‹ 2. édChapitre 41 sur 70 · Demogeot, op. cit · texte numérisé non relu

Demogeot, op. cit

La nature des jeux adoptés répond-elle aux besoins de l'hygiène physique des élèves?

Dans la semaine, la journée scolaire comprend de 10 à 12 heures de travail.

Il faut de toute nécessité que les élèves se reposent de ces longues heures d'immobilité et de contention d'esprit par le jeu.

Mais il s'agit de soutenir l'honneur de l'institution ou du collège! Il y a le concours; il y a les prix; il y a les examens de baccalauréat. Pour les uns, il y a les punitions, les tâches extraordinaires ; pour les autres, les leçons supplémentaires, les répétitions, les heures données aux arts d'agrément, qui souvent constituent un supplément notable de travail réel (dessin, musique).

Avec tout cela, il reste peu de temps de repos dans la journée, et ce temps n'est pas toujours consacré aux jeux, tant s'en faut! Les promenades, la marche entre les quatre murs de la cour, sans gaieté, sans joie, sans entrain, sans désir d'un mouvement si profitable et si nécessaire, c'est toute la récréation de la majorité des élèves!

Le jeudi, au lycée, il n'y a pas de classe en général. Le temps de travail dure de 6 à 7 heures. Il y a 2 ou 3 heures de récréation, une promenade de 3 heures entre le dîner et le goûter, en hiver; entre le goûter et le souper, en été.

Le dimanche, la récréation et la promenade ont lieu comme le jeudi; le temps consacré au travail est de 5 à 6 heures 1 .

A côté de ce type, il existe bien des variantes qui modifient fort peu le fond des choses.

V Instruction pour les commissions d'hygiène du 10 mai 1 864 disait au sujet des récréations :

/. Statistique, 1865.

« Les récréations sont-elles assez nombreuses et convenablement réparties?

3> En de certaines maisons, j'ai trouvé des élèves retenus quatre heures de suite dans la même salle. C'est aussi mauvais pour l'esprit que pour le corps. La récréation n'est point pour le maître vigilant un moment de loisir et d'abandon. Il doit chercher à en tirer parti pour la santé des enfants, ne pas permettre qu'ils la passent à se promener en causant ou assis sur des bancs, mais les amener à la remplir par des exercices un peu vifs, qui mettent en mouvement tous les muscles, et fassent entrer largement l'air dans leurs poumons. J'ai vu des proviseurs s'ingénier à imaginer des jeux, en fournir même les moyens ; et le travail n'en allait pas plus mal, sans compter que l'affection des élèves pour leur chef en était plus grande. »

Cela se passe souvent ainsi dans quelques établissements libres. Qui n'a vu frère ou religieux courir, sauter, jouer avec les jeunes gens qu'ils conduisent en promenade, ou à la récréation desquels ils président? En matière de jeux aussi, il est bon que le maître donne l'exemple. Qui mieux que le maître peut encourager les indolents, entraîner les timides, retenir ceux qui sont trop ardents, modérer les délicats, contenir les malades, s'il y en a?

Les hygiénistes sont favorables aux récréations sinon longues, du moins suffisantes.

Mais ils varient quant à l'appréciation dé la mesure.

J'ai entendu soutenir que les récréations ne devaient jamais chacune dépasser, un quart d'heure, ou une demiheure.

Autrement, les élèves jouent violemment, prennent chaud, prennent froid; ils se surexcitent et se surmènent dans leurs jeux.

11 est clair qu'avec quelques minutes de récréation <v&. n'aura pas le temps de lier uue çat\.\fc àfc \*sm& <s^ ^

balle. On aura des automates marchant d'une façon compassée, des rêveurs et des désœuvrés à la figure ennuyée, et aux membres languissants : le silence sera peu troublé, plus de cris, plus de jeux bruyants, plus d'entrain, mais aussi plus de récréation, plus de mouvements, plus d'exercices salutaires. A vouloir tout mesurer chez l'enfant, on arrive à supprimer quelques accidents, mais on crée des êtres débiles, garantis peut-être contre le refroidissement, mais non contre l'état nerveux et ses conséquences. On hache menu la journée de l'élève : petites classes, petites études, petites récréations, petites promenades, petites leçons, petit travail : tout est réduit au minimum dans ce système, et dans cette division à l'infini, les forces ne trouvent pas plus leur compte que l'esprit. Nous voudrions être des réformateurs, et nous nous bornons après bien des tâtonnements, à enchérir sur les maux dont nous avons si souvent médit.

