans le détail, où en est notre préparation d'artillerie. Enfin, au moment de l'attaque, ils assurent la liaison soutenue de l'artillerie avec l'infanterie. Phase de l'infanterie. L'attaque commence. Tout est prévu pour que cette attaque se modifie conformément à tous les accidents du terrain et à toutes les péripéties de la lutte : plaine nue ou colline boisée, village avec ou sans caves, tirs de barrage, jets de flammes ou nappes de gaz. La vague d'assaut ne prend plus son élan que lorsqu'elle est précédée de la vague de feu. Dans notre offensive du 20 août 1917 devant Verdun, la proportion entre l'infanterie et l'artillerie a été de 60 pour 100 d'artilleurs pour 40 pour 100 de fantassins. La diminution des pertes est mise en lumière par certains faits sur lesquels insiste la Grande-Bretagne. Au commencement de 191 7, un bombardement de cinq mois a forcé l'ennemi à abandonner sans coup férir le
UN COMBAT AERIEN