TOTAL
des élèves internes,
demi-pensionnaires et
externes.
D'après la statistique de 181)5, tableau II.
On comprend aisément que, même en dehors de l'hypothèse de l'encombrement que nous examinerons plus loin, un nombre si considérable d'enfants ne peut êlre réuni dans la même demeure sans exercer, et sur les personnes ainsi rapprochées dans l'établissement, et sur le quartier même où l'établissement est placé, une notable influence au point de vue de la salubrité.
Les chiffres que nous venons de donner pour Paris et Versailles ne sont que des exemples.
Il y avait en France, en 1865, 77 lycées dont la population était loin d'être sans importance puisqu'elle représentait environ 15000 élèves internes l .
1. Voici la date de l'ouverture ou de l'installation des lycées de la France, d'après la statistique de 1865 :
En 1809, il n'y avait que 35 lycées. — Ont été ouverts ensuite : En 1810, le lycée d'Avignon.
.' En 1820, le lycée Saint-Louis et celui de Tournoti.
Il faut ajouter aux 15000 internes des lycées, la population de nos collèges communaux, au nombre de 551 en
En 1831, celui de Tours.
. En 1833, celui d'Auch.
En 1835, le lycée du Puy.
En 1838, le lycée de Bourbon- Vendée.
En 1810, ceux de Saint-Élienne et d'Angoulémc. En 1842, ceux de Laval et de Mâcon.
En 1813, ceux de Bastia et de la Rochelle.
En 1845, ceux de Lille et de Saint-Qmer.
En 1846, le lycée de Périgueux.
En 1847, les lycées d'Alençon et de Vendôme.
En 1818, ceux de Brest, Chaumont et Alger.
En 1851, le lycée du Mans.
En 1853, le lycée de Saint-Brieuc.
En 1853, ceux de Châtcauroux, Coutances, Tarbes. En 1854, ceux de Carcassonne, Sens, Troyes. En 1856, ceux de Colmar, Bourg.
En 1857, ceux de Bar-lc-Duc, de Saint-Quentin. En 1858, le lycée d'Agen.
En 1859, le lycée d'Évreux.
En 18G0, ceux de Chambéry, Nice.
En 1861, le lycée de Niort.
En 1862, ceux de Vesoul, Nevers.
En 1864, le lycée du Prince impérial (antérieurement petit collège dépendant de Louis-le-Grand).
En 1865, celui du Havre.
Depuis la statistique de 1865, à laquelle ces renseignements sont cm* pmntés, ont été ouverts :
En 1866, le lycée de Mont-de-Marsan.
En 1867, ceux de Lons-le-Saulnier, Toulon, Albi.
En 1868, celui de Lorient.
En 1870, le lycée de Montauban.
En 1873, celui de Belfort.
Cinq autres lycées ont été décrétés de 1869 à 1876 : ceux de Gucret, de Rayonne, de Valencicnnes, de Charleville et de Constantinc.
D'autre part, nous avons perdu les lycées de Metz, Strasbourg et Colmar, qui contenaient plus de 800 élèves internes.
4865, et qui renfermaient 33038 élèves, sur lesquels 10620 internes, 1973 demi-pensionnaires et 20445 externes.
Nous avons une défalcation à faire, pour les lycées et les collèges que nous avons perdus en 1871.
Enfin, on doit tenir compte de la population des établissements libres d'instruction secondaire, qui, d'après la statistique officielle de 1865, était ainsi répartie :
1° Établissements libres (laïques).
Élèves pensionnaires .... 19 670
— demi-pensionnaires 3 239
— externes 20100 '
Total 43 009 43 039
2° Établissements libres (ecclésiastiques).
Élèves pensionnaires 20 739
— demi-pensionnaires 2 810
— externes * 11348
Total 34 897 34 897
Soit, en tout.. 77 906
On avait donc, d'après ce calcul, un chiffre de 34940 externes et de 30728 élèves internes, au total 65668 élèves, dans les établissements publics d'enseignement secondaire (lycées et collèges), répartis dans les principales villes de France.