Ce n'est pas ainsi que Ton comprend la récréation en Angleterre. Prenons par exemple le collège d'Eton :

« Tout à Tentour du collège d'Éton, de vastes prairies limitées par des ondulations de la Tamise forment un parc orné de pelouses et de futaies à perte de vue. Ce n'est pas là seulement que les enfants prennent leurs récréations : ils se répandent à toute heure dans la campagne ou dans le bourg voisin; sauf le temps des classes, ils font à peu près ce qu'ils veulent, et n'abusent que rarement de cette liberté si étrange à nos yeux. Sans surveillants, sans autres restrictions que celles imposées par certains usages traditionnels et par ce respect de soi-même dont tout Anglais tst pénétré, ils commencent ainsi avec une impétueuse et précoce vigueur l'apprentissage de la vie publique, du selfgovemment, comme le faisaient d'ailleurs leurs pères et les nôtres dans les écoles du moyen âge. Le nombre des élèves laborieux n'est sans doute pas plus grand que dans nos)ycèes f peut-être Test-il moins-, niais l'étude des langues

VIE ET RÉGIME DES ÉLÈjVES. 221

anciennes y est à la fois très-avancée chez quelques-uns et populaire chez tous. En outre, chez la masse des enfants, la vie, la sanlé, l'intelligence, coulent à pleins bords, avec une sorte de sérénité expansive et respectueuse que l'on ne rencontre guère chez les élèves de nos casernes universitaires. Quelle différence entre un pareil séjour et les maisons où nous avons fait nos classes, vraies prisons murées entre deux rues de Paris, dominées partout par des toits et des tuvaux de cheminée, avec deux rangées d'arbres étiolés au milieu d'une cour pavée ou sablée, et une malheureuse promenade tous les huit ou quinze jours à travers les guinguettes des faubourgs. »

« C'e?t pendant leurs récréations ordinaires qu'il faut les voir, à l'ombre de leurs grands arbres, pour juger de la virilité anticipée de ces enfants de la liberté, en môme temps que de l'énergique vitalité des classes supérieures de l'Angleterre; et l'on comprend le mot du duc de Wellington, lorsque, revenu vers le déclin de ses jours dans ces beaux lieux où il avait été élevé, se rappelant les jeux de son enfance, et retrouvant la môme précoce vigueur chez les descendants de ses camarades, il dit tout haut : Cest ici qu'a été gagnée la bataille de Waterloo l . * . Il est bon d'apprendre que les récréations, si dédaignées ici de nos jours, ne sont pas moins utiles au point de vue patriotique qu'au point de vue de l'hygiène.

Quelques précautions doivent être prises à l'égard des élèves qui jouent encore, ou qui ont fait de longues marches pendant l'été. Ils ont chaud et recherchent avec avidité les boissons froides.

En promenade, les maîtres doivent veiller à ce danger.

Dans la cour de l'internat, jamais la fontaine ne doit res- . ter ouverte à la' libre disposition des élèves. Nous avons

1, C. de Montalembert, De Vavmr politique de V A.irç\e\m*.

vu de nombreuses et graves maladies (diarrhées , dysenteries, etc.), résulter de la négligence à cet égard.

On ne doit point compter sur la prudence ou la modération de l'élève, petit ou grand, pour le mettre à l'abri de ce danger. Il faut le placer dans l'impossibilité de se nuire.

Et cependant, aux époques des grandes chaleurs, ce besoin de boire est réel. Comment le satisfaire sans péril? L'eau froide, fût-elle de bonne qualité, expose à la brusque suppression de la transpiration, et aux maladies qui en sont la conséquence. Une eau tiède est indigeste, elle débilite les organes digestifs, surtout quand on en boit avec excès, comme il arrive toujours.

