Demogeot, op. cit
t Hippeau, op. cit.
cularitè la misérable pauvreté des résultats intellectuels que nous obtenons. »
Tel est le jugement d'un professeur distingué du collège de Harrow, cité dans l'ouvrage de M. Demogeot.
Je ne suis pas encore très-inquiet sur ce point pour la jeunesse française.
Nous avons bien de la marge avant d'en arriver où en sont nos voisins. Les Anglais ont dépassé le but, nous ne l'avons pas encore atteint. Ils ont été jusqu'à l'abus; notre système pèche encore par le défaut d'exercices physiques suffisants.
C'est cet usage non exagéré, cette dose nécessaire que l'on réclame ici, n'oubliant pas qu'il faut habituer l'élève au travail, qu'il faut le lui faire aimer. Or, comment fixer la légèreté de son esprit, si on allait jusqu'à lui inspirer de l'aversion pour l'application et pour l'étude, jusqu'à lui faire prendre le goût de l'oisiveté et de la dissipation?
L'hygiène bien entendue n'est pas exclusive; elle n'a jamais prétendu cultiver le corps au détriment de l'intelligence.
Le mouvement est la vie. Les exercices physiques accélèrent les phénomènes de composition et de décomposition incessante qui caractérisent les actes vitaux, surtout à l'époque de la croissance et du développement. La respiration, la circulation sont activées, la température du corps s'élève 1 , les sécrétions deviennent plus abondantes, etc.
Voilà pour le corps. Le profit ne sera pas moindre pour l'intelligence. L'esprit s'est reposé et a repris de nouvelles forces pendant le travail des muscles.
1. Dans les muscles en contraction, en mouvement, la température peut s'élever notablement. La preuve expérimentale de ce fait bien connu, résulte de ce qui se passe dans les muscles d'un animal, soumis à l'excitation galvanique. Sous cette influence, Ye\&N&V\wi taVfeSN^steture du muscle artificiellement excité, est de 0<>A&.
Cette bonne hygiène qui fait le jeune homme sain et robuste, contribue également à le rendre plus intelligent et plus moral.
Tâchons donc qu'il use des récréations, si courtes soientelles, que l'emploi du temps lui réserve, et des exercices qui sont à sa disposition.
L'élève a, pour satisfaire à ce besoin dé mouvement, plus d'un moyen.
Je mets en première ligne les jeux, les promenades, les marches, la course, le saut, en un mot, tous ces exercices auxquels il se livre dans sa liberté, et suivant son goût et ses aptitudes naturelles.
Il faut y joindre d'autres exercices, qui ont besoin d'être enseignés méthodiquement, d'être dirigés par un professeur. Ainsi l'escrime, l'équitation, la danse, la natation, la marche rhythmée, les exercices militaires, la gymnastique, à laquelle j'ajouterais volontiers quelques travaux manuels.
Je n'entrerai pas dans le détail de chacun de ces exercices, dont j'ai indiqué les avantages et les indications dans mes Leçons d'hygiène.
Quelles inépuisables ressources présentent ces jeux si variés et si hygiéniques, parmi lesquels il suffit de citer les jeux de balle, de ballon, de corde, les barres, le volant, le tir à Tare, le cricket, nomenclature bien incomplète, mais qui s'étend déjà du jeu déballe, — sur les avantages duquel Galien a cru devoir revenir dans quatre chapitres différents, pour en recommander la simplicité, l'innocuité, et l'action si utile sur tous les organes du corps, — jusqu'au jeu d'importation anglaise, le cricket, en passant par bon nombre d'excellents jeux tout français, et qui n'en sont pas plus mauvais pour cela!
La natation est à la fois un art fort utile, un et excellent exercice d'hygiène. Malheureusement on se borne trop souvent à h natation à sec, faute de Tmfcce&wi de cours d'eau.
J'ai indiqué à l'article Piscines, ce qu'il y a à faire, et ce que beaucoup d'établissements ont réalisé. Il y a des types, il faut les voir, les améliorer s'il y a lieu, si l'on peut, ou les imiter : ce sera déjà un très-grand bienfait.
L'escrime, Téquitation, les exercices militaires, les marches rhythmées, constituent une gymnastique de premier ordre, et dont il n'y a plus à signaler les avantages.