En outre, les établissements libres, laïques et ecclésiastiques, contenaient 77906 élèves, parmi lesquels figuraient 40409 internes, 6049 demi-pensionnaires, et 31448 externes.
Ce qui donne pour chiffre total approximatif de ces différents ordres d'établissements, une population de 143574 élèves, parmi lesquels il y a environ 77186 internes ou demi-pensionnaires.
Si Ton tient compte d'une part des lycées et collèges supprimés, d'autre part des créations nouvelles et du nombre toujours croissant des élèves, ces chiffres, exacts en 1865, plus élevés encore actuellement, d'après les renseignements que l'administration a bien voulu nous donner, montrent l'importance de la population scolaire de nos grands établissements; ils suffisent à coup sûr à nous donner la mesure des précautions hygiéniques qu'il y a lieu de prendre pour le choix de l'emplacement des locaux destinés à cet usage.
Il est évident que ces établissements exigent d'abord la réalisation de toutes les conditions imposées par les lois de l'hygiène générale, que nous avons étudiées et discutées en détail dans nos Leçons d'hygiène et dans notre traité d'Hygiène scolaire.
Si tant d'établissements publics ou libres ne témoignaient de l'oubli ou de la négligence de ces conditions élémentaires, ce serait presque une naïveté que de dire qu'un pensionnat doit être placé là où il y aura le moins de chances possibles de .voir l'air vicié par la stagnation, par le défaut de renouvellement, par l'humidité, par des odeurs désagréables ou malsaines, etc. ; que l'emplacement, que l'orientation, l'exposition devront être choisis avec soin, et que dans le voisinage rien ne devra pouvoir porter atteinte à la santé et à la moralité des élèves.
La respiration continuelle (l'un air vicié, insuffisamment oxygéné, est une des causes les plus manifestes de la scrofule et de la phthisie.
Il faut à l'enfant du soleil, un air sec et salubre.
On devra donc éviter avec soin un sol humide, un terrain bas, enfoncé, remblayé, poreux, marécageux, un terrain enclavé dans des constructions élevées, interceptant l'accès de l'air et de la lumière. Nous reprendrons plus loin l'étude de ces diverses conditions et nous ne trouverons
que trop d'exemples d'établissements où leur défaut a entraîné des conséquences préjudiciables à la santé des élèves. Il conviendra de rechercher un emplacement sur un point élevé, dominant les autres constructions, isolé de toute autre habitation insalubre ; où l'air soit plus pur, plus sec, plus facilement et plus souvent renouvelé; d'où les eaux s'écoulent aisément, naturellement; où il soit possible d'orienter les diverses parties des bâtiments conformément aux exigences variées de l'hygiène spéciale des études, des classes, des dortoirs; où l'isolement aussi parfait que possible de rétablissement ne permette pas qu'il puisse s'établir de communications avec l'extérieur, etc. Enfin, on devra calculer l'étendue superficielle nécessaire, non-seulement sur les besoins actuels, mais encore sur les exigences qu'imposera le développement ultérieur de l'établissement. On ne peut se dissimuler que dans la plupart des anciens pensionnats on ne trouve guère la trace de ces préoccupations, et que dans les créations, dans les appropriations ou restaurations plus récentes, la réalisation de ces conditions, si elle a été recherchée, a été bien rarement obtenue. Comment en serait-il autrement? Que sont aujourd'hui nos internats? La plupart sont des établissements à deux fins, hybrides, où l'internat n'est qu'une annexe de l'externat ou réciproquement, suivant que l'un ou l'autre joue le rôle principal, comme si l'hygiène de l'internat n'avait pas des exigences que ne comporte pas celle de l'externat! comme si les conditions même d'existence de l'un n'entraînaient pas fatalement l'infériorité, l'insalubrité, le danger de l'autre !
