CONDITIONS GÉNÉRALES
SOMMAIRE. — Où avons-nous établi nos internais? — Aveux de la statistique de 1865 pour les établissements publics. — Les établissements libres. — Emplacement, topographie et voisinage. — Les grands internats peuvent-ils être conservés dans les grandes vil! es, ou doivent-ils être relégués dans de petits centres ou à la campagne ? — Les internats à la campagne. — Les internats à l'étranger. — Éléments du problème et de sa solution en France. — Les petits collèges. — Plan, disposition, hauteur des constructions. — Absence d'architecture spéciale. — Pédagogues, architectes et hygiénistes. Compétence. — La capacité des internats et le nombre des élèves. — L'encombrement. — Les dangers du succès. — Nécessité de fixer un maximum d'élèves pour chaque établissement.
Où avons-nous établi nos Internats? — La date et l'origine de la plupart des bâtiments affectés à l'usage des établissements d'enseignement secondaire publics ou libres contenant des internats, rendent compte des conditions défectueuses que beaucoup d'entre eux présentent, et expliquent les nombreuses et trop justes critiques dont ils ont été l'objet.
Logiquement, on devrait choisir exprès le terrain, l'emplacement, l'exposition, les bâtiments, etc., pour l'internat à construire ou à fonder. Ce n'est pas ce qui arrive dans la très-grande majorité des cas. L'internat ! On le place où l'on peut, comme l'on peut, et quand une maison ou un terrain n'est pas d'une vente ou d'une location facile, le propriétaire, en désespoir de cause, songe à un établissement d'instruction comme à un pis aller : il a là un acheteur ou un locataire moins exigeant que tout autre.
Les maisons où l'on élève la jeunesse devraient être les mieux placées, les plus soignées, de véritables modèles. Le plus souvent, c'est le rebut, ce sont les ruines que l'on a affectés à ce service.
Elève-t-on plus tard quelques plaintes, formule-l-on quelques critiques? La réponse ne varie guère.
Si les constructions, si les dispositions sont vicieuses, c'est que le terrain par sa configuration, sa topographie, ses limites, ne permettait pas de faire mieux. Car on ne choisit pas souvent le terrain en vue des besoins, on veut asservir les besoins aux exigences du terrain!
Ou bien ce sont des constructions que l'on a utilisées et dont on a tiré le meilleur parti possible!
Ou bien, le développement même de l'internat est la cause du mal. C'est lui qui a obligé à surélever les bâtiments, à surajouter sans cesse des constructions à des constructions : entassement destiné à résoudre, sans souci de l'hygiène et du beau, le problème consistant à loger le plus de monde possible dans un espace donné, quelles qu'en soient les dimensions, la capacité, la destination primitive et rationnelle.
Nous verrons plus loin si les règles de la logique et de l'hygiène ont été toujours suivies dans les constructions élevées spécialement pour des internats sur des terrains choisis ad hoc.
Examinons d'abord les conditions les plus générales.
Si nous prenons comme types les lycées et les collèges communaux, à pensionnats, nous trouvons dans la statistique officielle publiée par le ministère de l'instruction publique en 1865, une appréciation de l'installation ma* térielle et des conditions hygiéniques de ces établissements qui mettait en lumière bien des lacunes et bien des imperfections.
Aveux de la statistique de IMS, pour les établissement*
publics. — Pour les lycées, le ministre, qui avait dit : c C'est un devoir pour l'administration de donner à la jeunesse des demeures où elle trouve tout ce qui peut fortifier le corps en même temps que développer l'intelligence, » était obligé de reconnaître que « sous le rapport de l'organisation matérielle il y avait encore beaucoup à faire dans les lycées. L'insuffisance et la mauvaise disposition des bâtiments exigent d'importants travaux dans un grand nombre de ces établissements. »
Le Rapport ajoutait :
« Les perfectionnements à apporter à la ventilation des dortoirs, des salles d'étude et des classes, la création de gymnastiques couvertes, les latrines à reconstruire d'après un meilleur système, l'amélioration des distributions intérieures et du matériel sont à l'étude dans tous les lycées, ainsi que les améliorations qu'exige encore le régime intérieur. »
Pour les collèges communaux, la même statistique déclarait que € les bâtiments étaient bons dans 56 collèges, passables dans 149, en mauvais état dans 46. »
En 1867, M. Ch. Jourdain disait dans un rapport officiel, en parlant d'un des plus importants lycées de Paris :
a Pourquoi faut-il que des difficultés imprévues qui n'ont pu être surmontées jusqu'ici, aient fait ajourner la reconstruction de ce \ycèe, vieux bâtiment que les jèsuvtes ttm&tà.
