INTRODUCTION
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Parmi les nombreux objets dont le microscope nous a révélé l’existence et les caractères , la classe des êtres désignés sous le nom à’ animalcules infusoires est peut-être la plus remarquable si l’on considère que des myriades d’atomes vivans ( car dans la série des animaux on ne saurait leur assigner d’autre dénomination ) agissent et se meuvent dans la plus petite goutte d’eau , avec autant de rapidité et de facilité que s’ils étaient dans un océan sans bornes.
L’intérêt le plus vif s’emparera de l’esprit de tout homme habitué à méditer sur les perfections de la nature et à reconnaître avec admiration la main qui la dirige à travers l’immense variété de ses œuvres merveilleuses.
Nos connaissances sur les plus petites parties de la création étant principalement acquises au moyen du microscope , toutes les améliorations dont cet
utile instrument a été l’objet , ont naturellement contribué à en augmenter successivement la masse. Le haut degré de perfection que le microscope a acquis de nos jours doit faire espérer que de nouvelles investigations , dirigées dans un bon esprit , amène- , ront des découvertes propres à satisfaire la curiosité personnelle et à procurer à la science des résultats importans.
Durant plusieurs années après la publication du célèbre ouvrage de Muller, miiivlé \ Animalcula infüsoria (1786), l’étude de cette partie de l’histoire naturelle était demeurée stationnaire, si toutefois elle n’était pas entièrement abandonnée. De nos jours cette science a revêtu ce que l’on peut appeler une forme régulière résultant des matériaux les plus précieux, c’est-à-dire de la réunion de faits positifs enfantés par l’observation pratique la plus scrupuleuse. ,
L’état avancé où elle est parvenue aujourd’hui, est dû principalement aux travaux du docteur Ehrenberg , en ce qui regarde la classe des phytozoaires.
Lamark, en 1815, et Cuvier, ^en 1817, avaient considérablement amélioré la classification des animalcules infusoires ; mais les systèmes introduits par ces deux naturalistes n’étant pas fondés sur un examen attentif des individus eux-mêmes , j’ai cru devoir suivre dans ce petit traité les classifications données par Muller et par le docteur Ehrenberg.
Le mot animalcule ne signifie rien autre chose que
le diminutif à' animal (1) : il est communément employé pour désigner les petits êtres vivants qui se trouvent dans les liquides et dont l’extrême ténuité ne permet l’étude ni même la vue à l’œil nu. Tels sont, par exemple, ceux qui se trouvent en si grand nombre dans les infusions végétales et animales.
Les différentes classifications dont ces animalcules extraordinaires ont été l’objet, reposent principalement sur des caractères tirés de leurs dimensions et de leurs formes extérieures.
Jusqu’à ce que l’on ait eu la pensée de mêler au liquide qui leur sert de nourriture, des matières cclorantes ( expérience qui a été féconde en résultats), les infusoires furent considérés comme dépourvus d’organisation intérieure ; on pensait qu’ils se nourrissaient par absorption. Cette erreur a disparu depuis qu’on a trouvé le moyen d’introduire dans leur intérieur des substances colorées qui ne paraissent d’ailleurs exercer sur eux ou sur leurs fonctions aucune influence fâcheuse. Par ce procédé on a reconnu dans quelques infusoires une organisation intérieure égale , sinon supérieure , à celle de plusieurs grands animaux invertébrés. Ces petites créatures ont un système musculaire, un système
(1) M. le colonel Bory de Saint-Vincent, dans un savant travail inséré dans son Dictionnaire classique (^Histoire Naturelle, a proposé le nom de Microscopiques pour désigner les infusoires ou animalcules. C. C.
nerveux, et, selon toute probabilité, un système vasculaire , admirablement disposés pour accomplir leurs fonctions respectives.
La partie la plus évidente de leur organisme* intérieur est, sans contredit, celle qui sert aux fonctions digestives. Le docteur Ehrenberg La choisie comme base principale de sa classification où les animalcules dits phytozoaires sont partagés en deux grandes divisions : les polygastriques et les rotatoires. Les premiers ont plusieurs estomacs ou sacs digestifs distincts; les seconds sont pourvus d’un véritable canal alimentaire et d’organes rotatoires formés de cils disposés de manière à faire arriver dans la bouche les objets nécessaires à l’alimentation. Ces deux divisions principales des phytozoaires sont ensuite subdivisées en familles et en sections.