Il faut tenir la fontaine fermée, et donner aux élèves des boissons rafraîchissantes, mais toniques.

La formule qui nous a paru préférable, et que nous faisons préparer chaque année pendant l'été pour les élèves, consiste dans une simple infusion de café légèrement sucrée (environ 200& r - de café, et 500# r - de sucre pour 15 litres d'eau), sans addition, quelque faible qu'elle soit, de spiritueux *.

Dans les pays vignobles, où le vin est très-bon marché, on pourra donner de l'eau rougie, comme boisson supplémentaire.

Dans les départements où le cidre est la boisson commune, un mélange de cidre et d'eau ne constitue qu'une boisson débilitante, et serait avantageusement remplacée

1. On donne ainsi dans l'armée, pendant les grandes chaleurs et après les longues marches ou les manœuvres fatigantes* diverses boissons rafraîchissantes et toniques.

En voici une formule i

Réglisse. ...» ; ;....; 500 gramitles.

Eau-de-vic * 2 litres.

Citrons n° 2

Eau 100 litres.

Chaque litre revient à 0,03 centimes.

par une infusion de café ou de thé très-léger. (On sait que les troupes anglaises dans l'Inde font un très-grand usage du thé léger froid. L'ébullition purifie l'eau, d'une part, et le thé communique à la boisson ses propriétés aromatiques et toniques.)

Le mélange d'eau et de vinaigre doit être proscrit dans les internats, comme il Ta été justement dans l'armée.

Promenades. Excursions. — Les promenades consistant en une marche en rangs, en ligne droite, sans intérêt, sans but autre que d'arriver sur un point d'une esplanade où l'on fera semblant de jouer une heure, sont fort peu goûtées des élèves. On ne le comprend que trop.

Donnez à ces sorties un but amusant ou utile, les élèves les réclameront avec empressement, et l'hygiène physique y trouvera son compte comme l'hygiène intellectuelle*

Dans les grandes villes, il y a plus d'une difficulté pour mener les élèves à la campagne; il faut des moyens de transport commodes, du temps, de la dépense... Mais quel profit on tirera de ces déplacements !

Un jour, l'excursion aura un but géologique, un autre jour, la botanique sera l'attrait et l'utilité de la promenade à travers champs ou dans les bois.

Il y aura des marches, des courses ; puis des moments donnés aux recherches, on rapportera des échantillons à étudier, des pièces destinées à vérifier les notions théoriques acquises sur les règnes de la nature. L'enseignement gagnera à cette étude pratique et à ces démonstrations vivantes. La santé, la morale profiteront de ces excursions et de ces diversions intéressantes et salutaires, substituées aux promenades où l'ennui et le désœuvrement suivaient les élèves, se peignaient sur leur visage, et dans leur nonchalante démarche.

Combien il est facile de varier ces buts donnés aux ^fcmenades, aux excursions? Est-il besoui Ae c\\£t \^^*vàNfcS»

aux musées, aux collections, ou bien aux ateliers de l'industrie, etc., pour la saison d'hiver; et pour Tété, les courses dans les champs et les bois où il y a tant d'occasions d'apprendre en jouant ?

Il y a plus d'une science dont on peut dire ce que Mascaron disait de la botanique :

« La botanique n'est pas une science sédentaire et pares* seuse, qui se puisse acquérir dans le repos et à l'ombre d'un cabinet. Elle veut que l'on coure les montagnes et les forêts, que l'on gravisse contre des rochers escarpés, que l'on s'expose au bord des précipices. Les seuls livres qui peuvent nous instruire à fond dans cette matière ont été jetés au hasard sur toute la surface de la terre et il faut se résoudre à la fatigue et au péril de les chercher et de les ramasser.»

Punitions et récompenses au point de vue de la santé.

— Les difficultés de l'éducation sont déjà bien grandes. L'hygiène ne veut pas les mulliplier. Mais peut-elle, sans protester, voir ces interminables pensums auxquels on condamne les élèves? C'est l'immobilité forcée pendant de longues heures, sans la compensation d'un travail utile; c'est une tâche abrutissante, qui n'apprend rien à l'élève, si ce n'est à acquérir une écriture indéchiffrable.

