‹ 300 [i.e. Trois cents] pages: mélanges philosophiquesChapitre 5 sur 23 · LE VAUTOUR · texte numérisé non relu

LE VAUTOUR

Tout le monde sait bien que c'est un vautour bleu qui a deux mille coudées d'envergure , et qui passe réternité à manger une hécatombe immortelle, qui se renouvelle sans cesse sous son bec. Pour lui plaire, il faut éventrer beaucoup de bœufs et beaucoup de moutons. Il y â bien quelques vautours qui soutiennent que Jupiter est un vautour rose , mais nous les plumons et les dépeçons quand ils tombent entre nos griffes.

JUPITER

Chasse un peu cet oiseau, Vulcain.

VULCAIN

Regarde, ô Jupiter I cet âne qui broute T herbe d'un air magistral ; faut-il le questionner ? Crois-tu, ô sire âne 1 que le chardon que tu manges se soit fait lui-même ?

l'ane.

Il faut être bien homme, ô étranger! pour dire

une pareille sottise...» Ne sais-tu pas qu'il y a audessus de nous un âne tout-puissant broutant sans cesse un gazon bleu , que vous appelez le ciel, et que... Mais attends un peu.

^ VULGAIN*

Eh ! qu'est-ce que cet autre âne qui accourt du bout du pré? Ils se précipitent Pun sut Tautre , se donnent des ruades et se mordent mutuellement Le nouveau venu est vainqueur; l'autre se sauve en boitant, comme je fais depuis que tu m'as jeté d'un coup de pied du haut du ciel.

JUPITER

Pourquoi, ô ânel as-tu mordu, estropié et chassé râne qui te précédait dans ce pâturage?

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