SA DIRECTION, SA DURÉE, SON INTENSITÉ
SOMMAIRE. — Abus du travail intellectuel. — Durée du travail des élèves dans les établissements d'instruction en France et à l'étranger.
— Emploi du temps. — Journée et année scolaires. — Durée des classes. — Durée des études. — Leur place dans l'emploi du temps.
— Récréations, vacances et congés. — Époque choisie pour les examens et les concours. — Durée du sommeil. — Les veillées. — La variété dans le travail. — Ordre dans lequel les facultés doivent être cultivées. — L'enseignement dit pratique. — Les études précipitées. — Exigences imposées par les lois du développement intellectuel et physique. — La course aux grades. — Les anxiétés qui précèdent les examens et les concours. — La limite d'âge. — Insuccès des réformes. — Conséquences.
Chaque science a son objet défini et ses limites rigoureuses.
Ce n'est méconnaître l'un, ni dépasser les autres que de placer les sciences sur ce terrain commun où elles peuvent s'éclairer mutuellement et se prêter un précieux appui.
Tous les jours l'hygiène met à profit les notions que la chimie, la physique, la météorologie lui fournissent.
A son tour, on a vu l'hygiène, s&tys» \w\.^t\^\>cvt\«^^^ 5 ^'»
donner des conseils ou fixer des règles à l'architecture scolaire, par exemple.
Elle peut aussi, sans sortir d'un terrain qui est le sien, apporter d'utiles lumières dans les questions qui, par un côté, ressortissent sans conteste à la pédagogie.
L'homme est un tout qui ne subit pas nos divisions rationnelles ou arbitraires, et partout où la santé peut recevoir quelque atteinte ou courir quelque danger, l'hygiène a le devoir autant que le droit d'intervenir : elle est sur son domaine, et reste dans ses attributions.
Ceux qui ont mission d'instruire la jeunesse connaissent à merveille les voies et moyens pour porter la lumière dans les esprits qui leur sont confiés : c'est leur rôle et ils y excellent.
Mais l'ardeur du maître, pour consciencieuse qu'elle soit, et l'impatience du' disciple ou de ceux qui l'entourent, peuvent devenir un danger pour la santé physique, ou pour le développement intellectuel de l'élève.
C'est à l'hygiéniste, au médecin à signaler ces périls, et à dire aux maîtres quelle prudence, quelle mesure réclame la culture bien dirigée de cette plante délicate : l'intelligence de l'enfant.
L'internat et l'hygiène intellectuelle. — Au point de VUC
intellectuel, on a diversement jugé l'internat. Pour les uns, c'est la seule garantie des fortes études. Pour les autres, l'exlernat présenterait au conlraire les conditions favorables au travail sérieux : la question n'étant pas dé savoir combien d'heures l'élève à été contraint de rester assis devant la table, mais quelle somme de travail utile et réel il a fournie.
Il nous paraît qu'il n'y a pas de solution générale et absolue du problème. Il faut tenir compte des éléments variables qu'il présente.
Tel élève a besoin d'une discipline sévère, d'une sur-
veillance constante, d'un entraînement sans relâche, pour donner tout ce qu'il peut, et voilà comme un grand nombre d'externes doivent nécessairement à la fin de leurs études, être confiés pendant un ou deux ans à -un internat, pour arriver à passer certains examens, auxquels ils échouent tant qu'ils restent externes.
Tel autre a assez d'ardeur au travail, pour n'avoir pas besoin de sentir continuellement l'éperon, pour ne pas se laisser distraire par la vie de famille, pour ne pas abuser de sa demi-liberté ; l'émulation chez lui est suffisamment entretenue par l'assiduité à la classe; externe, il travaille spontanément et avec joie; esprit un peu impatient du joug, il supporterait peut-être malaisément la rigueur d'une contrainte continue et inutile, et l'internat pourrait bien ne créer chez lui que la résistance et le dégoût.
N'est- il pas sage de tenir compte de ces différences fondamentales chez les sujets soumis aux différents modes d'éducation?
Il ne saurait y avoir une méthode uniforme et unique pour traiter des aptitudes diverses. C'est un principe élémentaire en culture; et dont la vérité n'est pas moins évidente en matière d'éducation.
Abus du travail intellectuel. — Tacite, parlant de la jeunesse qui étudie, la désigne ainsi : « les jeunes gens placés sur l'enclume de l'étude », Juvenes in ipsa studiorum incude pokti, mâle expression, image énergique, qui peuvent bien s'appliquer aux élèves de nos grands internats, et au travail long et pénible auquel ils sont astreints, quelque degré d'ardeur qu'ils y portent, et quelque profit qu'ils en tirent.
L'abus du travail intellectuel peut se produire sous plusieurs formes.
Que la mesure du travail soit excessive, que l'emploi du temps soit mal réglé, ou que l'on iv'ail ças> fà\\ AVBwœt xvxsfc
dose suffisante d'exercice physique avec les heures consacrées à la culture de l'esprit, le résultat est le même.
On compromet (Ju même coup les forces de l'intelligence et les forces physiques.