J'aimerais mieux, par exemple, que Télève puni fut contraint à apprendre par cœur un texte déterminé par le maître. Là, s'il y a travail, il y a profit, et la tâche peut être utile, comme exercice et comme peine, sans être excessive, et sans nuire à la santé.

Qui ne voudrait voir disparaître le piquet et ses nombreuses variétés; cet abus de la station debout prolongée rappelle les supplices des temps barbares. Le coupable est puni, mais le corps est privé des exercices nécessaires.

Le système des retenues a ses inconvénients aussi au point de vue de l'hygiène. On diminue ces courts moments de vie au grand air et d'exercice déjà si parcimonieusement

accordés aux élèves. Ne saurait-on arriver à les punir sans s'exposer à les rendre malades?

Je ne parle pas des arrêts : j'ai dit qu'il n'y avait qu'un seul vœu à émettre, celui de voir supprimer cette punition.

Sans doute, l'éducation collective ne peut toujours choisir ses sujets, et la discipline ne saurait abdiquer.

Mais de deux choses Tune : ou l'enfant est absolument mauvais, ou il est encore susceptible d'être amélioré. Dans le premier cas, c'est l'ivraie qu'il faut séparer du bon grain, ce ne sont pas les arrêts, la séquestration qui conviennent, c'est l'exclusion. Dans le second, en le condamnant aux arrêts, on se débarrasse de l'enfant, on ne le réforme pas. Et puis, l'habitude émousse l'amertume de cet isolement : témoin les récidives. Il y a pis encore, car, dans la solitude plus ou moins complète à laquelle il est condamné, s'il y a rarement place pour le repentir, il n'y a que trop de chances pour qu'il succombe aux mauvaises pensées qui l'assiègent. En tout cas, la santé est incontestablement mise en péril.

Quant aux récompenses, que ne les utilise- 1- on davantage dans l'intérêt de. la santé des élèves! Il ne faudrait pas chercher beaucoup pour trouver d'excellentes récompenses au point de vue hygiénique. Des promenades, des excursions ayant un but agréable ou utile, auraient en même temps un excellent effet sur la sanlé, elles rompraient heureusement la monotonie du travail, et seraient une bonne diversion à la vie sédentaire des élèves.

Certains exercices physiques (séances exceptionnelles d'équitatioti, de natation), par le plaisir qu'ils causent aux jeunes gens, et par l'ardeur qu'ils y portent, se prêtent fort bien à ce double rôle, .d'être en même temps une récompense très-recherchée, et un supplément d'exercice trèsutile à la santé.

Hygiène de* vacances. — Les vaCfcTVCfcS» ^fc>\\*.W\ V^g&fc-

ment être tournées à grand profit pour la santé et pour la culture de l'esprit par une direction intelligente et un emploi sagement combiné de ces six semaines si souvent gaspillées, sans souci des forces et de l'intelligence. , A ceux-ci qui ont largement donné, pendant Tannée, la mesure de travail, il convient de retremper leurs forces dans le repos de l'intelligence et la mise en œuvre des forces physiques. De longues marches sur le bord de la mer ou dans les montagnes, leur seront conseillées.

A ces jeunes gens délicats, débiles, les mêmes conditions pour des causes différentes. Les bains de mer, les bains d'air maritime, l'atmosphère ozonisée des champs ou des bois seront d'excellents moyens, auxquels il y aura lieu de joindre des exercices appropriés aux besoins de chacun.

Tel a eu une croissance rapide, et a poussé en longueur, comme on dit; il ala> poitrine étroite et les membres grêles. Il lui faut exercer les jambes, les bras, dilater la poitrine, agrandir les diamètres du thorax, avant que l'ossification en ait limité la capacité d'une manière irrémédiable. La vie active au grand air, le tir à l'arc, la chasse, rendront de grands services.

Tel autre se développe trop lentement : il faut stimuler une croissance pénible, et donner un vigoureux coup de fouet à l'organisme hésitant. C'est le cas de ramer, de monter à cheval, de nager, de faire de l'escrime.