Suivant leurs dispositions, les cils servent aux animalcules d’organes de locomotion, et les font, dans plusieurs cas , nager avec la plus grande rapidité. Ces appendices paraissent roides comme les cils des yeux , et d’après la description que donne Ehrenberg de plusieurs de ceux qu’il a observés, ils ont pour base une espèce de substance bulbeuse et sont mus en différentes directions par des fibres musculaires , déterminant ainsi dans l’eau un courant qui entraîne vers la bouche des animalcules l’eau et les substances qui servent à leur nourriture. Ces cils sont quelquefois disposés autour de certains organes de forme circulaire ; leurs vibrations parti-
culières qui leur donnent l’apparence d’un mouvement rotatoire, les ont fait nommer organes rotatoires.
Parmi les autres caractères que présentent à l’extérieur les animalcules infusoires, il faut distinguer :
Les soles mohiles qui agissent probablement comme les nageoires des poissons et facilitent les moyens de ocomotion ;
' Des espèces de crochets ou appendices recourbés à leur extrémité , servant, aux infusoires , à se fixer sur l’objet qui leur convient.
Les styles fixés à leur base diffèrent des cils en ce sens qu’ils ne peuvent produire de mouvement rotatoire. Ces appendices sont d’ailleurs plus flexibles et ont plus de jeu que les soies.
Indépendamment de ces caractères distinctifs , plusieurs animalcules jouissent de la singulière facilité de faire sortir de leur corps ou d’allonger certaines par ties qui prennent ainsi l’apparence de pattes ou nageoires. Ces appendices, nommés appendices variables, permettent aux animalcules démarcher ou de nager.
Les figures 8 à 12 , 154 et 155 , donnent une idée de cette singulière conformation.
Je passe maintenant aux divers moyens à employer pour acquérir une connaissance plus intime de cet intéressant sujet.
C’était autrefois une hypothèse favorite chez les naturalistes , de présenter les infusoires comme des
êtres qui se nourrissaient par l’absorption cutanée. Ils pensaient aussi qu’on ne parviendrait pas à découvrir des organes propres à l’alimentation et à la digestion. Le baron Glelclien fut le premir qui soumit à l'épreuve la vérité de cette théorie : il avait mis du carmin dans l’eau contenant des animalcules, et'il avait remarqué que dès le second jour, certaines parties seulement de l’intérieur du corps étaient remplies de matière colorante ce qui démontrait évidemment l’existence d’organes alimentaires. Néanmoins Gleiclien ne poursuivit pas ses recherches sur ce sujet ; c’est aux expériences du docteur Ehrenherg que nous devons la description des différentes formes de ces organes.
De nouvelles expériences ont fait reconnaître qu’il était nécessaire d’employer des matières colorantes végétales telles que le carmin et l’indigo dans leur état naturel. C’est en opérant ainsi et avec l’aide d’excellens microscopes , que le docteur Ehrenberg est parvenu à étendre considérablement le cercle des connaissances très imparfaites qu’on possédait avant lui sur cette partie de l’histoire naturelle.
Avant d’indiquer la manière d’examiner les infusoires sous le microscope , je dirai quelque chose des moyens à employer pour s’en procurer.
Toutes les parties des végétaux , les tiges , les feuilles ,• les fleurs , les graines , peuvent être mises en infusion ; mais il faut avoir grand soin qu’il ne s’y trouve aucune parcelle de quinquina. Les sub-
stances végétales sont mises dans de l’eau claire. Plusieurs jours après , si le vase qui les contient n’a pas été agité, il se forme à la surface du liquide une pellicule qui, examinée à l’aide du microscope, se montrera remplie de divers animalcules. Les premiers qui se présentent sont ordinairement de l’espèce la plus simple, {1rs monades). Après plusieurs jours , le nombre en devient tellement prodigieux, qu’il est impossible de supputer la quantité de ceux qui se trouvent dans la plus petite goutte de liquide. Plus tard, ce grand nombre diminue, et j’ai presque toujours observé qu’à ces premières espèces succèdent d’autres animalcules d’un volume plus considérable et d’une organisation plus parfaite : ce sont, par exemple, les cycUdes , les paramécies , les kolpodes , eic.