élevé au commencement du xvn e siècle, et qui ne répond aujourd'hui ni par la solidité de ses murs, ni par la bonne distribution de ses locaux, aux conditions que semblerait devoir remplir le plus fréquenté, le plus célèbre et le plus opulent des lycées de Paris f ? »
La même année, M. le docteur Vernois, « se plaçant au point de vue pur et isolé de Fhygiène », indiquait 11 lycées dont « on devrait solliciter ou le déplacement ou la reconstruction en tout ou en partie 2 . »
C'est justice de reconnaître que depuis l'époque où parurent ces statistiques, et où furent présentées ces observations, de nombreuses et importantes améliorations, dont quelques-unes étaient déjà projetées ou en cours d'exécution, ont été réalisées; qu'en ce qui concerne les établissements publics de* l'enseignement secondaire, de nouveaux lycées et collèges ont été construits ou sont en construction.
Les établissements libres. — De leur côté, les établissements libres se sont multipliés et ont pris un développement et reçu des modifications que commandait le grand nombre d'élèves que la latitude de la législation, le choix des familles et les circonstances dirigeaient dans cette voie.
Parmi ces établissements, beaucoup ont calqué leurs installations matérielles, comme leurs programmes, sur ce qui se faisait dans les établissements publics.
Ici, l'industrie privée a proportionné ses progrès aux moyens restreints dont elle dispose.
Là, les importantes ressources que possèdent les corporations ou les chefs de grandes maisons d'éducation ont pu permettre d'élever dans quelques cas à renseignement libre de véritables palais.
1. Rapport sur l'organisation et les progrès de l'instruction publique* 1867.
2. État hygiénique des lycées de Vempire en 1867. Paris, Baiilière„ *868.
Dans ces travaux pris dans leur ensemble, dans les créations nouvelles, ou dans les cas où il a fallu se contenter de procéder par voie de réparation, d'appropriation, d'agrandissement, il serait injuste de nier quelques progrès relatifs indiscutables.
On ne reste pas moins frappé du défaut d'idée d'ensemble, de l'absence de principe, de règle, de plan, de méthode, à part quelques rares exceptions qui ne servent qu'à mettre en évidence ce qui manque au point de vue de Yhygiène à la plupart de nos internats publics ou libres, et le besoin d'une sérieuse étude de la question, pour sortir enfin de l'ornière de la routine ou des aventureux remaniements qui n'ont ni la science pour base ni l'expérience pour guide.
Où doit-on de préférence établir un internat? Est-ce dans les grandes villes, ou loin de leur atmosphère et de leur milieu malsain à tant d'égards? S'il est reconnu que certaines conditions obligent à conserver encore les internats des villes, quelles règles s'imposent pour déterminer le choix du site, de l'emplacement, du voisinage; quel guide faut-il suivre pour le plan de rétablissement, pour le mode de construction, pour la distribution des bâtiments, pour les dispositions intérieures à adopter; quelles sont les mesures relatives aux dimensions de l'internat, à sa capacité, au nombre des élèves, qui peuvent prévenir les dangers de l'encombrement et de l'agglomération?
Emplacement, topographie, voisinage. — La question
de l'emplacement, si intéressante pour l'hygiène de toute habitation, prend une nouvelle importance quand il s'agit d'un établissement pouvant contenir un grand nombre d'internes, de demi-pensionnaires et d'externes.
Quelques chiffres permettront d'en juger.
Au 31 décembre 1865, la statistique donnait pour les lycées de Paris, Yanves et Versailles les chiffres &\*mw\& \