‹ 1914Chapitre 75 sur 215 · QUE DANS UN VIL- DU FRONT · texte numérisé non relu

QUE DANS UN VIL- DU FRONT

phique de l'Armée).

tier de soldat devient obligatoire à partir de treize ans.

L'ennemi a affirmé qu'il savait le jour et l'heure de notre offensive (4,40-20-8). Comme il avait amené, dans ses retranchements renforcés, cinq divisions de réserve avec une puissante artillerie lourde, il pensait n'avoir rien à craindre. L'efficacité de notre artillerie, la clairvoyance de nos aviateurs et surtout l'incomparable bravoure de nos fantassins, l'ont détrompé. En vain, des nappes de gaz asphyxiants furent lancées contre nos vagues d'assaut. Nos soldats se contentèrent de mettre leurs masques. Prodigieuse endurance. Dès que ces braves gens avaient enlevé leur cagoule et déposé leur fusil, ils prenaient la pelle. C'était là. dans toute la force du terme, un travail de Romain.

Contre nous, le Kronprinz avait disposé cinq divisions de réserve avec 480 batteries.

Notre i3e corps (i23e et 126* divisions) enleva, sur la rive droite, la côte de Talou, le hameau de Champ, le Village de Ghampneuville, les côtes 344 et 240 au nord de

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Louvemont, une partie du bois des Fosses, du bois le Chaume et la ferme de Mormont. Nous parvenions à Beaumont et presque au bois des Caurières. Sous l'action croissante de notre bombardement, l'ennemi avait retiré la plus grande partie de ses forces. Au Talou, il ne laissait plus qu'un ou deux bataillons, mais avec un très grand nombre de mitrailleuses. La 6e division allemande, division de Brandebourg, perdait 3 ooo prisonniers dont 70 officiers. Parmi les prisonniers on reconnaissait des musiciens et des cuisiniers. Tout ce qui se trouvait en état de marcher était poussé en avant.

Au Mort-Homme et à la cote 3 04, l'ennemi, si voisin de nous, n'aurait pas pu

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iSeaion photographique de l'Armée.)

se retirer sans s'exposer à un désastre. Impossible de taire jouer la combinaison Hindenburg. C'est pourquoi, sur la rive gauche, nous avons lait beaucoup plus de prisonniers que sur la rive droite : 6 000, ici ; 2 000, là.

Un des ouvrages les plus durs à enlever lut le tunnel des Corbeaux, lequel, passant sous la côte de l'Oie, amenait l'ennemi au ravin des Caurettes. Premièrement, les deux bouches principales du tunnel furent obstruées. Quelques hommes envoyés en reconnaissance apprirent que le tunnel avait d'autres orifices. Une compagnie qui s'élança à la découverte essuya un terrible feu de mitrailleuses. On resserra la surveillance autour de l'ouvrage tout entier. Le silence se refit et la nuit vint. Combien y avait-il d'Allemands dans ce tunnel ? N'allaient-ils pas tenter une sortie sur nos positions insuffi amment organisées? Nous découvrîmes quelquesunes des cheminées qui servaient à l'aération du tunnel. Des grenadesy lurent jetées, pendant que nous préparions des mines. Devant tous les orifices, nous dressâmes des barricades de sacs à terre et de bois. L'aurore apparut. Un commandant, revenu de nos positions nouvelles, jeta un coup d'ceil sur nos travaux et murmura : « On va bien voit ». Il courui à la principale bouche, celle du nord, et cria : « M'entendez-

