FORGES. — PONT CONSTRUIT AVEC DES VOITURES
(Section photographique de l'Armée.)
violentes. Dans les trous du sol, les mitrailleuses, placées en flanquement. crachaient les balles. Une pluie de grenades à main arrosait les entonnoirs. Malgré tout, la côte de Chaume tut prise. La conquête de la crête des Caurières suivit. L'ennemi s'était défendu désespérément. Là aussi, tout ce qui pouvait lancer une grenade était envoyé au combat : les pionniers à côté des téléphonistes, les cuisiniers à côté des signaleurs. Les forces allemandes se repliaient, refoulées à gauche par la division Hennocque et à droite, par la division Philjpot, qui avait contre-attaque spontanément.
Le président de la République se rendit à Verdun où il remit la grand'eroix
Ql
g 10,1 4. — LA GUERRE DU DROIT.
de la Légion d'honneur à « Henri-Philippe-Benom-Omer-Joseph Pétain, qui a défendu et sauvé Verdun ».
Le général Guillaumat, commandant l'armée de Verdun, fut cité à l'ordre du jour. Né en i S63, sorti premier de Saint-Cyr, Guillaumat avait fait campagne au Tonkin et en Chine. Pendant les mois tragiques de 10,16, le Ier corps qu'il commandait avait puissamment contribué, avec le 20e corps, à barrer la route à l'ennemi. Lorsque le général Nivelle, nommé généralissime, avait quitté le commandement de l'armée de Verdun, c'est à Guillaumat qu'il l'avait confié.
— « Verdun, citadelle idéale où s'est retranché le droit! Jamais l'armée française n'a montré plus de courage et plus d'entrain » Ces mots que tous les Français méditèrent avec fierté, le président de la République les a prononcés à Verdun même, et sur la place d'armes.
Le seul fait de les avoir prononcés là, en plein air, et non plus dans la profondeur d'une casemate, prouvait l'immense progrès accompli; mieux encore: l'éclatante victoire remportée.
Le vieux piège prussien des pourparlers de paix.
En même temps que sur le Iront de Verdun, nos troupes combattaient vaillamment sur le front de l'Aisne.
Le 27 septembre, l'ennemi attaqua au plateau des Casemates, au plateau de Californie et vers Cerny : le 3o, au sud d'Aillés. Partout, nous le refoulions.
La France apprenait avec fierté que la grand'croix de la Légion d'honneur était décernée au général Pétain. Elle apprenait avec une cruelle émotion la mort de l'aviateur Guynemer, tant de fois victorieux, qui, par son abnégation, sa foi et sa modestie, représentait si bien la fi eur héroïque de la jeunesse française. Tout entière elle redoublait d'admiration pour ses soldats et de confiance en leurs chefs.
Cependant, certains mouvements politiques continuaient à lui donner de l'inquiétude.
Des changements s'étaient produits dans le ministère. L'amiral Lacaze, ministre de la Marine, avait été remplacé par M Chaumet, député de la Gironde. M. Malvy, ministre de l'Intérieur, fut contraint de donner sa démission, le jour où on arrêta, comme inculpés de haute trahison, les rédacteurs du Bonnet Rongea qui le ministre semblait conserver, malgré tout, la sympathie que ce journal avait pu mériter, aux heures héroïques d'août 1914.
Bientôt se constitua un ministère nouveau. M. Ribot abandonna la présidence du conseil à M. Painlevé, ministre de la Guerre, et garda le ministère des Finances. Au ministère de l'Armement. M. Thomas fut remplacé par un industriel, M. Loucheur. Quatre ministres sans portefeuille furent nommés : MM. Bourgeois, Barthou, Doumer, Jean Dupuy, qui firent partie du Conseil de guerre.
Les nouvelles séances secrètes de la Chambre irritaient l'opinion par leurs échos grossis et souvent dénaturés.
Brusquement, se multiplièrent les scandales. A la Chambre, dans le vestiaire d'un député, Turmel. on trouva vingt-cinq billets de mille francs suisses. Les amis de ce député ne purent essayer de le défendre qu'en disant qu'il faisait, en Suisse, de la contrebande et non pas de Tespionnage Après l'affaire du Bonnet Rouge, vinrent les procès Bolo, Malvy, Caillaux, Humbert.