Les premières s'épuisent en un travail hâtif, prématuré, dont les fruits ne compenseront pas l'effort.
Faute d'avoir développé les forces physiques, ou pour les avoir laissé paralyser par l'inactivité à laquelle ont été condamnés les organes, on n'obtiendra que des êtres chétifs, des santés délicates, d'impuissantes et stériles natures, incapables de servir utilement le pays, ou de le défendre le jour où il réclamera leurs services.
« On n'improvise pas la vigueur dans ces corps de vingt ans, énervés, étiolés par une mauvaise éducation physique, dont le cerveau seul a été cultivé; durant l'absurde vie qu'on inflige à nos écoliers, dans les dix ans d'adolescence où nous les tenons courBés tout le jour sur une table à écrire *. *
Durée du travail dans les établissements d'instruction en France et a l'étranger. Journée et année scolaires. —
La journée de travail est en générai trop longue dans les établissements d'instruction.
Dans les lycées de France, la règle diffère peu de l'emploi du temps qui suit, et qui est celui d'un lycée de Paris.
La durée du travail dans les jours ordinaires (classes et études, non compris la veillée facultative qui suit le souper) est de 11 heures 45 minutes.
Le nombre des récréations est de 3; la durée totale de ces récréations est de 2 heures.
Voilà ce qui se passait en 1865!
Les choses ont-elles changé depuis?
L'administration a reconnu elle-même l'exagération de la mesure.
i. De Laprade.
« Nos enfants ont une journée de travail plus longue que l'ouvrier adulte : c'est le contraire qui devrait exister, disait Y Instruction pour les commissions d'hygiène du 10 mai 1864. « La durée des classes et des études varie de 11 heures 45 minutes à 10 heures 20 minutes, et 10 heures 15.
» Partout, elle est supérieure à la journée des ouvriers dans les manufactures de Paris; il faut y ajouter encore la veillée facultative »; (Rapport du ministre de V Instruction publique, 1865.)
Je sais bien que ces 10 ou 11 heures passées tant en classe qu'en élude, avec des intervalles de récréations, sont loin de représenter un temps égal de travail sérieux, effectif, au moins pour la grande majorité des élèves.
Si ce n'est pas toujours l'application de l'esprit, c'est au moins l'immobilité prolongée du corps, la respiration d'un air confiné, l'irritabilité qui résulte de ce repos forcé, cruelle elmalsaine torture à un âge où le mouvement est un plaisir, et une nécessité physiologique.
Cette durée du travail pour les uns, de la réclusion pour tous, est évidemment trop longue. La paresse résiste à cette torture. Chez beaucoup de natures actives, impatientes du frein, ardentes au jeu, promptes au travail, cet excès est plus propre à amener le dégoût qu'à accroître le penchant pour l'étude.
A coup sûr, cette durée exagérée d'un travail apparent ou réel est défavorable à la santé.
Encore, si après celle longue immobilité, il y avait la compensation d'un bon exercice au grand air !
Un auteur, cité par Reveillé-Parise r « travaillait au grec 15 heures par jour.' La Harpe lui ayant demandé quels étaient ses délassements, il lui répondit que quand il se sentait la tête fatiguée, il se mettait quelques instants à la fenêtre; or il demeurait rue Jean-de-BeauNa.Y^xvsvfc tes»^\va» obscures et sales vues de Paris, surlovxV, k ceWfc b^wa^- ^
Combien d'élèves, dans certains établissements, ne sont guère plus favorisés à cet égard !
La mode n'est plus aux jeux et aux exercices corporels, dans les pensionnats; et, si par hasard quelque enfant voulait encore jouer, sauter ou courir, il manquerait bien souvent d'espace, d'air et de lumière, pour tirer quelque profit de cette tentative d'exercice.
« En Angleterre, dans la plupart des maisons d'enseignement libéral, pour 5 ou 6 heures de travail, les enfants et les adolescents ont 10 heures de réfection, de gymnastique et de grand air. En France, il y a 2 heures, non pas de saines récréations, mais de cessation d'études pour 1 1 heures de travail; mais aussi, quel travail!
y> La durée du travail dans les collèges anglais est d'environ 5 heures par jour 1 . »
a En Allemagne, le nombre d'heures de travail est fixé pour la sixième classe de gymnase à 28 heures, pour chacune des cinq autres, à 30 heures par semaine.
» Les classes du matin commencent en été à 7 heures, et finissent à 11. En hiver, elles commencent à 8 heures, et durent jusqu'à midi. Les classes du soir se font de 2 heures à 4 heures pendant toute l'année 2 . »
« A Harrow, la distribution du temps de travail se fait de la manière suivante : l'année scolaire comprend 38 semaines. Le temps que passent chaque jour les élèves à l'école, qui ouvre à 7 heures 30 minutes du matin, est d'environ quatre heures ou quatre heures et demie dans les jours de plein travail (on a whole school day) y et de deux heures environ, les jours de demi-congé. En comprenant le temps accordé pour se préparer, un jour de travail complet représente environ six heures de travail. »