Il convient toutefois de faire remarquer ici que la production des animalcules ne suit pas une règle constante, même dans des infusions semblables. Si le vase a une certaine capacité, et si d’ailleurs il est placé dans des conditions favorables de température et d’exposition , il s’y développe successivement les plus grandes espèces d’animalcules, telles que les vorticelles et les bracfiions. Ainsi une seule et même infusion récompensera delà faible peine qu’on aura prise à la faire, par une très grànde variété d’espèces. L’eau dans laquelle on a fait macérer des fleurs , produit aussi des animalcules en abondance , et sir G. Leach a remarqué que les godets en plomb remplis d’eau
qui se mettent dans les cages des oiseaux , en contiennent plusieurs espèces , notamment des rotifères.
On peut aussi se procurer des animalcules microscopiques de toutes sortes , en puisant de l’eau dans les bas fonds des étangs , près des bords , et surtout dans le voisinage des plantes aquatiques.
Il est presqu’impossible de présenter à l’esprit , autrement que par des figures , une idée exacte des différentes formes qu’affectent les animalcules infusoires, car ces êtres extraordinaires ne ressemblent à aucune autre production de la nature. Je n’ai épargné ni soins ni dépenses pour que les dessins qui accompagnent cet ouvrage représentassent aussi exact ment que possible les animalcules , tels qu’ils apparaissent sous le microscope. Je ne prétends pas dire que les nombreuses figures que je donne reproduisent toutes avnc la dernière rigueur les plus petits détails de structure des êtres microscopiques. Pour quelques uns , l’exactitude est complète ; mais c’eût été un travail immense que d’appliquer à toutes les espèces figurées , le même soin d’exécution. C’est déjà beaucoup que d’être parvenu à présenter des dessins assez corrects pour faciliter l’étude et les recherches, et d’en avoir réuni la collection la plus exacte et la plus complète qui ait encore été offerte au public.
Par l’inspection des figures, on verra que quelques animalcules ressemblent à des sphères, d’autres à des œufs; il en est qui représentent des fruits de
dilïerentcs espèces^, des anguilles , des serpens el plusieurs animaux invertébrés ; des entonnoirs , des toupies , des cylindres , des cruches , des roues , des flacons, etc. , etc. Tous ont leurs habitudes particulières et vivent de la manière la plus conforme à leurs diverses structures. Les uns se meuvent dans beau avec une rapidité extraordinaire , d’autres au contraire paraissent inertes, et exigent, pour faire apercevoir leur vitalité , des observations longues et patientes. Il en est qui sont mous et s’écrasent facilement , d’autres qui sont recouverts d’une coquille délicate , ou d’une enveloppe semblable à de la corne. Elle offre divers degrés de densité, ainsi que dans le volvox , le gonium, dont l’enveloppe est épaisse relativement aux autres ; chez ces infusoires la partie molle se reproduit par la division multiple , et les divisions constituent autant de jeunes individus qui , à leur naissance , crèvent leur enveloppe , détruisant ainsi les moindres vestiges de l’animalcule qui les a produits.
Plusieurs infusoires sont simplement couverts d'une lame qui ressemble à l’écaille des tortues ; quelquefois elle entoure complètement l’animal en ne laissant que deux petites ouvertures aux extrémités ; chez d’autres , ces écailles sont bivalves ainsi que celles qui renferment les hùîtres et les moules.
En se reportant aux planches, on pourra reconnaître assez éxactement les modesA tou t-à -fait extraordinaires de reproduction des animalcules infusoires.