L'ennemi réunissait toutes les forces de sa propagande, consentait à tous
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les sacrifices d'argent, sur tous les terrains, comme il consentait h tous les sacrifices desang, sur les champs de bataille, et employait tous les moyens pour faire tomber la France dans le piège de l'armistice.
C'est le vieux piège prussien, si célèbre dans toute l'histoire.
Dès que la Prusse a senti passer sur elle le vent de la défaite, elle a toujours tendu le même piège et toujours, dans ce même piège, sont tombés ses adversaires.
En 1 <S 1 3, après la retraite de Russie, Napoléon avait mis debout une admirable armée. Pénétrant au cœur de l'Allemagne, il remportait la victoire de Lutzen, le 2 mai, puis rejetait Prussiens et Russes en Silésie jusqu'à l'Oder. Sur le conseil de la Prusse, l'Autriche lui proposa son intervention pour un armistice. Gendre de l'empereur d'Autriche, Napoléon accepta cette intervention. L'armistice de Foischwitz fut conclu, le 4 juin. Un Congrès se réunit à Prague. Les plénipotentiaires français avouèrent leur désir d'en finir « avec une si horrible guerre » La France occupait alors les deux tiers de l'Allemagne, la Belgique, la Hollande, la Suisse, l'Italie, l'Espagne. Carte de guerre sans pareille. Mais la Prusse, par la bouche de Scharnhorst, le réorganisateur de l'armée prussienne, souleva toutes sortes de discussions. Quand, soudain, la volonté bien arrêtée de la Prusse rompit les pourparlers, tout était prêt contre Napoléon. Il succomba sous le nombre et la trahison à Leipzig. On se rappelle avec quel éclat l'Allemagne, à la veille de la guerre du Droit, a commémoré le centenaire de cette « bataille des Nations ».
Même piège tendu au Danemark, par l'Allemagne, en 1864. La Prusse et l'Autriche, ces deux puissances de proie que nous devions avoir contre nous en 1914, s'étaient ruées sur le pauvre petit Danemark qui résistait bravement dans l'île d'AIsen. L'Angleterre et la France étaient résolues à intervenir pour le sauver. Alors la Prusse entama des pourparlers de paix. Une conférence s'ouvrit à Londres, le 28 avril 1864. Là aucune insistance ne put amener ni l'Autriche ni la Prusse à réduire leurs exigences. Le 26 juin, se rompirent soudain les pourparlers Mais, pendant la suspension d'armes, la Prusse avait accumulé, devant l'île d'Alsen, non seulement de l'artillerie lourde (déjà!), mais des pontons et des bateaux à fond plat. Onze bataillons y passèrent Le Danemark fut écrasé. Bientôt, par le traité de Vienne, la Prusse s'annexait les Trois-Duchés, c'est-à dire un ensemble de côtes sur la Baltique et la mer du Nord, avec le port de Kiel. En l'esprit des pangermanistes, s'ébauchaient les vastes projets que précisera la formule de Guillaume II : « L'avenir de l'Allemagne est sur l'eau ». Rappelons que, dans le traité de Vienne, la Prusse déclarait : « L'annexion des provinces danoises sera subordonnée à un plébiscite. » Jamais ce plébiscite n'eut lieu tant que l'Allemagne resta la plus forte.
De même encore, en 191 3, les pourparlers de paix, conseillés par l'Allemagne, interrompirent la guerre entre les confédérés balkaniques et la Turquie, pour sauver laTurquie dont l'Allemagne escomptait l'alliance. Les Turcs, vaincus à Kirk-Kilissé et à Lule-Burgas, allaient être condamnés à disparaître de l'Europe. Mais, guidés, soutenus et ravitaillés par l'Allemagne, ils demandèrent un armistice (1). Les confédérés balkaniques, appuyés par la Triple Entente, croyaient à une paix immédiate. Pendant près d'un mois, les Turcs mentirent comme peuvent mentir des Turcs que des Allemands inspirent. Quand se rompirent soudain les pourparlers de paix, la presqu'île deTchatalja était barrée par des réseaux de fils de fer barbelés, la ville d'Andrinople, entourée de fils de fer barbelés et de tranchées bétonnées. L'Allemagne prit soin de révéler au monde sa ruse de guerre. Le maréchal von der Gohz écrivit : « On se figure que, au début, Andrinople était une forteresse redoutable.