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vous? » Voyant s'avancer un officier allemand, il déclara : « Vous n'avez qu'à vous rendre. — Jamais. — On ne vous demande pas votre avis Je vous fais connaître nos conditions. Si vous ne vous êtes pastous rendus dans un quartd'heure, chefs en tête, letunnel sautera. Les mines sont prêtes. — Soit. Je transmettrai au major ce que vous me communiquez. » Neuf minutes après, cet officier allemand reparut avec treize autres, dont le major. Ils déclarèrent avec une insigne prudence : « Nous demandons que nos troupes soient évacuées par la bouche du sud. Elles échapperont ainsi au bombardement. » Alors 795 prisonniers allemands défilèrent. Quelques-uns d'entre eux, plus ou moins blessés, étaient soutenus par leuis camarades. Tous avaient le visage délait par la fatigue et bouleversé par la peur. Nos hommes ouvraient leurs rangs pour les laisser passer et les dévisageaient en souriant. Si dédaigneux qu'il soit, un sourire est un sourire. L'un des Allemands, qui savait le français engagea la conversation : « Ma foi ! dit-il, il était moins cinq ». Nos hommes éclatèrent de rire Là-dessus, un autre soldat allemand qui portait aubras le brassard des brancardiers, hurla : «C'est la faute de l'empereur et de ses hobereaux. Nous espérons bien que tout cela va finir. L'Allemagne est à bout. » Apercevant un de nos officiers, il ajouta : « Voulez-vous que je vous mène dans tout le tunnel? — Bonne idée : mène-nous », répondit l'otficier. Et, se tournant vers un des officiers allemands, il lui dit: « Vous nous accompagnerez, n'est-ce pas, monsieur?»

La crête du Talou domine Verdun. De cette hauteur, suivant un dicton du pays, « on voit la cathédrale de Verdun mieux que si l'on y était ». L'ennemi, qui prétendait s'être retiré volontairement d'un tel observatoire, aurait donc éprouvé subitement la fringale de la défaite !

Cependant il ne consentait pas à être vaincu. Pour dégager la cote 304 que cernait la 3ie division Martin, il attaqua au bois d'Avocourt, dans la nuit du 20 au 2 1 ; puis, vers le Mort-Homme, dans la journée du 2 1 . Il parvint jusqu'à notre première ligne improvisée en hâte. Quelques instants après, il en fut rejeté et, de nouveau, nous laissa des prisonniers.

Le 24 août, à 6 heures du matin, no re 26e divis on d'infanterie (généra! Pauffin de Saint-Morel) s'élança vers la cote 3o4 et l'enleva d'assaut. Une centaine de prisonniers restèrent entre nos mains. Puis, d'une paît, nous prenions le bois Camard, et, d'autre paît, nous atteignions, entre Haucourt et Béthincourt, le ruisseau de Forges. Deux kilomètres gagnés. Au même moment, nous gagnions un kilomètre au nord du Mort-Homme. Nos positions devenaient ainsi encore plus avantageuses.

Sur la rive gauche, devant le Mort-Homme et la cote 304, dans la vaste lande de hautes herbes et de buissons, l'ennemi préparait la combinaison Hindenburg, laquelle, répétons-le, consiste à céder la première ligne et à lancer, de la seconde, des attaques avec des troupes fraîches. Nous avons paré le coup en nous organisant fortement et en écrasant, sous le feu de notre artillerie, toutes les troupes fraîches lancées contre nous.

En quatre jours, nous reprenions, à peu de frais, ce qui nous avait été arraché, en quatre mois, avec d'énormes sacrifices.

A propos de la cote 304, un prisonnier rapporta le propos d'un général de division allemand : « Si les Français reprennent la cote 304, nous sommes plus qu'à moitié perdus. » Cette déclaration n'avait qu'une portée toute locale. La possession de la cote 304 ne pouvait exercer une influence décisive sur l'ensemble du front franco-britannique. Néanmoins, cette position était d'une extrême importance. Elle commandait au nord de la région, aussi loin que pouvaient porter les canons. Sous son feu immédiat, elle avait la vallée du ruisseau de Forges, depuis

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Malancourt jusqu'à Béthincourt. A gauche, elle soutenait le bois d'Avocourt et à droite, le Mort-Homme. C'est le point principal de la ligne qui va du bois d'Avocourt à la côte de l'Oie par le Mort-Homme.