Un médecin du lycée de Nancy, le docteur Simonin, demandait en 1868, « que chaque lycée eût une salle de manège couverte et éclairée le soir, permettant, dans les diverses récréations, à un certain nombre d'élèves de prendre de l'exercice, sans perte de temps pour leurs déplacements, sans fatigue considérable, en limitant à 15 ou 20 minutes l'exercice de chaque élève. »
Il ajoutait :
« Il ne faut pas croire à une grande dépense. J'ai de la sorte, en 1828, appris l'équitation au lycée même de Nancy, où des chevaux étaient amenés sans grands frais 1 . *
Une circulaire du ministre de l'instruction publique, du 27 septembre 1872, indiquait d'excellentes raisons en faveur de Téquitation, et fournissait les moyens de répandre aisément cet utile enseignement :
« M. le ministre de la guerre a bien voulu me permettre de recourir aux officiers de cavalerie, dans les villes de garnison, pour enseigner gratuitement, ou à peu près, l'équitation. La France n'a pas été jusqu'ici fort bien partagée sous ce rapport. Quelques paysans, quelques fils de famille savent monter à cheval. Les fils d'ouvriers et de bourgeois, qui forment une partie si considérable de la population ne sont jamais entrés dans un manège, ce qui rend les accidents fréquents et le recrutement de la cava-
1. Recherches des bases sur lesquelles doit reposer la ^«mmut» tipie des lycées. Paris, 1868.
lerie difficile. L'agriculture même souffrait de cette négligence et nos jeunes gens y perdaient un genre d'exercice agréable et fortifiant. »
Les raisons. ne manquent pas plus que les moyens, pour mettre ces exercices en pratique.
C'est aux chefs des internats à s'ingénier pour réaliser au mieux, suivant les cas, et les localités, le mode le plus facile et le moins onéreux d'instituer une si utile gymnastique.
Elle a l'avantage d'être très goûtée des élèves, tout comme l'escrime et les exercices militaires.
On a même pu aller jusqu'à accuser l'équilation de faire oublier le travail.
En ceci, comme en toute matière, la mesure assurément est indispensable, et le maître vigilant, qui connaît le danger de ces entraînements, saura bien faire faire à l'élève la part du plaisir et celle du devoir.
Inutile d'insister sur la valeur des exercices militaires, surtout à notre époque. On ne reprochera pas à ces manœuvres d'être du temps perdu : elles sont aussi utiles à nos futurs soldats que précieuses pour la santé des élèves que renferment aujourd'hui nos internats.
A tous ces moyens, on pourra encore très-utilement ajouter les exercices du jardinage, et la pratique du travail de Fatelier.
Le médecin devra toujours être consulté sur les aptitudes des élèves à tous ces exercices, et sur la mesure dans laquelle ils pourront être appliqués à chacun.
Hygiène des jeux. — Autrefois, le besoin naturel de mouvement et d'activité suffisait à entraîner les élèves à des jeux nécessaires, dont le nom seul montrait qu'ils étaient aussi un plaisir.
Aujourd'hui, il l'a bien fallu ! on a remplacé l'exercice facultatif et autrefois recherché : le jeu, par- un système
d'exercices réglés, savants, ou prétendus tels, en tout cas, peu récréatifs.
L'élève s'en plaint; mais à qui la faute? N'est-ce pas un peu à lui?
Aujourd'hui, quand il a accompli bon gré, mal gré les exercices physiques, transformés en une tâche obligatoire, il se figure qu'il est quitte envers son corps, et il croit avoir pris la dose voulue de mouvement et d'exercice.
Ne lui parlez pas de jeu, il le dédaigne. La promenade lui est à charge. La récréation actuelle n'est pas l'étude; mais c'est là son seul agrément.
Sans doute, il est plus facile de rendre la gymnastique obligatoire, que d'obtenir, en les commandant, l'entrain, le plaisir, l'activité, l'émulation salutaires, qui donnent aux jeux naturels une supériorité si grande sur tous les modes artificiels d'exercices.
Mais ceux qui élèvent la jeunesse ont-ils conscience d'avoir fait tout ce qui était possible pour rendre aux jeux leur attrait, et en assurer le bienfait aux élèves?
N'a-t-on pas trouvé quelque peu au-dessous de soi de s'occuper de ces jeux, de les favoriser, d'y entraîner les jeunes gens?
Dans les établissements d'instruction publique en Angleterre, « les jeux viennent en premier rang, disait un maître d'Éton, les livres en second *. »
En regard de cette exagération, dont nous ne réclamons pas l'importation chez nous, quelle part avons-nous faite aux jeux, aux récréations?
Combien y a-t-il d'heures de repos pour les élèves? Comment les a-t-on distribuées par rapport au temps de travail, par rapport aux heures de repas?