(1) Voir La Guerre du Droit, Ier volume
19'4- — IA GUERRE DU DROIT. gig
les sacrifices d'argent, sur tous les terrains, comme il consentait à tous les sacrifices de sang, sur les champs de bataille, et employait tous les moyens pour faire tomber la France dans le piège de l'armistice.
C'est le vieux piège prussien, si célèbre dans toute l'histoire.
Dès que la Prusse a senti passer sur elle le vent de la défaite, elle a toujours tendu le même piège et toujours, dans ce même piège, sont tombés ses adversaires.
En 181 3, après la retraite de Russie, Napoléon avait mis debout une admirable armée. Pénétrant au cœur de l'Allemagne, il remportait la victoire de Lutzen, le z mai, puis rejetait Prussiens et Russes en Silésie jusqu'à l'Oder. Sur le conseil de la Prusse, l'Autriche lui proposa son intervention pour un armistice. Gendre de l'empereur d'Autriche, Napoléon accepta cette intervention. L'armistice de Foischvvitz fut conclu, le 4 juin. Un Congrès se réunit à Prague. Les plénipotentiaires français avouèrent leur désir d'en finir « avec une si horrible guerre » La France occupait alors les deux tiers de l'Allemagne, la Belgique, la Hollande, la Suisse, l'Italie, l'Espagne. Carte de guerre sans pareille. Mais la Prusse, par la bouche de Scharnhorst, le réorganisateur de l'armée prussienne, souleva toutes sortes de discussions. Quand, soudain, la volonté bien arrêtée de la Prusse rompit les pourparlers, tout était prêt contre Napoléon. Il succomba sous le nombre et la trahison à Leipzig. On se rappelle avec quel éclat l'Allemagne, à la veille de la guerre du Droit, a commémoré le centenaire de cette « bataille des Nations ».
Même piège tendu au Danemark, par l'Allemagne, en 1S64. La Prusse et l'Autriche, ces deux puissances de proie que nous devions avoir contre nous en 1914, s'étaient ruées sur le pauvre petit Danemark qui résistait bravement dans l'île d'AIsen. L'Angleterre et la France étaient résolues à intervenir pour le sauver. Alors la Prusse entama des pourparlers de paix. Une conférence s'ouvrit à Londres, le 28 avril 1864. Là aucune insistance ne put amener ni l'Autriche ni la Prusse à réduire leurs exigences. Le 26 juin, se rompirent soudain les pourparlers Mais, pendant la suspension d'armes, la Prusse avait accumulé, devant l'île d'Alsen, non seulement de l'artillerie lourde (déjà!), mais des pontons et des bateaux à fond plat. Onze bataillons y passèrent Le Danemark fut écrasé. Bientôt, par le traité de Vienne, la Prusse s'annexait les Trois-Duchés, c'est-à dire un ensemble de côtes sur la Baltique et la mer du Nord, avec le port de Kiel. En l'esprit des pangermanistes, s'ébauchaient les vastes projets que précisera la formule de Guillaume II : « L'avenir de l'Allemagne est sur l'eau ». Rappelons que, dans le traité de Vienne, la Prusse déclarait : « L'annexion des provinces danoises sera subordonnée à un plébiscite. » Jamais ce plébiscite n'eut lieu tant que l'Allemagne resta la plus forte.