Contre la cote 3o4, l'ennemi dirigeait des attaques forcenées. Rien ne lui coûtait, ni les munitions ni les hommes. Cette cote 304 était redevenue un des cercles de l'enfer. « Et pourtant, nous dit un de ses anciens défenseurs, notre ami le commandant Beyler(de Reichshoffen), rien ne pourra jamais égaler ce que nous avons enduré là, en 1916 ! Un jour, tout ce qui se trouvait à notre droite et à notre gauche fléchissait. Alors, j'ai crié à mes hommes : « Nous tenons, n'est-ce pas? » A la fin, j'ai été blessé grièvement. Je suis allé me faire panser, en enfonçant jusqu'au ventre dans les cadavres en putréfaction. En arrivant à l'ambulance, je sentais la peste. »

C'est la 42e division qui, le 20 août, enleva les positions ennemies, entre le saillant des Caurières et la croupe à l'est du ravin de la Fahelle. C'est elle qui, six jours après, s'avança, entre la tranchée du Chaume et la sortie sud-est de Beaumont, enrecueillant 3oo prisonniers, 14 canons «48 mitrailleuses. C'est la 5e brigade qui enleva la cote 3o4, le 24 août. C'est la 1 65e division qui, le 20 août, enleva quatre lignes de tranchées, sur un front de 1600 mètres et une profondeur de 1 5oo. C'est elle qui, cinq jours après, enleva le bois de Beaumont, en recueillant i65o prisonniers, 4 canons et 5o mitrailleuses. C'est la 25e division qui, le 20 août, sur un front de deux kilomètres, enleva la partie sud du bois d'Avocourt, en recueillant 800 prisonniers, 3o mitrailleuses, 10 canons. C'est la 26e division qui, le 20 août, attaquant entre le bois de Malancourt et la Hayette, sur un front de 3 kilomètres, recueillit 5oo prisonniers, 4 gros canons, 8 mitrailleuses. C'est la 128e division qui s'empara du plateau des Caurières, du bois le Chaume, en recueillant 800 prisonniers, 9 canons et 7 mitrailleuses. Le général Riberpray qui la commandait est tombé au milieu de ses hommes.

Honneur à ces divisions ! Honneur aux divisions qui ont héroïquement repoussé les contre-attaques ! Honneur à la division marocaine qui, à droite du Mort-Homme, a enlevé le bois des Corbeaux et Regnéville, jusqu'au ruisseau de Forges ! Honneur à l'aéronautique de l'armée de Verdun, qui a si bien mérité d'avoir la garde du drapeau de l'aérostation française 1

En somme, nos troupes, qui attaquaient le long des deux rives de la Meuse, étaient en avance de deux jours sur le plan arrêté par le Haut Commandement. Elles avaient enlevé, le 20, sur la rive gauche, le Mort-Homme, le bois des Corbeaux, le bois de Cumières ; sur la rive droite, la cote 344, la cote 240 : lieux-dits à jamais illustres, au premier plan de l'histoire.

Le ai, elles enlevèrent la côte de l'Oie, Regnéville, Samogneux, le bois d'Avocourt, le Mort-Homme; elles eurent raison desfortifications énormes construites par l'ennemi; prirent la cote 3o4, le bois Camard, la longue suite d'ouvrages fermés qui se succédaient au nord de la cote 304, et parvinrent au ruisseau de Forges. C'était la limite de nos positions au moment de l'offensive allemande du 21 février 1916, la plus formidable offensive que l'histoire militaire eût jamais enregistrée. Le 26, sur la rive droite, elles avaient progressé vers le bois des Fosses et le bois de Beaumont.

Le 8 septembre, au matin, l'assaut fut dirigé contre le reste du bois des Caures et la crête des Caurières. L'ennemi put croire d'abord notre entreprise vouée à un échec. Le brouillard d'automne était encore plus intense qu'au 24 octobre 1916. Si blanc et si épais, il donnait la sensation d'une muraille neuve. Mais le commandement français faisait tout entrer en ligne de compte, même le brouillard.

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Nos hommes avaient reçu des instructions spéciales et chaque chef de groupe portait sur lui une carte avec une boussole. L'objectif étant les positions ennemies de seconde ligne, les chefs de groupe avaient été exactement renseignés sur les tranchées et les réseaux de fils de fer à franchir. Tous devaient maintenir avec soin leur direction à 16 degrés vers le nord-est. Le brouillard rarement demeure hostile en tout. Grâce à son voile, nos hommes purent s'avancer, coude à coude, jusqu'à la tranchée ennemie. Là, brusquement, commença une lutte qui fut des plus

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