L'externat ne peut être utile, prospère ; il ne peut vivre qu'à condition d'être placé dans le voisinage le plus immédiat possible des familles qui lui envoient leurs enfants. - Sans doute, la considération de l'emplacement au point de vue de l'hygiène a encore là une grande valeur ; mais
l'enfant ne subit l'influence de cette demeure passagère que pendant une partie du jour ; il n'y mange pas, il n'y couche pas, etc. Mettre l'externat à sa portée, c'est affranchir l'enfant de longues et pénibles courses, de dangereux refroidissements, d'allées et venues représentant une perte de temps regrettable et souvent un danger pour la conduite, la discipline et la morale, tout comme pour la sauté.
En un mot, ici, la considération de proximité est dominante, quoique non exclusive.
En est-il de même pour l'internat ? ê Tant que ce mode d'éducation sera conservé, sa clientèle s'expliquera par des considérations tout opposées : une trop grande distance entre la famille et l'établissement, ou bien l'impossibilité pour la famille de s'occuper de l'enfant, de le surveiller, la santé délicate ou l'indiscipline du sujet pour qui ces allées et venues ne seraient pas sans danger.
Ici la considération de proximité perd son importance, et celle du milieu où l'enfant va vivre dix ans devient prépondérante.
L'association dans le même établissement de l'internat et de l'externat grossit, en les faisant entrer en lutte, les inconvénients de chacun des deux systèmes isolés.
Les uns, qui ne voient de l'internat que ses défauts, le condamnent comme la cause unique de ces difficultés. Plus pressés de détruire que d'améliorer, ils disent : Supprimons les internats ; les locaux, insuffisants aujourd'hui pour cet objets formeront d'excellents externats.
D'autres, frappés des nécessités qui s'imposent dans certains cas aux familles, de l'impossibilité d'appliquer à tous, sans distinction, le moule unique de l'externat, ne croyant pas d'ailleurs qu'il soit bon de renoncer à un système avant d'avoir épuisé toute la série des améliorations possibles et des transformations indiquées par l'expérience, cherchent le moyen pratique de réaliser ces perfectionnements.
Dans cette voie, la question de l'emplacement destiné à l'internat se posait tout d'abord.
Les grands internats peuvent-ils être conservés dans
les grandes villes...? — L'internat, le grand internat doitil être conservé dans les grandes villes, ou relégué dans des centres moins peuplés et où les conditions hygiéniques se rapprochent de celles que Ton rencontre à la campagne?
La question n'est pas neuve. Déjà, en 1827 *, Pavet de Courteille la discutait : il montrait que les établissements à pensionnats renfermés dans les villes et en particulier dans Paris, n'y étaient entrés qu'à mesure de l'envahissement des constructions, mais qu'originairement ils avaient été édifiés et placés avec intention dans la campagne.
« Depuis que la reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel, eut construit le collège de Navarre, vers le haut de îa montagne de Paris, en l'an 1304, ceux qui depuis s'adonnèrent à même sujet, comme il y en eut une infinité vers le règne de Charles VI, lorsque l'Université était en grande vogue, ils choisirent tous ce même quartier pour y être l'air vraisemblablement plus sain qu'en la fondrière, qui est accompagnée des dégoûts de la ville, chose qui a depuis apporté la différence que nous faisons entre la ville, la cité et l'Université 2 . »
Depuis l'époque à laquelle se rapporte cette citation, on voit nos anciens pensionnats situés hors du centre de la ville. A Paris, par exemple, c'était dans les faubourgs, presque, dans la campagne, qu'on les trouvait établis. JJn grand nombre occupèrent sur les collines qui dominent la vilte de beaux emplacements où l'air était pur, l'espace noa ménagé, et où de vastes jardins servaient aux exercices et aux jeux des écoliers.
\. Hygiène des lycées. Paris, 1827.