Et ainsi, en variant le remède suivant les besoins de chacun, on pourra faire des vacances un repos complet pour les uns, un véritable traitement pour les autres, un mélange d'exercices et de travail pour ceux dont la santé est plus solide, mais dont les études ont besoin d'un supplément de labeur, afin de n'être pas contraint à trop charger la journée d'étude dans la période scolaire. Mieux vaut un peu de travail pendant les N&c&wces, <\ue l'obligation de

se priver une partie de l'année des récréations pour pouvoir arriver au but.

Ce judicieux emploi d'un temps trop souvent perdu, qui le. déterminera? Parmi les élèves, les uns passent leurs vacances dans leurs familles ; les autres, dont les parents trop éloignés ou occupés dans les affaires, sont dans l'impossibilité de les recevoir chez eux, restent dans l'internat.

Dans l'un et l'auljre cas, je conçois le rôle des maîtres et des médecins. Il faut éclairer les familles sur les véritables besoins de leurs enfants, et faire qu'au lieu de tout sacrifier à la mode, au plaisir ou au luxe, elles consacrent leurs soins et leur argent à assurer ou à rétablir la santé des élèves dont elles se chargent pendant le temps des vacances.

Pour les élèves qui restent dans l'internat pendant ces six semaines, il y a lieu d'organiser des excursions, au besoin quelques voyages, afin que la distraction, le changement d'air leur laissent moins sentir leur isolement de la famille et contribuent à affermir leur santé.

Beaucoup de grands établissements sont aujourd'hui entrés dans cette voie, et ont institué des voyages ayant lieu, chaque année, pendant les grandes et les petites vacances, au grand profit de l'hygiène et de l'instruction des élèves.

Aux familles et aux établissements, voici un renseignement qui nous paraît bon à signaler :

Le Club Alpin français a organisé des caravanes scolaires pendant les vacances. Ces caravanes scolaires remplissent merveilleusement le but que nous avons indiqué.

a Jiéunir quelques jeunes gens du même âge, les transporter dans les montagnes, en face des grands spectacles de la nature ; les préparer par des marches en commun, le sac au dos, le bâton ferré à la main, aux épreuves du volontariat d'un an, et même, — ce qu'à Dieu ne plaise l — ^xx^ fatigues de la guerre; leur assurer \e\ov\g ^wn^*.^,**^»

la surveillance bienveillante d'un chef expérimenté, des leçons de physique, de géologie ou de botanique données eu plein air, sous le ciel bleu, pendant les haltes; distraire l'esprit sans cesser de l'instruire; élever l'âme en fortifiant le corps... » tel est le but de ces caravanes scolaires dues à l'initiative du Club Alpin français.

Elles offrent aux familles des avantages spéciaux pour ces courses aux Alpes, aux Pyrénées, aux monts d'Auvergne, au Jura, aux Vosges : économie considérable sur les frais de voyage, de guide, de monture; surveillance d'un chef qui garantit la caravane contre les entraînements de l'imprudence , ou des téméraires, entreprises ; assistance de compagnons de route connus; enfin, ce temps consacré au plaisir et à l'hygiène n'est pas dérobé à l'instruction, qui se continue ainsi au milieu de la vie active et des scènes de la nature.

Il y a là une excellente application de l'hygiène : une idée morale et patriotique qui mérite d'être vivement recommandée.

Gymnastique. — Il est superflu aujourd'hui d'insister sur l'utilité de la gymnastique, pour des jeunes gens assis dix ou onze heures devant une table de travail, et cela, en pleine croissance, en plein développement.-

Les choses ont bien changé depuis le triste tableau que le docteur Vernois faisait en 18G7 de l'état des gymnases dans les établissements d'instruction publique,

M. Vernois conslalait qu'à cette époque, sur 77 lycées, il n'y en avait que 33 qui fussent munis de gymnases à peu près convenables; 31 en avaient de mal installés et d'à peu près inutiles; 13 en manquaient complètement. Et ceux-là môme qui avaient des ressources matérielles pour cet enseignement n'en profitaient que d'une manière incomplète. « En fait, concluait le docteur Vernois, la gymnastique est fort peu et mal appliquée. %

Depuis, les. gymnases se sont multipliés, et là où les gymnases font encore défaut, on a organisé la pratique des exercices préparatoires; et la gymnastique des mouvements a introduit presque partout l'habitude des exercices métho- " diques, rhylhmiques, cadencés, qui valent bien la plupart de ceux qui se font avec les -agrès, et valent beaucoup mieux que certains exercices acrobatiques dont on commence enfin à revenir.