Les animaux vertébrés sont ou ovipares ou vivipares; ces mots désignent suffisamment la manière dont ils se propagent. Il n’en est pas de même à l’égard des animalcules ; jsar , outre ces deux premiers moyens de reproduction, ils en ont d’autres qui leur sont propres :
1"^ La division spontanée de leur corps en une ou plusieurs parties constituant autant d’individus qui, parvenus à leur entier développement, jouissent de toutes les facultés attribuées à leur classe. Dans quelques genres , cette séparation a lieu d’une manière symétrique ( dans le gonitim ^ etc. ) ; dans d’autres elle s’opère par sections transversales, longitudinales ou diagonales , et , dans ce dernier cas ,
’ les parties détachées ont souvent une apparence différente de celle qui distingue les individus dont elles se séparent. Ainsi, par exemple, la figure 160 représente l’animalcule détaché par division transversale de celui représenté figure 159. Cette circonstance, je dois le faire observer , est quelquefois une difficulté lorsqu’il s’agit de déterminer les espèces.
2- Ils se reproduisent ainsi que les volvox et quelques autres genres , par la distribution de la substance intérieure d’un individu , en plusieurs petits ; en prenant ainsi naissance , ils abandonnent l’enveloppe commune qui ne tarde pas à disparaître.
3® Par boutures qui se développent sur le coté du corps de certaines espèces, et s’en détachent ensuite, ainsi qu’on le voit figure 218.
Enfin par l’émission d’une espèce de frai , qui entraîne avec lui une portion du corps de l’animalcule, éjaculateur. Voir les figures 79, 80.
Pour observer convenablement les animalcules infusoires au microscope , il convient d’employer les glissoirs aquatiques dont j’ai donné la description dans le M icroscopic cabinet (1) . On peut aussi se servir d’une bande de glace sur laquelle on met une goutte d’infusion que l’on couvre d’une lame mince de mica : cette lame mince a pour effet d’empêcher la trop prompte évaporation du liquide et d’en rendre la surface plane.
Aucun ouvrage anglais sur le microscope n’a indiqué de méthode particulièrement applicable à la mensuration des objets observés ; ce point étant à mon avis d’une grande importance, je dirai le moyen que j’emploie. On peut sur des glissoirs aquatiques ou des lames de verre , tracer facilement avec un diamant des lignes croisées , et former ainsi des carrés d’égale grandeur. En plaçant les infusoires sur un verre ainsi divisé , par exemple en 500"^* de pouce , on a un bon moyen d’en apprécier la grandeur réelle; en effet, si l’un des animalcules observés ne couvre que la moitié de l’espace compris entre deux des lignes de la division, il est évident que sa dimension est égale à un millième de pouce;
(1) The microscopie cabinet , par le docteur Goring et Pritchard , in-8“. Londres.
s'il couvrait l’espace de deux divisions, il aurait 1-250*" de pouce. Ainsi avec un peu de pratique et si l’on est d’ailleurs pourvu de plusieurs micromètres d’échelles différentes , on n’éprouvera aucune difficulté à mesurer les dimensions exactes des corps observés au microscope (1).
Quand un objet -est choisi et placé sur la platine du microscope, il faut encore régler l’éclairage et déterminer le grossissement qui lui convient le mieux. Ces deux points doivent être soigneusement étudiés, car la beauté des effets , même dans les meilleurs microscopes , dépend surtout de ces deux conditions importantes.
Pour l’observation des animalcules infusoires , le microscope achromatique bien construit , a sur tous les autres un immense avantage. Il a un vaste champ, se manie avec facilité , et d’ailleurs il est applicable à l’examen de tous les objets. A défaut d’un- instrument de ce genre , il convient de faire usage de bons doublets qui jouissent d’un haut pouvoir pénétrant et définissant. A ces précieuses qualités ils joignent le mérite d’avoir moins d’aberrations que les verres
(1) La description des différens micromètres et des procédés nombreux de micrométrie ne saurait trouver place dans ce petit barégé. Tous ces détails intéressans, ainsi que la manière d’éclairer les objets, le choix des amplifications, etc., etc., sont exposés dans nos nouvelles instructions SUR l’usagé des microscopes. C. C«
simples. Enfin, si l’on se trouvait dans Timpossibi- " lité de se procurer les espèces de microscopes que je viens d’indiquer , on pourrait encore , en employant de bonnes lentilles simples bien montées, observer les animalcules des infusions avec plaisir et avec fruit.