De même encore, en 191 3, les pourparlers de paix, conseillés par l'Allemagne, interrompirent la guerre entre les confédérés balkaniques et la Turquie, pour sauver laTurquie dont l'Allemagne escomptait l'alliance. Les Turcs, vaincus à Kirk-Kilissé et à Lule-Burgas, allaient être condamnés à disparaître de l'Europe. Mais, guidés, soutenus et ravitaillés par l'Allemagne, ils demandèrent un armistice (1). Les confédérés balkaniques, appuyés par la Triple Entente, croyaient à une paix immédiate. Pendant près d'un mois, les Turcs mentirent comme peuvent mentir des Turcs que des Allemands inspirent. Quand se rompirent soudain les pourparlers de paix, la presqu'île deTchatalja était barrée par des réseaux de fils de fer barbelés, la ville d'Andrinople, entourée de fils de fer barbelés et de tranchées bétonnées. L'Allemagne prit soin de révéler au monde sa ruse de guerre. Le maréchal von der Goltz écrivit : « On se figure que, au début, Andrinoplc était une forteresse redoutable.
(1) Voir La Guerre du Droit, ier volume.
Quelle eireur! Le système de défense demeurait des plus primitifs: tranchées ouveites, batteries à ciel ouvert. L'unique amélioration a été notre rapide établissement de fils de fer, pendant les/ dernières semaines. » Parmi ces lianes meurtrières s'empêtra l'infanterie balkanique, et le feu des tranchées l'acheva. La Turquie était sauvée. Et ce fut elle qui, pendant la Guerre du Droit, favorisa le ravitaillement de l'Allemagne par l'Asie mineure.
En 1 9 1 7, l'Allemagne, qui avait été battue devant Verduncomme sur la Somme, tendait à la France le vieux piège prussien. La France n'y tomba point. Avec son clair bon sens, elle se disait qu'une des premières régies de toute escrime, c'est de ne pas faire ce que l'ennemi souhaite.
Nous connaissons aujourd'hui les propositions auxquelles l'Allemagne avait résolu de s'en tenir. Ludendorff les indique formellement dans ses Souvenirs de Guerre.
L'Allemagne aurait voulu d'abord ouvrir une conférence pour la paix dans une ville neutre. Le 12 janvier 1017, les Alliés avaient répondu par un relus, lequel fut confirmé à la fin du même mois.
Or, le 29 janvier, au quartier général de la Direc ion de la guerre, à Pless, dans le bureau de Ludendorff, s'étaient réunis le chancelier et le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. A la suite d'une discussion approfondie, Ludendorff et les ministres se rendirent chez l'Empereur et lui communiquèrent le texte suivant :
« Exiger avant tout la restitution de la partie de la Haute-Alsace que les Alliés occupent; la rétrocession des colonies allemandes, augmentées de teiritoires proportionnés à l'étendue et aux intérêts économiques de l'Allemagne: une frontière orientale par laquelle l'Allemagne et la Pologne fussent mises à l'abri des attaques russes; des traités de commerce plus avantageux; la liberté des mers. N'accorder la restauration de la Belgique, que sous réserve de garanties à débattre avec les Belges seuls. Quand, sur cette base, les négociations auront été en partie menées à bien, l'Allemagne examinera si elle doit cesser la guerre sous-marine et évacuer la France. »
Après avoir commenté ces conditions qu'il jugeait « fort acceptables », Ludendorff, au nom du Haut Commandement, conclut ainsi :
« Que l'Entente négocie d'abord sur cette base ! Et si l'on n'arrive pas à s'entendre, l'Entente sera toujours à même de recommencer la guerre. »
Victoires britanniques et françaises dans les Flandres.
Sur le front britannique, la campagne d'été avait paru d'abord débuter d'une façon défavorable pour nos alliés. Ils durent abandonner le petit secteur qu'ils tenaient dans les dunes au nord des bouches de l'Yser, puis quelques éléments de tranchées aux environs de Monchy-le-Preux.
Cependant, avec leur plus belle ténacité, ils accumulèrent, aux principaux endroits, des forces et un matériel de guerre qui allaient leur permettre d'engager une immense bataille.
Sur un espace de vingt kilomètres, depuis la Basse-Ville, sur la Lys, jusqu'à Steenstraate, au sud de Dixmude, ils disposaient de deux armées britanniques et d'une armée française.
A droite, l'armée britannique que commandait le général Gough; au centre l'armée britannique que commandait le général Plumer ; à gauche, au sud de Dixmude, l'armée française que commandait le général Anthoine.
Leur préparation d'artillerie, organisée avec un soin minutieux, produisit d'au-