‹ 300 [i.e. Trois cents] pages: mélanges philosophiquesChapitre 4 sur 23 · LE PRÊTRE D'AMMON · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE D'AMMON

Cela va sans dire.

LE PRÊTRE de; MINERVE.

Et brûler ceux qui prétendent ne pas s'en soucier.

m PRJ^RB DJS MINERVB.

Prodigieusement raisonnable.

PREMIER PHILOSOPHE

Est-ce pour nous que vous dites cela ?

LE PRETRE d'âMMON.

P?irfaitement pour vous.

LE PRÊTRE DE MINERVE

Jupiter et Minerve doivent être Ià*^haut dans une horrible anxiété ; dépêchons-nous donc. Nous allons déclarer que Minerve, en dansant la pyrrhique, est partie du pied droit; aecessoirement, que Ton pendra ceux qui soutiennent le contraire; corollairement, que l'on brûlera ceux à qui cela est égal. Si ensuite Jupiter ne nous délivre pas des fléaux qui nous écrasent, si Minerve n'intercède pas pour nous, c'est que Jupiter et Minerve sont des ingrats.

Parenthèse : (On se rappelle que Louis XIV, à l'époque de ses revers, reprocha à Dieu de s'être fort compromis à son service en révoquant Tédit de Nantes, et dit : « Gomme Dieu me traite... après ce que j'ai fait pour lui I) »

Hevenons à Lucien.

JUPITER

Âh I mes amis, non^ je n'ai jamais tant ri, depuis le jour où Vulcain voulut me servir à boire en place de Ganymède. Je déclare que c'est une des meilleures plaisanteries que les hommes m'aient faites ; je ne l'oublierai pas {mnemosuné graphomai). Mais, vraiment, cela fait mal de rire tant que cela. Maintenant, ma fille aux yeux verts [glaucopis]^ écoulemoi bien. Ces gens ne sont nullement portés à dire ces sottises par respect pour toi : c'est un prétexte pour se haïr et s'entre-tuer les uns les autres. Vuteain, nous allons encore déménager et transporter roiympe plus haut. Décidément, les hommes sont trop méchants et trop bêtes.

A l'époque où Lucien écrivait ces choses, les dieux du paganisme étaient, en effet, en grande décadence

à cause des sottises que les hommes leur avaient fait faire.

Je viens de raconter de quelle manière, me trouvant à Gènes, et achetant, dans la rue des Orfèvres des marrons glacés chez le célpbre Romanengo, je découvris dans un coin quelques feuilles de parchemin sur lesquelles je vis des caractères grecs.

Or, il est encore un certain nombre de gens, aujourd'hui hommes faits, qui peuvent se rappeler m'avoir entendu leur répéter, d'une chaire du collège Bourbon, les choses que j'avais écoutées des bancs quelques années auparavant. Je suis donc quelque peu érudit es langues grecque et latine, et je ne sais guère que cela.

Je m'emparai des feuilles de parchemin, que j'emportai avec mes marrons : c'étaient des dialogues inédits de Lucien ; ceux qui ne me croiront pas devront alors révoquer en doute toutes les trouvailles de ce genre auxquelles il a été si longtemps de mode d'attribuer diverses publications.

Je me réserve d'ailleurs, — comme il convient à un savant, puisque c'est le rôle que je joue en cette occasion . — 4e déclarer tous ceux qui ne seront

pas de mon avis — ânes, pourceaux, bélîtres, bêtes à manger du foin, empoisonneurs et assassins , — suivant en cela d'illustres exemples, et en particulier celui d'un savant jésuite, qui avait copié sur un cahier toutes les injures» gros mots, vilenies, etc., qu'il avait entendus ou lus, dans la rue et dans les livres, et dans toutes les langues, et qui, aussitôt qu'on hésitait à admettre une de ses opinions, ouvrait le livre et le^ copiait de la première ligne à la dernière, en adressant le tout à i§on adversaire.

Cela dit, je donne encore au public un des dialogues que j*ai eu le bonheur de sauver de l'oubli. C'est un peu moins commun que de découvrir des planètes, et un peu mieux porté.

DE JUPITER ET DE VULCAIN {Dios kai

Ephaïstou,)

JUPITER

Chôme-t-on dans tes forges, ô mon fils Vulcain, que tu sois arrivé tout clopinant dans TOlympe?

VULCAIN

Ce qui ne chôme pas assez, ô Jupiter I ce sont les langues des dieux. Depuis que la mauvaise con-

dttite de Yénns est connue, au lieu de blâmer la volage déesse^ on ne cesse de m'accabler de quolibets.

JUPITER

Et que Teux4u que j*y fasse ?

VULCAIN

Ordonner aux dieux de cesser leur folie ?

JUPITER

Viens plutôt avec moi ; j'allais descendre un mo* ment parmi les hommes. Je voulais me reposer du nectar en buvant un peu de piquette et de vin bleu* Viens avec moi, nous écouterons un peu ce que les êtres créés disent de moi ; cela te consolera des cancans de roiympe, et tu reviendras ici délivré de ton souci.

VULCAÏN.

Nous voici sur la terre. Hélas ! sur la terre comme dans roiympe, Vénus m'a trompé.

JUPITER

Oublie un moment tes chagrins et prête Toreille ;

réponds-moi un peu, grenouille, ma mie, qui coasses dans Ion marais : Que penses-lu du créateur de toutes clioses, du grand Jupiter?

LÀ GRENOUILLE

Je pense que c'est une immçnsQ grenouille ye^te, que le ciel est un ya^tQ marais que le soleil ne dessèche jamais, et sur lequel yoltigent sans cesse des mouches grosses comme des moutons, dont elle fait sa nourriture. Sur ce marais sont des nénuphars et des lotus, jaunes, bleus et roses» sous lesquels elle trouve une ombre parfumée.

JUPITER

Êtes-vous d'accord en cela avec les antres gre^nouilles ?

LÀ GRENOUILLE

Excepté sur un point, ô Zéus I je suis d'avis que les jSls de la grenouille immortelle qui a créé le monde, naissent à Tétat de grenouille, sans être préalablement des têtards, tandis qu'une secte criminelle et méprisable prétend qu'ils naissent d'abord têtards, et ne deviennent grenouilles que plus tard.

JUPITER

Appelle-moi un de ces sectaires.

LÀ GRENOUILLE

Impossible I II n'y en a plus : nous les avons mangés pour les punir, pour venger et honorer la toute-puissante grenouille.

JUPITER

Est-il quelque autre secte?

LA GRENOUILLE

Il y en avait une qui soutenait que les fils de Zéus naissent têtards, mais sans queue.

JUPITER

Qu'est-elle devenue ?

LA GRENOUILLE

Elle a été mangée par ceux que nous avons mangés;

JUPITER

Trouble un peu l'eau, ô mon fils Vulcain, pour faire fuir cette bavarde.

Descends un peu ici, toi qui planes dans les airs. vautour I quelle idée te formes-tu du souverain médire de toute chose ?

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