AU DÉBUT DE
Préparatifs sur tous les fronts.
Chez les Alliés du Droit, tous ceux qui se rendaient un compte exact de la situation, parce qu'ils connaissaient à fond l'Allemagne, avaient ainsi résumé d'avance l'histoire de cette guerre :
Trois parties, qui dureront chacune au moins une année. Première partie : l'arrêt de l'ennemi. Une année suffira à peine. L'ennemi s'est préparé depuis un siècle ! Seconde partie : la préparation du refoulement. Les Alliés devront rattraper l'avance que l'ennemi a sur eux. Troisième partie : le refoulement de l'ennemi. Opération assurément fort difficile, mais dont le succès sera complet sitôt que les Alliés l'accompliront avec ensemble. Attaqué à la fois sur le front russe, sur le Iront roumain, sur le front de Salonique, sur le front italien, sur le front français et sur le front anglais, l'ennemi sera battu et chassé comme il doit l'être.
Ainsi, sans nul doute, tout se serait passé, si l'ennemi n'avait pas réussi' à supprimer le front russe et à ébranler profondément le front italien.
La suppression du front russe devait être compensée par le concours des Américains. Mais les Américains ne pouvaient pas arriver si vite. En attendant, l'Allemagne, par sa propagande, faisait répéter, même par certains Français, que les
difficultés du transport étaient telles que ce concours resterait toujours illusoire. A quoi les Américains répondaient d'un mot, ou plutôt d'un chiffre, en élevant pour 1919, leur budget à 63 milliards.
De plus, afin de pallier à la « défection russe », d'accord avec le Japon et la Chine, ils surveillaient étroitement la Sibérie, à cause du chemin de fer transsibérien.
De leur côté, les Britanniques redoublaient d'efforts en Palestine comme en Mésopotamie.
Enfin, l'armée alliée de Salonique, sûre de la fidélité et même de l'appui du nouveau gouvernement grec, se tenait prête à agir sous le commandement de son nouveau chef, le général Guillaumat, qui avait donné sa mesure à la tête de l'armée de Verdun.
D'autre part, l'ennemi comprenait bien que, pour mettre à profit l'avantage que lui apportait la défection russe, il devait agir sans retard. Suivant son habitude, il fit précéder son action militaire d'une action de propagande à grand fracas. Il annonça de nouveaux canons, de nouvelles mitrailleuses, de nouveaux gaz, une nouvelle méthode de combat, un nouvel effort sur le front franco-britannique par 210 divisions d'infanterie et par i5oooo hommes de réserve, exercés à l'arrière. Guillaume II, dans un sermon prononcé à Cambrai, prétendit même pailer et agir « au nom de l'Eternel. »
Pour porter le grand coup, Ludendorff transportait son quartier général de Hambourg à Spa. Le Kronprinz, qui jusqu'alors n'avait commandé que devant Verdun, étendait son commandement vers l'ouest et visait la Picardie. Il avait, à sa droite, depuis la mer du Nord jusqu'à l'Oise, le. prince Ruprecht de Bavière; à sa gauche, près de Verdun, le général von Gallwitz, et, en Lorraine comme en Alsace, le duc de Wurtemberg.
Les Alliés qui n'ignoraient pas ces préparatifs, installaient leurs réserves et fortifiaient leurs lignes. Des contingents américains prenaient place au milieu des aôtreset attendaient le « baptême du feu ». Les Britanniques, dont le nombre s'était encore accru, faisaient descendre jusqu'à l'Oise, du côté de la Fère, leurs lignes qui mesuraient exactement 207 kilomètres.
Partout, les Alliés organisaient leurs tranchées, multipliaient leurs avions, camouflaient leurs batteries, perfectionnaient leurs moyens de communication, créaient des « zones de repli », selon le plan si sage du général Pétain.
A côté du général Pétain et de ses collaborateurs, le général Anthoine, major général, et les commandants de groupes d'armées, de Castelnau, Franchet d'Esperey, Fayolle, travaillaient le maréchal Douglas Haig, généralissime des armées britanniques et ses collaborateurs, les commandants d'armées Home, Plumer, Bing, Gough. Entre les forces françaises et les forces britanniques, il y avait intelligence, sympathie, dévouement réciproque. Mais l'unité de commandement, cette unité absolument indispensable à la complète victoire, faisait encore défaut.
Le Conseil supérieur de Guerre interallié se réunit le 27 janvier 1918, sous la présidence de M. Clemenceau. Mais ce n'était qu'un Conseil. Il fallait un homme. Le Comité militaire permanent, qui fonctionnait à Versailles, vit ses attributions précisées et développées Mais ce n'était qu'un Comité. Il fallait un chef.
A la tête de ce Comité fut alors placé le général Foch. En qualité de président du Comité militaire, il pouvait, si la situation devenait grave, assumer la tâche et prendre le titre de commandant suprême des forces alliées.
De toute évidence, un chef unique était devenu indispensable. Malgré la victoire de la Marne, après quatre ans de guerre, restait encoie à livrer une bataille de
laquelle dépendait le sort du monde. Pour la bataille de la .Marne, le front avait été de 198 kilomètres. Pour la bataille nouvelle, le iront était de 6o3 kilomètres.
Pour ce Iront si vaste, l'ennemi avait sur les Alliés la supériorité du nombre. Au moins un demi-million d'hommes de plus que les Alliés. Aussi, les Alliés ne pouvaient pas songer à prendre l'offensive.
Seraient-ils forcés de laisser à l'ennemi, comme aux jours néfastes de cette guerre, l'initiative des opérations ? Tel était le suprême problème à résoudre. Les Etats-Unis parvinrent à envoyer en France, par semaine, iooco hommes armés et équipés. La flotte britannique, redoublant de zèle, surveillait leur transport et leur débarquement.
L'ennemi prépara donc une attaque du même genre, mais plus pressante encore,