Le décret du 3 février 1869 statuait, en ce qui concerne les lycées et collèges :

«Art. 1 er . — Lu gymnastique fait partie de l'enseignement donné dans les lycées impériaux et les collèges communaux. Elle y est enseignée conformément au programme n° 2 ciannexé dans lajnesure indiquée pour chaque élève par le médecin de l'établissement.

y> Notre Ministre de l'instruction publique détermine le nombre d'heures qui devront être assignées par semaine à cet enseignement; les leçons de gymnastique ne sont pas prises sur le temps des récréations.

» Art. 2. — Un maître de gymnastique est attaché à chaque lycée ou collège. Il est nommé par le ministre.

» Art. 3. — Les appareils de gymnastique nécessaires aux exercices qui en comportent l'emploi, conformément au programme, seront construits ou installés dans tous les lycées. Il en sera de marne pour tous les collèges communaux dans la mesure des crédits votés à cet effet par le conseil municipal, w

En ce qui concerne le nombre et la durée des leçons de gymnastique, la Commission conseillait : « afin de rendre l'enseignement profitable, d'assurer la régularité dans les progrès, et de ne pas fatiguer les élèves, de fixer la durée de la leçon à une demi-heure , et le nombre à quatre par semaine pour chaque élève; et de profites te^Vm^ ^& congé, où le temps ne permet pas de coTv&vùtfcXfe'a» Sfews» «^

promenade, pour leur donner quelques leçons supplémentaires. »

La gymnastique a pour but de fortifier; mais. elle ne peut y parvenir qu'à condition d'être proportionnée aux forces de3 enfants. De là, la division recommandée pour les lycées en trois catégories d'élèves.-

La première comprend les élèves de douze ans et audessous.

(Les enfants de moins de douze ans ne doivent ajouter à leurs jeux que quelques exercices préliminaires et préparatoires.)

La seconde, formée des élèves de douze à quinze ans.

La troisième, de quinze ans et au-dessus.

A la première division, on fait exécuter les exercices qui forment le programme des écoles primaires, dont on supprime, — suivant l'âge, les forces, les aptitudes, — ceux qui pourront être fatigants ou nuisibles.

A la seconde division, on fait faire les mêmes exercices, en y ajoutant ceux du vindas, le saut du tremplin, divers mouvements sur la poutre horizontale, et quelques autres manœuvres de l'échelle orthopédique.

La troisième division répète tous les exercices précédents, en y ajoutant, s,elon les forces des élèves, des luîtes de traction, les sauts en arrière, à la perche, les manœuvres à l'échelle de bois horizontale, à la corde lisse verticale, i l'aide des mains seulement, et enfin à la planche à rétablissement 1 .

Une circulaire ministérielle du 31 janvier 1875 appelle l'attention des recteurs sur la nécessité d'imposer aux professeurs l'observation stricte de la progression des exercices indiqués, de veiller à ce que les élèves ne soient

i. Extrait du Rapport sur l'enseignement de la gymnastique dans U* lycées, collèges, etc., par le docteur WWtaVceX..

jamais abandonnés seuls au gymnase *, et à ce que l'ordre et la discipline la plus sévère régnent pendant toutes les leçons. Cette circulaire ajoute que « la Commission de gymnastique pense qu'il y a lieu de supprimer un certain nombre d'appareils dont l'expérience lui a démontré l'inutilité et même les .inconvénients, ce sont : le tremplin, le trapèze de voltige, le passage de rivière et les bascules brachiales.*))

« On a reconnu que ces engins ne pouvaient convenir à un enseignement régulier et méthodique, dans lequel on se propose de développer les forces des élèves en tenant compte de leur organisation physique. »

Il faut supprimer tous les engins légués par la routine, et qui ne sont bons qu'à faire l'éducation des acrobates, quelque péril qu'ils y courent.

M. Laisné a proposé pour les gymnases civils : lycées, collèges, etc., de ne les composer que des machines et agrès ci-dessous indiqués, et classés par ordre d'utilité :

« 1° Des sautoirs;

2° Des échelles horizontales;

3° Des échelles inclinées;

4° Des barres parallèles ;

5° Des barres à suspension dites à rétablissement;

G Des planches à rétablissement;

7° Des poutres horizontales pouvant s'élever à volonté pour apprendre à les franchir et à se rétablir au-dessus d'elles;

8° Des échelles orthopédiques.

Comme ogres et instruments :

1° Des xylofers;

1 . Tous les accidents que nous avons vus survenir à l'occasion de la gymnastique se sont toujours produits en l'absence «tes» w\&tac& ^\.\ssrcv des heures régulières des leçons.

2° Des haltères;

3° Des massues;

4° Des échelles de corde;

5° Des cordes lisses;

6° Des perches oscillantes;

7° Des cordes à nœuds;

8° Des petits mâts fixes;

Et tous les jeux connus 1 . »

La gymnastique, tout obligatoire qu'elle est, n'est enseignée aux enfants qu'avec le consentement des parents, et avec l'assentiment du médecin, qui mieux que personne est apte à reconnaître, selon l'âge et les conditions individuelles, la nature et la mesure des exercices à prescrire, ou à prononcer l'interdiction de l'exercice même le plus restreint si, dans un cas spécial, il peut présenter quelque danger.

Il y a des élèves trop faibles ; il y a des malades, auxquels les exercices gymnastiques doivent être défendus. Les enfants atteints de maladies du cœur, d'affections thoraciques qui produisent l'essoufflement, ou de hernies, de maladies des os ou des articulations en seront dispensés, sur l'avis «> du médecin.

Rien de plus sage à cet égard que les prescriptions de l'instruction du 9 mars 18G9, en ce qui concerne les établissements d'instruction publique.

« L'enseignement de la gymnastique est obligatoire pour tous les élèves, à l'exception de ceux que leur constitution physique, l'état de leur santé, pourraient empêcher d'y participer. Dans ce cas, les dispenses doivent être individuelles, et très-explicitement motivées.

» Les proviseurs doivent faire apprécier par le médecin

1. Notions pratiques sur les exercices du corps aux différents âges. Paris, Baillière, 1875.

l'aptitude physique de chaque élève aux exercices gymnastiques et la mesure dans laquelle il peut se livrer à ces exercices. »

Ce sont là des pratiques à imiter, des précautions à prendre partout.

On a exagéré les dangers de la gymnastique, et le nombre des accidents dont elle est l'occasion.' Quand elle est régulièrement faite, quand elle est limitée aux exercices non acrobatiques, enseignée par un maître capable, suivant l'âge et les forces des élèves, elle ne produit pas autant d'accidents que les jeux et autres exercices violents auxquels se livrent les élèves. La raison en est bien simple. Dans ses jeux, l'élève est livré à lui-même et à toute l'impétuosité de ses mouvements. Dans le cours de gymnastique, bien surveillé, l'enfant n'agit qu'avec mesure, sous la direction et sous la surveillance du maître.

Des vêtements spéciaux permettront aux élèves de se livrer aux exercices, sans risquer de trop s'échauffer dans les moments d'action, ou de se refroidir pendant les repos.

Les vêtements aujourd'hui consacrés par la mode et exigés •par les règlements à* l'usage des élèves des établissements d'enseignement secondaire ne se prêtent guère aux évolutions du gymnase. On peut en excepter ceux des élèves des petits collèges qui portent une sorte de blouse en flanelle fort commode à tous égards*

Un costume spécial est nécessaire pour les élèves moyens et les grands.

A ce point de vue, un maillot de tricot, souple, léger et chaud à la fois serait l'idéal.

On le remplace avec économie de temps et de dépense par « une veste ronde, un pantalon large, en grosse toile dont la ceinture doit être basse et fixée immédiatement audessus des hanches ». C'est le costume que la Commisse de gymnastique a recommandé pour \&syjfcte&* v$\Vi^> *X

écoles normales. Il faut ajouter la ceinture dite de gymnastique, munie d'anneaux, qui peut rendre des services, aux points de vue de l'agilité et de la sécurité, mais qui ne doit jamais exercer une constriction trop prononcée sur les organes thoraciques ou abdominaux.'

Les exercices gymnastiques, en raison des mouvements et des efforts qu'ils exigent, doivent être placés à une distance convenable des repas. Nous avons vu- fréquemment des indigestions résulter de la permission accordée à des élèves d'aller au gymnase immédiatement après le repas. S'ils suivent trop tôt le repas, ces exercices peuvent troubler le travail digestif. La leçon* de gymnastique a-t-elle lieu trop longtemps après le repas, les élèves à jeun éprouveraient une trop grande fatigue. Le mieux serait de placer ces exercices une heure avant ou deux heures après le repas.

La gymnastique de nos écoles, lycées ou collèges ne doit avoir aucun rapport avec la gymnastique athlétique, ni même avec la gymnastique militaire.

Il n'est peut-être pas sans intérêt de voir quels résultats obtient cette dernière, et de tenir compte des observations rigoureuses que les conditions de discipline et de régularité* où elle se fait, ont permis de recueillir.

En France, quand nous voulons apprécier la force d° un individu, nous avons surtout égard à la hauteur de la taille. L'exiguïté de la taille était le seul élément qui, en dehors de toute infirmité, était considéré comme rendant impropre au service militaire.

Le développement du thorax est bien plus important, et dans tous les autres pays, on tient le plus grand compte de l'ampleur de la poitrine, chez les recrues.

On est arrivé à constater que le périmètre de la poitrine,

mesuré au moyen d'un ruban contournant la poilrine par

la ligne des mamelons, dépasse toujours, chez l'individu

adulte bien constitué, la &euû-\a\VV«, <te deux centimètres

au moins. En Autriche et en Russie, on considère comme impropre au service tout individu dont la poitrine mesure moins de 79 centimètres.

Eh bien ! ces deux mesures de la force physique : la taille, d'une part, et, de l'autre, l'ampleur des diamètres de la poitrine, rien ne les développe mieux que les exercices gymnastiques 1 .

L'augmentation de la force physique n'est pas le seul but que l'on se propose et que l'on atteigne avec la gymnastique. L'adresse, l'agilité, le courage, la fermeté profitent singulièrement aussi de ces leçons. •

On a pu comparer bien des fois les élèves soumis aux exercices gymnastiques et ceux qui n'en avaient point fait. Les résultats sont constants, et il faut conclure comme M. Hippeau, parlant des établissements d'instruction en Angleterre :

« On a remarqué, dit-il, que dans certains établissements, privés de l'éducation gymnastique, les élèves n'ont ni l'énergie de caractère, ni la fermeté que l'on observe chez ceux qui la reçoivent. »

. Jusqu'ici la gymnastique, vantée outre mesure par les uns, dédaignée par les autres, n'est pas encore entrée dans la voie d'une application suffisamment sérieuse et méthodique. Ceux-ci y croient d'instinct; ceux-là y répugnent sans motif réel.

1. « Il résulte des expériences faites par le major Hammersley au camp d'Aldershot en 1862, que les moyennes de l'accroissement du thorax et des bras a été, chez 360 hommes, exercés pendant 'deux mois, de :

« Augmentation de la circonférence thoracique. 41 millimètres.

— de l'avant-bras 13 —

— du bras 16 —

« En Allemagne, résultats analogues. 75 fois sur 100, on a trouvé la circonférence thoracique augmentée de 26 à oV TNfiKYetàXTOb. > ^^^s^-» op. cit.)

Les avantages de ces exercices veulent être démontres rigoureusement, mathématiquement. C'est pour amener les maîtres à cette manière nouvelle d'observer, que nous avons jugé bon de donner intégralement ou par extraits les tableaux suivants, tirés de l'excellent ouvrage du professeur de gymnastique de l'Université d'Oxford *.

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